Le déficit de la transformation agroalimentaire en Wallonie
12 avril 2016

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE L'INNOVATION ET DU NUMÉRIQUE, SUR « LE DÉFICIT DE LA TRANSFORMATION AGROALIMENTAIRE EN WALLONIE  » .

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, effectivement une étude récente de la CBC démontre – si besoin en était – que le secteur de la transformation agroalimentaire est déficitaire en Wallonie. Nous le savions. On sait aussi à travers cette étude – et nous le savions aussi – que la demande ne faiblit pas, ce qui est assez logique puisque les besoins alimentaires font partie d'une de nos préoccupations majeures en tant qu'être humain. Même si effectivement, on constate que les budgets – cela c'est plus intéressant – qui sont affectés à la nourriture au sein des ménages sont en nette diminution.

On peut constater, d'ailleurs, dans cette étude l'absence de valeur ajoutée par manque de transformation des produits de base. Notamment en ce qui concerne le secteur de la fromagerie ou de la crèmerie, par exemple, où – si les chiffres sont exacts – on doit importer énormément pour subvenir aux besoins de notre pays.

Vous savez comme moi que les circuits courts sont une réponse à ce problème dans une certaine mesure, mais ils ne permettent toutefois pas de transformer à grande échelle et ne visent pas en tous cas l'exportation. Je mets cette question en rapport avec la crise du lait que nous traversons actuellement, qui ne permet pas aux producteurs d'obtenir un prix raisonnable.

Ne pensez-vous pas, Monsieur le Ministre, qu'il y a là, dans ce domaine, des réflexions à mener ? WagrALIM peut-il apporter un soutien, une expertise en la matière ? N'y at-il pas lieu d'entreprendre des recherches au niveau des investisseurs dans ce domaine et des les encourager à investir en Wallonie ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

- Monsieur le Député, le constat que vous dressez n'est pas sans fondement. Néanmoins, il me semble quelque peu excessif de parler de déficit. En effet, le secteur alimentaire est notre second secteur industriel. De plus, les derniers chiffres sectoriels disponibles n'ont jamais été aussi bons.

Le chiffre d'affaires en 2014 est en augmentation de plus de 10 % par rapport à 2013, il atteint ainsi 8,2 milliards d'euros. Les exportations augmentent de 2,1 % pour atteindre 4,7 milliards d'euros. L'emploi compte 20 600 salariés.

Le but est d'améliorer encore la situation et d'augmenter la transformation des matières premières. Pour ce faire, plusieurs vecteurs sont en cours de travaux avec le pôle de compétitivité WagrALIM, mais aussi d'autres acteurs. Ainsi, le pôle démarre la plateforme Keyfood. Un de ses pans d'activités consiste à répartir les projets vers l'infrastructure existante et adaptée au secteur alimentaire.

Il s'agit aussi d'accompagner les jeunes entreprises en les orientant vers les bonnes ressources technologiques et scientifiques, pour les aider à résoudre leurs problèmes technologiques ou le développement de nouveaux produits. Ceci se fera également par le biais de Keyfood et plus largement grâce à l'ensemble du réseau de l'intermédiation scientifique et technologique.

Il faut aussi mettre le pied à l'étrier de la recherche, pour concevoir les produits et procédés de demain, au travers de projets de pôle. Ainsi, des dossiers concernant de nouvelles activités, comme les nouvelles sources de protéines, ou le renforcement de filières, comme le projet Lait-herbe qui a donné naissance au label Happy Cow dans le domaine fromager. Il s'agit aussi de l'accès aux centres de recherches agréés, comme le CELABOR.

Celui-ci propose une large gamme de services aux entreprises du secteur agroalimentaire, notamment par les chèques technologiques. Citons également le programme « D'Avenir », porté par le pôle et plusieurs fédérations. Tourné vers la durabilité, il a permis la détection de plusieurs filières agroalimentaires en demande d'une meilleure connexion entre agriculture et industrie. Il s'agit notamment de la filière céréale, filière pois, filière laitière et de la filière pomme de terre. Au niveau industriel, l'exportation reste le plus gros vecteur de croissance.

Il est, à ce titre, important de maintenir les dispositifs en place, notamment à l'AWEx avec sa cellule agroalimentaire qui permet une approche sectorielle. La formation du personnel, notamment en production : le pôle a développé le programme « WalMeat2you » pour répondre à une pénurie en découpe industrielle de viande, et la « BoulpatMobile » pour les pénuries en boulangerie industrielle.

En outre, un centre FOREM à Mouscron se spécialise progressivement en agroalimentaire en s'appuyant sur le projet Keyprocess, constituant une antenne de FormAlim, à Verviers, en Wallonie Picarde. Et plutôt que d'opposer les systèmes alimentaires – le tout au circuit-court contre des processus industriels – il faut plutôt chercher à donner des réponses adéquates selon les types de demande.

Il y aura alors le circuit local, le circuit orienté grande distribution, ou encore le circuit orienté exportation. Chacune de ces possibilités mérite de l'attention et le développement économique se renforce par la diversité des marchés.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse qui est complète. Vous scannez l'ensemble du secteur agroalimentaire. Ma question était plutôt de viser si les informations de l'étude que j'ai pu consulter sont exactes, notamment dans des domaines spécifiques comme la crémerie ou fromagerie.

J'imagine qu'on est aussi malin ou aussi entreprenant que d'autres pour justement attirer l'attention et pouvoir – quand on sait aujourd'hui l'impact de la crise du lait – développer des secteurs de niche.

Vous parliez des céréales, le blé panifiable est aussi un secteur qui n'a pas été suffisamment développé et c'était vraiment pour pouvoir identifier, finalement, des secteurs dans lesquels on peut essayer d'initier une dynamique.

P.W.- C.R.A.C. N° 136 (2015-2016) – Mardi 12 avril 2016 34




Source : http://parlement.wallonie.be