Le financement des athlètes de haut niveau
07 mars 2016

Question orale de M. Yves Evrard à M. René Collin, ministre des Sports, intitulée «Financement des athlètes de haut niveau»

M. Yves Evrard (MR) . – Je souhaite aborder la question des mécanismes de financement des athlètes de haut niveau. Si plus de 1 500 sportifs sont reconnus de haut niveau, seuls quelques-uns possèdent un tel contrat et perçoivent une aide financière. Il ne s’agit pas de leur garantir une aisance financière, mais bien de les libérer de leurs contraintes afin qu’ils puissent se consacrer exclusivement à leurs performances plutôt que de dépenser leur énergie à trouver des solutions de subsistance.

Pour ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier de cette aide, la plate-forme de crowdfunding RisingTrack, lancée par deux hockeyeurs, constitue une alternative pouvant leur permettre de trouver d’autres sources de financement et ainsi de vivre leur passion et d’atteindre leurs objectifs.

Monsieur le Ministre, pouvez-vous faire le point sur les aides aux sportifs de haut niveau mises en place en Fédération Wallonie-Bruxelles?

Lors d’une question précédente sur le sort des sportifs de haut niveau, vous avez évoqué l’idée de tenir une table ronde sur les améliorations à apporter dans le marketing, la communication et la création d’événements en vue d’améliorer l’image de telle ou telle discipline sportive. L’objectif est d’inciter les sponsors éventuels à investir au profit de tel et tel athlète.

Cette table ronde est-elle programmée? Si oui, quels en sont les participants? Dans l’hypothèse où cette table ronde a déjà eu lieu, pourriez-vous nous faire part des avancées réalisées?

Est-il envisageable, à vos yeux, que les sportifs faisant appel à du financement participatif soient soutenus plus avant par votre administration pour mener à bien ce type de démarche?

Ou bien l’obtention de financements participatifs peut-elle constituer un critère d’exclusion dans le choix des sportifs de haut niveau que vous ferez dans le futur?

M. René Collin, ministre des Sports. – Contrairement à une image largement véhiculée, la

Fédération Wallonie-Bruxelles est assez généreuse envers le sport de haut niveau. J’essaie – et j’incite mon administration à faire de même – d’être souple et réactif pour anticiper et, en tout cas, résoudre le plus rapidement possible les problèmes qui se posent.

J’ajoute que le sport de haut niveau bénéficie de l’ensemble des budgets du sport, tant en Fédération Wallonie-Bruxelles qu’en Wallonie; cela représente globalement un peu moins de 120 millions d’euros. En effet, sans le soutien aux clubs, aux fédérations, à la formation de cadres, aux investissements dans les infrastructures, il n’y aurait sans doute pas de sportif de haut niveau qui pourrait émerger sur la scène internationale. Le sport de haut niveau constitue la pointe de la pyramide. Il profite de ce que les différentes strates construisent tout au long de l’année, et ce sur une période relativement longue.

Il y a évidemment des montants spécifiques dédiés au sport de haut niveau: les plans-programmes pour 7 223 000 euros; les infrastructures de sport de haut niveau pour 5 500000 euros sur ce budget 2016; la formation des cadres à concurrence de 646 000 euros; les contrats pour sportifs de haut niveau pour 1 679 514,84 euros; le Centre d’aide à la performance sportive (CAPS) à concurrence de 607 000 euros; le projet de vie pour 40 000 euros; le programme «Be gold» pour 500 000 euros et le Comité olympique interfédéral belge (COIB) à concurrence de 165 000 euros.

Enfin, même si cela ne concerne pas que les sportifs de haut niveau, on peut également évoquer les 686 000 euros affectés à la lutte contre le dopage.

Il s’agit d’un budget non négligeable qui, comme le montrent les chiffres, traduit une approche holistique: on parle de sports, de sciences, de l’après-carrière et de l’infrastructure. Nos athlètes ont cependant souvent besoin d’un coup de pouce supplémentaire et je me réjouis que des acteurs privés viennent épauler le projet. Je ne me prive d’ailleurs jamais de remercier et saluer les entreprises qui s’investissent dans le sport. J’ai encore eu l’occasion de le faire très récemment lors de la présentation d’une équipe cycliste.

Je vous confirme qu’un colloque relatif à la communication et au marketing sportif se tiendra cette année, l’objectif étant de développer le savoir-faire à nos fédérations dans ce domaine. La date n’est pas encore fixée.

Je vais rencontrer les créateurs de la Rising Track. Ils peuvent attendre de nous que nous nous fassions l’écho de cette initiative afin de la faire connaître, mais je n’apporterai pas de subvention en numéraire pour leur permettre de sponsoriser des sportifs.

Pour répondre à votre dernière question, il est clair qu’il n’y a à mes yeux pas de cote d’exclusion – empêchant d’éventuellement prétendre à un contrat de sportif de haut niveau – vis-à-vis des athlètes qui ont reçu une aide auparavant dans le cadre d’une opération de mécénat, quelle qu’elle soit.

C’est ainsi que certains sportifs de haut niveau se mettent en quête d’un complément d’aide, de sponsoring, voire de revenus, par le biais d’activités complémentaires. C’est la moindre des choses.

M. Yves Evrard (MR). – Vous dites que la Fédération Wallonie-Bruxelles peut jouer un rôle de caisse de résonnance. Je suis d’accord avec vous. Je pense que la Table ronde que vous proposez de mettre en place cette année peut avoir du positif, notamment en termes d’image et, plus largement, de mise en lumière de mécanismes importants dans notre société de communication actuelle.

Cette initiative de financement participatif sera aussi l’occasion d’essayer d’identifier les mécanismes permettant aux sportifs qui ont la possibilité d’accéder à ces dotations, de donner un return aux gens désireux d’investir, par le biais d’un échange de bonnes pratiques entre athlètes.

Les sponsors et investisseurs en général ont peut-être des attentes différentes, mais une ligne de conduite générale existe sûrement et mériterait d’être mise en évidence. Elle permettrait en effet de faire la promotion de ce mode de financement alternatif.

CRIc No 72-Sports10 (2015-2016)




Source : http://parlement.wallonie.be