Nouveau collectif Utsopi visant à défendre les droits des travailleurs du sexe
12 janvier 2016

Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Nouveau collectif Utsopi visant à défendre les droits des travailleurs du sexe»

1.5 Question de Mme Marie-Dominique Simonet à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Étude sur la prostitution»

Mme la présidente. Je vous propose de joindre ces deux questions. (Assentiment)

M. Yves Evrard (MR)

. – La prostitution a déjà fait l’objet de nombreux échanges au sein de cette commission. Vous avez d’ailleurs commandé et financé une étude afin de tenter de tracer les contours de cette problématique, de présenter toutes les formes de prostitution et d’analyser le phénomène de la manière la plus complète possible. Dans votre approche, vous considérez la prostitution comme une violence sexuelle à part entière, en y intégrant peu de nuances. Il s’agit d’un débat complexe où la notion de liberté de choix figure au cœur de la problématique. Tout récemment, un article de presse a fait état de la création d’un collectif des travailleurs du sexe rassemblant tous les acteurs de ce secteur dans sa diversité.

Il s’agit d’Utsopi, l’Union des travailleurs du sexe organisés pour l’indépendance. Cette association entend représenter aussi bien les femmes que les hommes afin de défendre leurs droits en tant que travailleurs. La prostitution s’entend ici dans sa forme choisie, même si la notion de choix peut être soumise à différentes analyses et avis, avec des nuances qu’il faut pouvoir appréhender. Madame la Ministre, avez-vous rencontré cette toute nouvelle association? Avez-vous reçu une partie des résultats de l’étude précitée? Vos experts ont-ils appréhendé ce volet de la prostitution qui concerne des personnes revendiquant des droits en tant que travailleurs à part entière? On peut toutefois imaginer qu’elles sont proportionnellement assez peu nombreuses, mais cela ne dispense pas de prendre leur situation en compte.

Mme Marie-Dominique Simonet (cdH)

. – Madame la Ministre, dans le cadre de nos discussions budgétaires, nous avons pu revenir sur l’analyse en cours du phénomène de la prostitution en Communauté française. Cette étude se veut globale puisqu’elle devrait se pencher sur les diverses réalités des phénomènes prostitutionnels et il s’agira de présenter toutes les formes de prostitution qu’elles soient présentes sur Internet, en rue, en vitrine ou dans des milieux privés.

Comme vous, Madame la Ministre, nous sommes persuadés que le phénomène de la prostitution doit pouvoir être appréhendé par le ministère des Droits des femmes et une meilleure connaissance du sujet devrait certainement conduire à des réponses politiques plus adéquates. À terme, cette recherche devrait permettre d’alimenter les réflexions relatives aux politiques de prohibition ou de légalisation de la prostitution.

Nous le savons tous, c’est un sujet sensible et complexe qui demande la mise en place de relations de confiance entre les personnes interrogées et les chercheurs.

Vous avez évoqué, Madame la Ministre, certaines difficultés rencontrées sur le terrain par les chercheurs concernant la récolte de données, notamment de témoignages – on peut le comprendre –, raison pour laquelle le comité d’accompagnement devait, si j’ai bien compris, se réunir le 7 décembre dernier. Pouvez-vous nous préciser les avancées obtenues lors de ce comité d’accompagnement? La méthodologie a-t-elle dû être adaptée ou revue sur les plans qualitatif ou quantitatif? Rappelons que l’étude prévoyait un volet quantitatif sous forme d’entretiens avec des personnes prostituées ainsi qu’un travail de traitement statistique. Cette étude est ambitieuse à plus d’un titre puisqu’elle doit se pencher sur les formes dites classiques de prostitution, mais aussi sur les formes nouvelles Nous savons que l’ingéniosité et les nouvelles technologies sont également présentes.

Ces différents aspects ont-ils déjà été évoqués ou étudiés? Le comité a-t-il privilégié certaines démarches scientifiques et, plus concrètement, un nouvel agenda est-il arrêté?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Vos questions me donnent l’occasion de faire à nouveau le point sur l’étude que j’ai commandée. Elle a pour objectif de mener une recherche sur la prostitution dans un esprit d’aide à la décision politique. Il s’agit notamment de formuler des recommandations sur les différents axes politiques à développer afin de prévenir le phénomène, de sensibiliser les jeunes et les personnes liées à la prostitution et d’accompagner les personnes prostituées, quel que soit le niveau de pouvoir concerné, qu’il soit local, régional, communautaire ou fédéral. C’est la première fois qu’en Belgique, la prostitution est analysée dans une perspective de genre. En effet, la méthodologie de cette étude tient compte des inégalités structurelles qui existent entre les femmes et les hommes, en ce compris les différences de ressources économiques et les relations de domination qui existent encore entre les femmes et les hommes. Cette étude ne vise donc pas à déterminer dans quelle mesure la prostitution constitue une nuisance pour l’ordre public ou la santé ni à chiffrer les mouvements financiers qu’elle génère, en lien ou non avec la criminalité, mais bien à repérer les enjeux actuels de la prostitution au-delà des arguments actuellement avancés lors des débats publics ou politiques, afin d’alimenter ces débats de références étayées par des chiffres. L’objectif est aussi de mettre en perspective la notion de consentement au vu des données recueillies et analysées, d’établir les profils et conditions de vie des personnes prostituées, de redonner la parole, d’une part, aux personnes prostituées qui sont actuellement peu représentées dans les discours dominants des associations et de certaines ex-prostituées et, d’autre part, aux associations actives dans ce domaine. La méthodologie de cette étude prévoit une analyse du phénomène à partir d’informations récoltées par divers moyens.

Premièrement, on a procédé à une analyse critique et synoptique de la littérature existante et des données chiffrées disponibles pour la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Deuxièmement, on a réalisé et analysé trente entretiens qualitatifs avec des personnes prostituées, en veillant à aborder les différents types de prostitution: prostitution de rue, de vitrine, de centre de massage et à domicile. Les entretiens sont répartis sur les zones de Liège, de Charleroi et de Bruxelles. Des éléments de compréhension relatifs aux personnes prostituées qui sont en relation avec leurs clients par internet – prostitution en ligne – seront apportés grâce à l’analyse de forums et de petites annonces répertoriés sur la toile.

Troisièmement, on a mis sur pied deux groupes «focus», l’un composés d’expert(e)s en matière de prostitution, l’autre, représentant les associations actives dans ce domaine ou proposant une réflexion sur la prostitution en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces experts et associations sont de toutes tendances, certains défendant un point de vue abolitionniste, d’autres une position réglementariste, d’autres encore n’affichant aucune tendance particulière. Il s’agit en l’occurrence d’Espace P..., d’Entre 2 Wallonie, d’Icar, de Sürya, de la Maison Arc-en-Ciel de Liège, du Monde selon les Femmes et d’Isala.

L’association Espace P... a malheureusement décliné l’invitation. L’audition de ces groupes a pour objectif de collecter les avis sur les pistes d’action identifiées par les prostituées lors des entretiens face à face, de recueillir les propositions et commentaires, de consulter le secteur associatif, de dégager des positions contradictoires et de faire émerger les conditions et possibilités de consensus autour de la prostitution. La rencontre avec les représentant(e)s des associations actives dans ce domaine s’est déroulée le 4 décembre 2015, date à laquelle le collectif Utsopi (Union des travailleurs du sexe organisés pour l’indépendance), qui ne s’est présenté à la presse que le 11 décembre dernier, n’était pas connu de l’équipe de recherche. II n’est cependant pas exclu que l’équipe de recherche rencontre ce collectif en rendez-vous individuel, mais cette décision lui appartient. Le 7 septembre dernier, mon cabinet a rencontré deux membres fondateurs de ce collectif. À cette date, celui-ci était en voie de constitution et nous avions convenu de nous revoir après la création officielle. Le cabinet reprendra contact avec eux. À ce stade, l’analyse de la littérature et des données chiffrées a été réalisée, ainsi que 26 des 30 entretiens prévus et la tenue d’un des deux groupes «focus». Deux rapports intermédiaires ont déjà été rendus par l’équipe de recherche; ils comprennent une analyse partielle des entretiens réalisés. L’interview de personnes prostituées ne se réalise pas aisément, car les entretiens prennent du temps. Par ailleurs, dans la mesure où une partie des personnes prostituées visées par l’étude sont sous constante surveillance et que tout contact avec des personnes qui ne seraient pas clients peut les mettre en situation désagréable, voire dangereuse, certains contacts ont été difficilement établis. Ainsi, plusieurs personnes prostituées qui avaient accepté l’interview se sont rétractées ou n’y ont pas donné de suite. Les méthodes d’approche ont donc dû être adaptées à cette situation. Certains entretiens doivent encore se faire début 2016. Afin d’analyser ces données de manière approfondie, l’équipe de recherche a demandé un délai de deux mois supplémentaires. Un rapport semi-finalisé sera transmis le 29 janvier prochain au comité d’accompagnement. Le rapport final sera quant à lui remis le 4 mars 2016. Les résultats définitifs pourront être communiqués après cette date.

M. Yves Evrard (MR)

. – Madame la Ministre, je vous remercie pour votre réponse qui me convient assez.

En effet, vu la manière dont cette étude est réalisée, je crois qu’elle va pouvoir nous apporter des éléments intéressants sur un phénomène qui n’est pas neuf: les Romains connaissaient déjà des endroits dédiés à cette pratique. Disposer aujourd’hui d’une étude la plus exhaustive possible, réalisée sans le moindre dogmatisme et offrant un instantané le plus précis possible de la situation devrait permettre de prendre des décisions optimales et de mieux comprendre ce phénomène, au-delà des aspects financiers qui ne présentent ici aucun intérêt.

Mme Marie-Dominique Simonet (cdH)

. – Il importe de disposer de données pour pouvoir appréhender objectivement la situation de la prostitution au sens large. Cette matière très sensible présente des facettes multiples. La méthodologie qui consiste à récolter les informations existantes et à s’entretenir avec des personnes actives dans les nouveaux modes de prostitution et avec des groupes d’experts est intéressante, même si on ne pourra pas réunir tout le monde autour de la table. On peut se demander pourquoi une ASBL comme Espace P... a décliné l’invitation: est-ce lié à la méthode ou à ses contraintes propres? De nouveaux collectifs et associations se mettent en place et attirent l’attention sur la prostitution des femmes, mais aussi la prostitution des hommes et des transgenres, qui a d’ailleurs été mise en lumière lors d’auditions. Je retiens que le rapport final est attendu pour mars.

Nous reviendrons sur le sujet, étant entendu que notre groupe privilégiera toujours le respect de la dignité humaine et l’émancipation de toutes les personnes.

M. Yves Evrard (MR)

. – Il me semble également utile de chercher à savoir pourquoi Espace P..., qui est un acteur important, n’a pas répondu à l’invitation.




Source : http://parlement.wallonie.be