La notion d'entreprise prioritaire
15 décembre 2015

QUESTION ORALE DE M. EVRARD A M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE L'INNOVATION ET DU NUMÉRIQUE, SUR « LA NOTION D'“ENTREPRISE PRIORITAIRE” »

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, je vais enchaîner sur cette notion de simplification administrative, puisque la mise en place d’un guichet unique virtuel au départ de l’AEI vise justement à cette simplification, pour une lisibilité accrue, pour l'ensemble des acteurs économiques.

Ce guichet devrait permettre aux entreprises un accès plus aisé à l’ensemble des démarches administratives à accomplir. Il devrait également les aider dans la mise en place de leur projet et simplifier les contacts avec les pouvoirs publics, afin de renforcer et de favoriser les synergies entre le secteur privé et les administrations où l'on constate, là, qu'un fossé est parfois beaucoup trop important et qu'il est nécessaire de travailler à le combler.

Lors d’une précédente question, plus exactement, c'est votre collègue ministre qui vous remplaçait et il avait évoqué, dans le cadre de la réorganisation du paysage de l’animation économique et technologique, la notion « d’entreprise prioritaire ».

Selon les propos qu'elle tenait, l'entreprise qui serait considérée comme telle pourrait bénéficier d’un accompagnement et d’un soutien personnalisés dans l’élaboration et le suivi de son projet. Puisqu'elle s'exprimait en votre nom, j'imagine que ces notions ne vous sont pas étrangères.

Je voulais savoir quel était le type particulier d'entreprises qui était visé par ce terme.

Existe-t-il un cadre ou des règles qui permettent d’établir ou de diagnostiquer ce que l'on va appeler « une entreprise prioritaire » ? Pouvez-vous nous définir ce cadre et nous donner votre vision de cette notion importante ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

Monsieur le Député, le Gouvernement s'est engagé à adapter la stratégie d'animation économique et technologique. Il s'agit notamment de détecter les entreprises à haut potentiel de croissance pour leur offrir un accompagnement spécifique.

Les premières orientations de cette réforme ont été validées le 16 juillet 2015.

Dans ce cadre, des filières de services seront mises en place.

Les services s'organiseront suivant deux axes logiques : une logique proactive, avec l'établissement d'une liste d'entreprises à cibler suivant des critères précis. Ceux-ci seront liés au potentiel de croissance ou à la capacité de développer un projet de nature technologique. D'autre part, une logique réactive, en réponse à des entreprises qui s'adresseraient spontanément aux opérateurs du réseau. Ces entreprises doivent être accompagnées même si elles ne répondent pas aux critères de potentiel de croissance.

Ces filières de service sont à construire. Elles impliqueront une segmentation et un ciblage.

En effet, tant au niveau de l'animation économique que de l'intermédiation technologique, l'optimisation des services passe par une excellente connaissance de la typologie des entreprises bénéficiaires. La segmentation permet de déterminer les entreprises sur lesquels les efforts sont concentrés.

En fixant des segments d'entreprises, les opérateurs se partagent le paysage entrepreneurial, en fonction de leur spécialisation métier. Cela permet, notamment, la mise en place de services répondant aux besoins spécifiques des catégories d'entreprises visées.

Au sein de leur segment cible, les opérateurs doivent pouvoir identifier les PME présentant le plus grand potentiel de développement à court, moyen et long terme.

L'idée est donc de pouvoir à la fois :

– mobiliser rapidement les efforts vers ces hauts potentiels – accompagnement économique et accès aux ressources technologiques ;

– continuer à aider les autres entreprises à structurer leur démarche d'innovation et leur développement économique à moyen et long terme.

Une approche multicritères sera avancée pour :

– la détermination de la cible ;

– son adaptation éventuelle en cours de programmation, suivant les orientations stratégiques régionales ou la conjoncture ;

– l'identification des entreprises à haut potentiel.

Cette approche sera constituée d'indicateurs microéconomiques, de parcours d'innovation des entreprises et d'indicateurs socio-économiques.

Il s'agira de pondérer au mieux ces différents critères ou indicateurs, de manière à faire apparaître les catégories d'entreprises souhaitées, le cas échéant en se basant sur des techniques d'analyse prédictive.

Un travail préliminaire a été réalisé, d'une part, du côté de l'Agence pour l'entreprise et l'innovation afin de segmenter les entreprises à haut et moyen potentiel de croissance et, d'autre part, du côté d'InnovaTech, afin de définir des cibles d'entreprises à potentiel de développement technologique.

Lorsque le travail aura été finalisé, les résultats concernant l'identification d'un potentiel de croissance et d'une capacité d'absorption technologique seront croisés. Ce croisement permettra d'évaluer dans quelle mesure il s'agit des mêmes entreprises.

L'analyse est toujours en cours. Elle devrait permettre d'améliorer le travail de chacun, mais aussi de proposer des services spécifiquement adaptés au segment des entreprises à fort potentiel de croissance et d'innovation technologique.

L'Agence pour l'Entreprise et l'Innovation sera garante de la non-redondance des services proposés aux entreprises.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour la réponse qui est assez généraliste, je vais dire.

Elle trace, en tout cas, les grands axes et elle répond à ma question, puisque je vous demandais quelles étaient votre analyse et votre philosophie en la matière.

Très franchement, moi, je peux la partager, parce que, quelque part, elle traduit une notion qui nous est chère et qui est le nivellement par le haut. Vous souhaitez, en tout cas, à travers l'analyse, identifier les potentialités. Cela, évidemment, on le partage, parce que c'est dans cette direction-là, c'est vers le haut qu'il faut inviter les entreprises à s'inscrire.

Enfin, je n'ai pas très bien cerné si, en matière d'analyse, effectivement, vous allez mettre en place un outil qui va permettre de scanner différents critères, et cetera, pour identifier les potentialités. Cela s'inscrit-il dans une démarche one shot en disant qu'on se donne un an, on aura identifié les entreprises et c'est celles-là qui vont en bénéficier ? Ou cela va-t-il se faire via un processus de manière plus continue dans le temps et qui permettra à d'autres entreprises de pouvoir émarger à ce soutien supplémentaire ; tout en attirant également votre attention – mais j'imagine que vous en êtes bien conscient – sur le fait que ce mécanisme ne doit pas se faire à la fois au détriment de l'opérationnel ? Faire des études, des analyses des entreprises, c'est une excellente base de travail, mais il faut qu'elles soient poursuivies dans les faits. Il ne faut donc pas perdre trop de temps à l'analyse.

Le deuxième aspect, c'est que toute cette démarche ne doit pas se faire au détriment des PME-TPE qui seraient peut-être à moins fort potentiel. J'imagine que vous serez attentif aussi à ces entreprises.

Dans la démarche de réactivité par rapport à des demandes, l'importance est de signifier aux entreprises ou de faire savoir qu'elles ont possibilité de s'adresser à des opérateurs qui peuvent les accompagner dans leur développement.

P.W.- C.R.A.C. N° 68 (2015-2016) - Mardi 15 décembre 2015




Source : http://parlement.wallonie.be