Le sport comme vecteur d'intégration
21 mars 2016

Question de M. Yves Evrard à M. René Collin, ministre des Sports, intitulée «Sport comme vecteur d’intégration»

M. Yves Evrard (MR). – La crise des migrants à laquelle nous devons faire face est d’une ampleur sans précédent. Même si des pays mettent en place des dispositifs, il y a fort à parier qu’elle va durer.

À l’heure actuelle, nos centres d’accueil, qui comptent 35 000 places, sont presque complets.

Des initiatives se mettent en place pour permettre aux personnes hébergées de s’intégrer au mieux dans notre société et d’en comprendre les valeurs.

Un encadrement est prévu pour l’apprentissage des langues, le suivi médical et, de manière plus symbolique et hétérogène, une offre sportive plus ou moins discrète.

Le sport permet sans aucun doute d’améliorer l’intégration de ces personnes à nos tissus associatifs. Il permet en outre de canaliser les énergies, dans des centres où des tensions surviennent entre les communautés et où les demandeurs vont séjourner durant au moins six mois.

Dans le milieu sportif, plusieurs initiatives en faveur des réfugiés ont vu le jour. Des grands clubs de football ont notamment organisé une récolte de fonds et de dons à destination des associations caritatives ou offert des places gratuites.

Des supporters ont confectionné des tifos pour sensibiliser l’opinion publique.

Le Comité international olympique a décidé de permettre à une équipe de réfugiés de participer aux JO de 2016. Selon son président, cette délégation comprendra des athlètes de haut niveau et pourrait compter entre cinq à dix personnes.

Quelles mesures souhaitez-vous mettre en œuvre pour faire face à cette situation?

Que pouvez-vous faire dans les centres d’accueil en ce qui concerne l’infrastructure et l’encadrement des activités sportives?

Que pouvez-vous faire pour faciliter l’intégration des réfugiés sportifs reconnus dans leur pays d’origine afin de leur permettre de pratiquer leur sport et éventuellement de participer à certains championnats?

Existe-t-il des disciplines qui le permettent?

Avez-vous des contacts avec les fédérations à ce propos?

Avez-vous des contacts avec vos collègues en charge de la politique des migrants pour envisager le sport comme un vecteur d’intégration à part entière?

M. René Collin, ministre des Sports. – Tout d’abord, je tiens à saluer les différentes initiatives prises en la matière.

Le sport est un acteur transversal puisqu’il concerne entre autres la mobilité, l’économie, l’emploi ou le bien-être. C’est pourquoi j’ai lancé, en 2015, un appel à projets intitulé «Sport & Intégration».

Au terme d’une analyse approfondie, 49 projets se sont réparti 70 750 euros, les subventions allant de 500 à 2 500 euros. Ces dossiers regroupent des domaines d’activités et des sports très variés, allant de l’équitation au hockey, en passant par le football, la natation ou la boxe.

Lorsque tous les rapports d’activités me seront parvenus, je disposerai d’une vue globale des actions entreprises et par conséquent de leurs résultats concrets sur le terrain. Sur cette base, j’établirai alors un vade-mecum de conseils à destination du mouvement sportif afin d’appréhender au mieux les questions de l’intégration à travers le sport.

Je rappelle également que plus de deux mille personnes suivent chaque année, depuis 2012, des cours d’entraîneurs. Ces formations contiennent des modules spécifiques liés aux questions et au dialogue multiculturels afin de permettre à nos entraîneurs, toutes disciplines confondues, de disposer des clés nécessaires dans leur travail quotidien.

En outre, je vous informe que le Comité olympique interfédéral belge, prenant exemple sur mon appel à projets «Sport & Intégration», a débloqué un montant important permettant à tous les centres d’accueil belges d’acquérir du matériel sportif.

En étroite collaboration avec l’Administration générale du Sport, j’ai permis aux réfugiés du centre de la Croix-Rouge d’Arlon d’utiliser les infrastructures sportives du centre ADEPS l’Hydrion. Cette mise à disposition n’entrave en rien les habitudes de fonctionnement de ce centre.

Cette mise à disposition nous a notamment permis de remarquer les différences de pratique en fonction de l’origine des migrants. En effet, les Africains ont une attirance quasi exclusive pour le football tandis que les personnes du Moyen et du Proche-Orient sont plus passionnées par la course à pied. En outre, ce centre de la Croix-Rouge a récemment lancé une compétition interne de tennis de table qui recueille un franc succès auprès des migrants.

À l’époque de l’afflux massif des migrants, j’avais déjà sondé mon administration pour connaître nos capacités et nos disponibilités. Vu les réalités de terrain, il apparaît plus concret de fonctionner au cas par cas sur la réalité des centres d’accueil existants afin de déterminer une solution pratique compatible avec les objectifs de tout un chacun.

En effet, un centre n’est pas l’autre, les différences tenant à sa localisation, à son public ou à l’intérêt du personnel encadrant pour l’utilisation du sport au travers de ses actions. Néanmoins, ma porte est ouverte aux organisateurs qui ont un projet précis.

Pour conclure, je tiens à souligner que le sport ne peut bien entendu répondre seul à cette thématique ô combien importante et d’actualité: l’accès à l’emploi, la connaissance des langues, le parcours scolaire et bien d’autres domaines permettront d’améliorer le quotidien de ces personnes. Mais, vous l’avez entendu, le sport doit assumer son rôle et il veut vraiment le faire.

M. Yves Evrard (MR). – Développer des synergies avec les centres sportifs est une belle initiative. En effet, dans les heures pleines de la journée, ceux-ci sont parfois peu utilisés. L’outil existe et je ne peux donc que vous encourager à continuer à travailler dans cette voie, y compris en matière d’encadrement grâce à des formateurs de l’ADEPS, par exemple.

Il conviendrait également de voir s’il n’y a pas des synergies à trouver au niveau des écoles.

De même, il faut continuer à fournir des efforts pour permettre à ces gens, une fois intégrés et reconnus sur notre territoire, d’intégrer les différents clubs dans un cadre légal et sûr, notamment en matière d’assurances, et participer ainsi véritablement à la vie associative.

CRIc No81-Sports11(2015-2016) ( 4 )




Source : http://parlement.wallonie.be