Le soutien de WagrALIM à un projet de transformation du lait en fibre textile
01 mars 2016

QUESTION ORALE DE M. EVRARD A M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE L'INNOVATION ET DU NUMÉRIQUE, SUR « LE SOUTIEN DU POLE DE COMPÉTITIVITÉ DE L'AGRO-INDUSTRIE WALLONNE (WAGRALIM) A UN PROJET INNOVANT DE CRÉATION DE FIBRE DE LAIT »

M. le Président. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « le soutien du pôle de compétitivité de l'agro-industrie wallonne (WagrALIM) à un projet innovant de création de fibre de lait ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, tout un programme. On parle de plus en plus de la chimie verte.

La Wallonie vient d'être d'ailleurs sélectionnée par l’Europe pour développer des projets en matière de chimie verte, en matière d'économie circulaire, également en matière de biomasse.

Je voudrais vous entretenir ici avec un projet qui est particulièrement innovant et qui a été mis en place par une chimiste allemande qui a développé de la fibre textile à partir de lait qui est impropre à la consommation, qui est issu des rejets de laiterie ou bien même de lait périmé, notamment dans la grande distribution.

Ce tissu présente évidemment de nombreux avantages, il associe les avantages de la fibre naturelle et des fibres synthétiques avec un impact écologique limité, à la fois résistant, antibactérien, antistatique, bref toute une série de qualités importantes. Deux qualités supplémentaires, c'est qu'il est compostable et biodégradable en seulement six semaines, à l'heure où on parle de plus en plus d'économie circulaire, ce sont évidemment des qualités importantes et qui sont sans doute gage d'un beau développement futur.

Cette microbiologiste a pu obtenir, et c'est normal, un prestigieux prix, le GreenTec Award, récompensant les avancées remarquables en matière de technologies vertes. Son projet rencontre un certain succès puisqu'on apprend qu'elle a pu, à travers cette technologie, lancer sa propre ligne de vêtements et que sa petite entreprise crée déjà 10 emplois. C'est déjà significatif.

Monsieur le Ministre, le pôle de compétitivité WagrALIM permet de développer et de soutenir des projets technologiquement innovants.

Avez-vous connaissance de tels projets ?

Des expériences similaires ou parallèles ont-elles été initiées en Wallonie ? WagrALIM a-t-il été sollicité pour ce type de technologie ?

Vous savez comme moi que, dans le contexte agricole difficile, notamment en ce qui concerne la crise du lait, ce genre d'initiative vise à promouvoir et à trouver de nouveaux débouchés pour cette matière première.

La question était de savoir, Monsieur le Ministre, si, en partenariat avec votre collègue, le ministre de l'Agriculture, il n'y avait pas une réflexion à mener au regard de ce genre d'initiative particulièrement innovante.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. – Monsieur le Député, comme vous le soulignez, notre Région est l'une des six régions modèles démonstratrices sélectionnées dans le secteur de la chimie verte.

Le pôle de compétitivité GreenWin est l'un des partenaires de l'initiative comme moteur d'innovation dans le domaine de la chimie biosourcée.

En 2013, déjà, la Région a lancé une stratégie fondée sur un partenariat public-privé entre le pôle GreenWin, l'AWEx et ValBiom, auquel s'est associé Essenscia-Wallonie.

Par le projet « Coq vert », les partenaires entendent contribuer au développement d'une économie biobasée forte et compétitive. Il s'agit de susciter de nouveaux projets essentiels au déploiement du secteur de la chimie biosourcée et en particulier de la chimie végétale.

L'initiative « Coq vert » s'intéresse aux filières de valorisation biomasse-matières au départ de ressources non alimentaires, coproduits, résidus, déchets. Elle place les bioraffineries de seconde génération au coeur du développement pérenne de ces filières.

Par ailleurs, bien conscient de l'importance des filières agroalimentaires dans cette nouvelle économie, le pôle WagrALIM rejoint l'initiative « Coq Vert » fin 2015.

L'économie biosourcée a besoin de mobiliser des secteurs très différents – chimie, agroalimentaire, environnement, papier, textiles – et des technologies très variées – biotechnologies, agronomie, génie des procédés.

Le travail conjoint des pôles GreenWin et WagrALIM sera de créer des ponts entre ces différents secteurs qui n'ont pas pour habitude de collaborer. Ils ne se trouvent généralement pas sur des chaînes de valeurs industrielles communes afin de porter des projets de recherche et d'innovation dans ces domaines.

Le projet de la microbiologiste allemande Anke Dameske est connu de ces deux pôles et des contacts avaient déjà été pris avec elle.

Des interrogations subsistent cependant quant aux perspectives de marché d'un tel projet. Il s'agit, notamment, de la question du positionnement de prix et de la position concurrentielle.

Il est aussi question des perspectives à long terme, sachant que la demande laitière est en forte augmentation au niveau mondial, il est fort probable que l'industrie se positionne prioritairement sur cette augmentation de marché, plutôt que sur l'utilisation du lait dans ce type d'application.

En ce qui concerne WagrALIM, le pôle soutient toujours des projets de biopolymères, notamment issus de matières premières végétales. Néanmoins, il n'est pas directement impliqué dans la réflexion liée aux fibres de lait.

En effet, les projets de pôles sont portés par les industriels et les acteurs ne se sont pas manifestés dans cette voie auprès des pôles pour l'instant.

Depuis la création du pôle de compétitivité, l'on peut compter de nombreux projets qui ont vu le jour grâce à l'action de WagrALIM et du Gouvernement.

L'innovation dans le secteur est donc bel et bien présente. Concernant le secteur laitier, et en particulier WagrALIM, il est impliqué dans le projet « Laitherbe » que vous connaissez sûrement. Ce projet visait à assurer le développement d'une filière laitière complète et durable.

Voilà ce que je pouvais répondre, Monsieur le Président, Monsieur le Député.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci Monsieur le Ministre. Je suis heureux de constater qu'effectivement, les pôles se parlent et sont évidemment aux aguets de toutes les technologies qui sont mises en oeuvre.

On a cité la possibilité de réaliser des vêtements. J'ai vu aussi, à travers un reportage, que la même technologie permettrait de réaliser des sacs qu'on utilise dans le commerce et que votre collègue Di Antonio souhaite combattre pour leur côté non biodégradable. Je pense donc que ce sont vraiment des domaines dans lesquels on doit vraiment être proactifs pour répondre à des besoins de société.

Je pense que s'il y a des décisions de suppression de sacs plastiques notamment, cela n'a de sens qu'à partir du moment où on développe des alternatives raisonnables.

Je vous rejoins évidemment sur l'aspect production au niveau mondial du lait qui pourrait mettre en péril...(Réaction de M. le Ministre Marcourt)

Oui, il y a d'autres technologies. Je pense que, réellement, la recherche et le développement, vous y êtes sensible, mais il faut vraiment aussi... il n'y a pas que le numérique, il y a aussi toutes ces technologies qui sont promises à un bel avenir et je suis heureux de constater que les pôles de compétitivité sont sur la balle.

P.W.- C.R.A.C. N° 113 (2015-2016) - Mardi 1er mars 2016 40




Source : http://parlement.wallonie.be