L'usage du glyphosate
11 avril 2016

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. COLLIN, MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DE LA NATURE, DE LA RURALITÉ, DU TOURISME ET DES INFRASTRUCTURES SPORTIVES, DÉLÉGUÉ À LA REPRÉSENTATION À LA GRANDE RÉGION, SUR « L’USAGE DU GLYPHOSATE »

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, lors des débats parlementaires et ici même au sein de cette assemblée, on a déjà quelque peu débattu sur l'utilisation et la réglementation en matière d'utilisation de produits phytopharmaceutiques, et ce, bien au-delà de ce que l'Union européenne préconise en la matière.

Vous savez d'ailleurs que votre collègue, le ministre Di Antonio, responsable de l'environnement, a clairement évoqué sa volonté de restreindre, voire d'interdire l'utilisation de produits comme le glyphosate, et ce, sans pour autant en préciser le cadre.

On a d'ailleurs, si je ne me trompe pas, décidé dans cette Commission de pouvoir organiser une concertation à ce niveau. J'avais déposé en la matière ma question avant cette décision, mais il n'en reste pas moins qu'en tant que ministre de l'Agriculture, vous connaissez sans doute mieux que quiconque les contraintes auxquelles nos agriculteurs doivent faire face, les règles strictes et la législation en place à laquelle chaque utilisateur doit se conformer au mieux. Elles ne sont pas légères : ce sont des contraintes importantes, d'autant plus que de gros efforts ont été effectués ces dernières années, de nombreux produits ayant été supprimés et retirés du marché.

Sur le plan culturel, vous savez aussi qu'en ce qui concerne les engrais verts ou les possibilités de réaliser des sursemis, il est nécessaire de les traiter avant de pouvoir retourner la terre ou réaliser le sursemis dans de bonnes conditions. Si l'on restreint encore la liste des produits phytopharmaceutiques, on risque, pour arriver au même résultat, de pouvoir, dans certains cas, utiliser d'autres produits qui eux-mêmes peuvent générer éventuellement d'autres problèmes, pour autant que ce soit vérifié et objectivé.

Il appartient donc à chaque agriculteur de poser des choix stratégiques propres au développement de son exploitation et de choisir les alternatives qui s'offrent à lui en matière de type de production recherchée. C'est l'occasion aussi de rappeler combien il est, à nos yeux, important de favoriser la recherche et le développement pour avoir des alternatives fiables et raisonnables qui puissent être mises en œuvre.

Dans ce contexte, partagez-vous l’analyse de votre collègue ministre et de votre parti sur l'intransigeance dont ceux-ci veulent faire preuve, et ce, au-delà des règles de l'Union européenne en la matière ?

Plus précisément, quelle est la position que vous allez défendre à l’égard du monde agricole – c'est vraiment là l'objet de ma question par rapport à ce monde agricole – en matière d'utilisation de glyphosate de manière raisonnable et contrôlée comme cela se passe à l’heure actuelle ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Collin.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région.

- Monsieur le Député, le problème du glyphosate doit être envisagé sous deux aspects : une utilisation esthétique non essentielle par les particuliers pouvant être remplacée par des techniques alternatives non chimiques et une utilisation que je qualifierais « d'agronomique » par les professionnels des secteurs agricoles et horticoles, pour laquelle il est plus compliqué d'envisager une interdiction immédiate pure et simple.

En effet, l'utilisation agronomique vise avant tout à préserver une récolte pour garantir un revenu et assurer la viabilité des exploitations agricoles wallonnes et leur compétitivité sur les marchés. En dépit des travaux menés par le CRA-W sur le désherbage mécanique et sur une phytotechnie permettant de réduire le recours au glyphosate, notamment par des traitements localisés, certains usages les plus utiles du glyphosate, tels que la lutte contre les adventices vivaces en intercultures, ne trouvent pas encore d'alternative actuellement totalement probante.

Il faut en tout cas absolument éviter de recourir à d'autres produits tels que le diquat ou des produits racinaires persistants davantage susceptibles de polluer les eaux.

Les restrictions d'utilisation ne peuvent, dans certains cas, être envisagées qu'après une étude au cas par cas en fonction des spécificités de chaque secteur et selon l'avis scientifique du CRA-W et des centres pilotes. Cette problématique sera l'une de celles à l'ordre du jour de la task force agriculture-environnement mise en place au sein de l'administration.

Vous savez qu'elle sera également abordée en synergie avec la Commission de l'environnement du Parlement wallon au cours de laquelle nous aurons davantage l'occasion de nous exprimer. Il faut aussi rappeler le cadre européen en matière d'autorisation de produits phytopharmaceutiques. Ils sont soumis à une double procédure d'autorisation : la substance active est d'abord approuvée au niveau de l'Union européenne ; ensuite, les États membres peuvent autoriser les produits phytopharmaceutiques contenant une telle substance approuvée.

Vous savez qu'il y a actuellement une discussion au sein de l'Union européenne, puisque c'est jusqu'au 30 juin 2016 que court l'approbation du glyphosate telle qu'elle avait été fixée le 1er juillet 2002. Les débats seront davantage nourris en fonction des débats que nous aurons à la Commission conjointe puisque nous en avons décidé ainsi.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse. C'était l'occasion, à travers ma question, de rappeler que l'utilisation actuelle des produits phytopharmaceutiques par les professionnels, par les agriculteurs et par les gens dont c'est le métier se fait dans des conditions très strictes, réglementées.

On a parfois tendance, dans une société où l'information et la communication sont surabondantes, de fustiger cette classe d'utilisateurs, alors que la plupart d'entre eux utilisent ces produits en âme et conscience et dans le respect des législations qui sont déjà très strictes et très contraignantes.

27 P.W.- C.R.I.C. N° 133 (2015-2016) - Lundi 11 avril 2016




Source : http://parlement.wallonie.be