Les circuits courts
12 avril 2016

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE L'INNOVATION ET DU NUMÉRIQUE, SUR « LES CIRCUITS COURTS »

M. Evrard (MR).

- Les circuits courts représentent une alternative pour les agriculteurs qui leur permet de mieux valoriser leur production. Une initiative intéressante a été organisée en région Lilloise où 13 producteurs locaux se sont fédérés pour créer un magasin permanent nommé « Talents de ferme ».

C'est un projet qui rencontre un certain engouement et qui s'inscrit dans la logique coopérative que vous avez soutenue et dont vous avez la volonté de développer prochainement.

J'ai pu hier interroger votre collègue le Ministre Collin qui a d'ailleurs lui de son côté lancé deux appels à projets qui favorisent la mise en place de halls relais, qui visent à la promotion et la valorisation des produits issus notamment des circuits courts : du producteur au consommateur.

Il m'a invité à me tourner vers vous pour avoir votre avis sur la question puisque, le 15 janvier dernier, à l’initiative de l’AEI et du Centre de référence des circuits courts, s’est tenue la troisième rencontre des circuits courts.

Monsieur le Ministre, cette rencontre a-t-elle permis d’identifier les difficultés qui sont rencontrées dans la mise en place de projets favorisant les circuits courts ? Quelles sont les synergies que vous développez avec votre collègue, M. Collin, pour mutualiser vos actions en faveur des initiatives de circuits courts ?

Une collaboration est-elle envisageable entre vos deux ministères pour étudier l’implantation de magasins permanents tels que je viens de l'évoquer, notamment par rapport à ce qui s'est réalisé à Lille et qui paraît très intéressant ?

M. le Président. - La parole est à M. Marcourt pour sa réponse.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

- Monsieur le Député, cela fait de nombreuses années que le Gouvernement travaille au développement des circuits courts. En 2012, il a notamment mis en place un centre de ressources spécifiquement dédié à ce thème au sein de l'Agence de stimulation économique, devenue aujourd'hui AEI.

Les avantages de ces modèles économiques sont évidents : relocaliser l'économie, favoriser la création d'activités et d'emplois locaux et réduire l'impact environnemental. Idéalement, cette réflexion devra, d’ailleurs, dépasser les seules filières « agricoles ». Concernant la production de denrées consommables et alimentaires, l'initiative « Talents de ferme » près de Lille est évidemment un bon exemple.

L'équivalent existe chez nous depuis plus de 35 ans et avec d'autres dimensions. Il s'agit par exemple de la coopérative Coprosain qui regroupe 45 producteurs, dispose de 3 magasins, est présente dans 8 points de vente et 20 marchés. De plus, force est de constater qu'un nombre croissant de consommateurs s'orientent, pour leurs achats quotidiens, vers des produits locaux.

Néanmoins, en comparaison avec les modes d'achats conventionnels, il est clair que ces nouveaux choix de consommation ne constituent pas encore un volume suffisant. Ils n'ont donc pas encore un impact macroéconomique réel sur la relocalisation des activités, et donc sur la création d'emplois locaux.

L'identification des difficultés qui freinent le développement des initiatives en circuits courts fait partie des missions du Centre de référence de l'AEI. Les « Rencontres circuits courts », dont celles du 15 janvier dernier, sont l'occasion de se pencher sur ces questions.

Les difficultés rencontrées relèvent notamment de la viabilité économique et de la pérennité des initiatives en circuits courts, les questions de mutualisation des outils de production, de transformation et de commercialisation, les questions logistiques, de transport et d'accessibilité du consommateur.

Ce dernier point est essentiel : la population doit pouvoir avoir accès à ces commerces. Un accès financier bien sûr, mais aussi en termes de localisation et de temps. En effet, s'ils veulent fonctionner, il faut que ces commerces permettent à leurs clients de continuer à maîtriser leur budget et offrent la même accessibilité qu'ils trouvent dans les grandes surfaces traditionnelles.

En d’autres termes, les commerces s'inscrivant dans les logiques de circuits courts se développeront s'ils réussissent à offrir une gamme de produits large et variée, les prix proposés sont abordables au regard de la qualité des produits, et surtout, qu'ils puissent prendre en compte les habitudes de consommation de la majorité de nos concitoyens, qui sont eux-mêmes en partie contraints par la vie professionnelle et familiale !

En clair, certaines dispositions ne contribuent pas au développement et les exemples suivants sont malheureusement réels : prévoir un plan d'affaires où les paniers moyens des clients doivent tourner aux alentours des 50 euros, et donc peser plusieurs kilogrammes, alors qu'il n'y a pas de parking, ouvrir ses portes de 10 à 18 h, alors qu'on s'adresse à une population active, ou encore, parce qu'on souhaite légitimement réhabiliter les légumes de saison, ne proposer que des gammes de choux tout au long de l'hiver.

C'est évidemment une caricature. Il est vrai que des actions de sensibilisation doivent être menées pour mieux faire connaître ce type de consommation, mais ne nous trompons pas : ce dossier ne doit absolument pas être abordé d'un point de vue moral.

Si la population ne consomme pas plus de produits locaux, c'est en raison de l'accessibilité des commerces, pas parce qu'elle n'est pas consciente de l'enjeu. Les night shops, comme on les nomme, constituent le parfait contre-exemple.

Les gens n'y vont pas pour la qualité des produits, ni pour les prix, mais parce qu'ils sont accessibles et ouverts pratiquement toute la nuit. C'est donc la question de l'offre qu'il nous faut travailler et concrètement organiser nos dispositifs publics de soutien afin de réussir à lever ces freins.

Il nous faut aussi clairement identifier les modèles économiques qui fonctionnent, les renforcer et les promouvoir. J'ai déjà cité Coprosain à Ath. Il faut aussi parler du magasin D'ici, à Naninne, organisé sur le modèle d'une grande surface. Ce sont également des coopératives de producteurs ou de transformateurs comme Paysans-Artisans, Agricovert, Point Ferme, et cetera.

Ces initiatives proposent également la vente en ligne de produits locaux. Les magasins La Ferme se professionnalisent aussi, comme La Ferme à l'Arbre, à Lantin. Dans le cadre du Centre de référence des circuits courts, le partenariat avec des organismes en charge de l'agriculture est bien structuré.

En effet, Diversiferm, structure d'appui technologique et partenaire de l'AEI, s'adresse aux projets visant à valoriser les produits issus de notre agriculture. Les synergies entre les approches agricoles et économiques sont donc bien réelles, particulièrement pour appréhender les enjeux et les questions dont nous venons de parler.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour cette réponse exhaustive. On sait, et vous l'avez rappelé, qu'il existe des initiatives, et cela est fort heureux.

Toutefois, vous avez précisément mis le doigt sur l'un des problèmes majeurs, qui est la question de l'accessibilité et l'importance d'avoir des dispositifs qui répondent et qui s'organisent par rapport à ce qui se fait en matière de grande distribution.

Comme je le signalais à votre collègue, je pense qu'il serait judicieux d'étudier la possibilité de mettre en œuvre des halls-relais, des structures ou de soutenir, en tout cas, des initiatives qui viseraient à aller s'implanter au cœur même des zonings commerciaux, des centres commerciaux qui ont déjà une énorme activité, et de pouvoir, quelque part, dans les grands centres commerciaux, avoir le même type de dispositif qui permette de valoriser des produits qui viennent du nord, de l'est ou de l'ouest du pays, dans des endroits où les consommateurs vont déjà naturellement faire leurs achats dans la grande distribution.

Je crois que si l'on pouvait focaliser des subsides et décrocher, à ces endroits-là, des espaces qui permettent aux producteurs locaux de mettre en avant leurs produits, ils y rencontreraient un grand succès.

Cela permettrait, en tout cas, de faire changer les comportements des acheteurs pour, j'en suis convaincu, les inviter à aller consommer des produits locaux.

Cela serait évidemment un plus, qui permettrait d'augmenter les volumes, notamment à travers l'exploitation des circuits courts.

37 P.W.- C.R.A.C. N° 136 (2015-2016) – Mardi 12 avril 2016




Source : http://parlement.wallonie.be