L'expérience Lilloise de magasin permanent en circuit court
11 avril 2016

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. COLLIN, MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DE LA NATURE, DE LA RURALITÉ, DU TOURISME ET DES INFRASTRUCTURES SPORTIVES, DÉLÉGUÉ À LA REPRÉSENTATION À LA GRANDE RÉGION, SUR « L’EXPÉRIENCE LILLOISE DE MAGASIN PERMANENT EN CIRCUIT COURT ».

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, les circuits courts représentent une belle alternative pour les agriculteurs qui leur permet de mieux valoriser leurs productions. On en a souvent parlé, mais ces initiatives et les marchés restent malheureusement marginaux en termes de volume de production ainsi écoulée.

Dans la région lilloise, une initiative rencontre un certain succès auprès des consommateurs. Treize producteurs locaux se sont associés pour créer un magasin permanent nommé « Talents de ferme ». Ce projet confirme un engouement certain du grand public pour des produits locaux, mieux identifiés et qui dégagent ainsi une certaine marge chez le producteur.

Cela doit donc nous inspirer par rapport à ce qui se fait chez nous. Disposez-vous d’un bilan des activités des halls relais créés suite au premier appel à projets de 2011 ?

Des projets du type de celui de Lille y sont-ils développés ? Dans l’affirmative, quels en sont les atouts et les faiblesses ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Comment est organisée la promotion de ces halls relais ? En octobre, vous avez lancé un nouvel appel à projet destiné notamment à des ASBL ou coopératives dont l’objet social est la promotion ou la valorisation des produits issus de l’agriculture wallonne.

Il prévoit la possibilité d’octroi d’une aide supplémentaire pour l’élaboration et le suivi du dossier par un consultant supplémentaire, ainsi qu'une aide de fonctionnement durant les cinq premières années.

Monsieur le Ministre, ces aides signifient-elles que vous avez identifié des difficultés dans l'organisation et la mise en œuvre des premiers halls relais ? Quelles sont les synergies que vous avez créées avec votre collègue M. Marcourt en charge de l'Économie, notamment en ce qui concerne la valorisation des circuits courts, pour mutualiser différentes actions développées en faveur de ceux-ci ?

Une collaboration est-elle envisageable entre vos deux ministères pour favoriser l'implantation dans des endroits stratégiques, préalablement déterminés, de magasins permanents en circuit court tel que celui développé à Lille ? Quand je parle d'endroits stratégiques, je pense aux grands complexes commerciaux.

On sait que dans le pays il y a des nœuds commerciaux qui deviennent de plus en plus importants et il me semble donc judicieux, ou en tout cas intelligent, de réfléchir à la question de l'implantation, dans ces endroits mêmes, des magasins du type de ceux que l'on peut retrouver à Lille.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Collin.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région.

- Monsieur le Député, suite à l'appel à projets de 2011 pour les halls relais, 16 dossiers avaient été déposés. Après évaluation, neuf projets ont été sélectionnés pour un montant de 3,8 millions d'euros, dont six projets sont actuellement en plein fonctionnement

Les activités sont très variées : découpe et vente de volailles de qualité différenciée, pressage et conditionnement de fruits, outils de commercialisation, stockage et transformation de produits agricoles, développement d'une fromagerie, renforcement à l'appui technologique et au développement des produits fromagers, système de stockage, de conditionnement et de vente de paniers de produits locaux, pôle de cuisine et de vente de repas du terroir.

L'initiative de Lille, que vous relatez, est fort intéressante. La Wallonie fait également preuve de dynamisme pour stimuler les circuits courts. Coprosain à Ath est un exemple que j'ai récemment visité. Cette coopérative d'agriculteurs offre des produits depuis 35 ans.

L'expérience nous apprend d'ailleurs que pour augmenter les chances de réussite, chaque projet doit être judicieusement adapté à la situation de terrain toujours particulière et rarement strictement transposable d'un territoire donné vers d'autres situations.

Parmi les halls relais en fonctionnement, une initiative est assez semblable à celle de Lille. Elle concerne une trentaine d'agriculteurs de la région de Gembloux qui ont développé une structure de stockage et de transformation de produits agricoles, de vente en magasin et en petite restauration, ainsi qu'une plateforme d'échanges.

En termes de promotion de ces systèmes, chaque responsable de hall relais prend lui-même les initiatives voulues afin de faire connaître, dynamiser et optimiser son outil et les activités de son groupement à long terme, mais avec – bien entendu – un appui important de la part du Service public de Wallonie, de l'APAQ-W et d'autres associations soutenues par la Wallonie, comme « Accueil champêtre », pour ne citer que celle-ci.

Concernant le nouvel appel à projets de 2016, nous avons retiré de l'expérience acquise lors du premier appel qu'une préparation et un accompagnement adéquats sont des facteurs essentiels de réussite. La phase préparatoire doit notamment veiller à impliquer les agriculteurs bénéficiaires dès la conception du projet, tant l'adhésion des agriculteurs est un prérequis fondamental pour assurer la viabilité d'un projet de hall relais.

C'est pourquoi la phase d'évaluation des projets a été scindée en deux étapes : une première permettant de décider de soutenir la phase d'élaboration avec l'aide d'un consultant externe et la seconde destinée à décider sur l'aide au fonctionnement, qui doit alors permettre d'assurer le développement et la pérennité des outils que l'on aura jugés pertinents à mettre en place.

Des synergies existent bien sûr avec mon Collègue, M. le Ministre Marcourt via, notamment, le Centre de référence des circuits courts de l'Agence pour l'entreprise et l'innovation, qui a pour mission de favoriser le développement des circuits courts en Wallonie. Il y a bien entendu à côté de la mobilisation de la Wallonie – à travers, notamment, l'appel à projets dont nous venons de discuter – toute une série d'initiatives privées qui s'assurent un succès considérable.

On voit qu'il y a, à côté des initiatives du monde associatif ou des initiatives publiques, locales ou régionales, des initiatives totalement privées qui semblent réussir en se mobilisant pour favoriser au maximum la commercialisation des produits d'une agriculture de qualité et de proximité.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse. Quelques éléments me surprennent, notamment quand vous dites que finalement les implantations existantes ou les halls relais sont spécifiques et non transposables. Je ne saisis pas très bien.

Je comprends qu'il y a des spécificités du territoire, mais par rapport à la volonté de consommer des produits en direct du producteur....

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région.

- Les halls relais, ce n'est pas que de la commercialisation.

M. Evrard (MR). - Ah oui, c'est cela.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région. –

Conditionnement, stockage, cela dépend des produits, des volumes, des populations....

M. Evrard (MR).

- Mon intervention se focalise sur l'aspect plus commercial, de manière à développer le secteur et j'entends, dans votre réponse qu'il y a énormément d'initiatives, mais qui sont chaque fois, je dirais, individuelles par rapport à chaque projet.

Ce qui peut être intéressant à travers l'exemple lillois, c'est peut-être de créer des ponts dans des grands pôles stratégiques commerciaux par rapport à des implantations – vous avez évoqué quatre ou cinq outils existants – de façon que l'on puisse mettre en place des liens entre ces halls sur le plan géographique, en profitant des consultants qui connaissent les bonnes pratiques et ont eu l'occasion d'aller acquérir de l'expérience dans les différents halls.

On pourrait comprendre qu'un produit qui est élaboré dans le pays de Herve puisse trouver parfaitement sa place dans le sud de la province du Luxembourg et vice versa, de manière à booster, justement, la consommation et l'offre à l'égard des consommateurs.

Si nous n'agissons pas de cette manière par rapport à l'exemple d'initiatives intéressantes comme celle de Lille, la grande distribution – et c'est déjà le cas – va ou ira beaucoup plus vite que nous, s'emparera de ce secteur en prenant toutes les marges au passage.

Il est utile de vraiment s'inspirer de cette expérience de Lille, d'aller implanter ce genre de bâtiments non pas au milieu de nulle part, mais là où les consommateurs se concentrent au maximum, pour réellement offrir une alternative par rapport à ce qu'ils connaissent actuellement.

30 P.W.- C.R.I.C. N° 133 (2015-2016) - Lundi 11 avril 2016




Source : http://parlement.wallonie.be