Les causes possibles de la raréfaction des abeilles
02 juin 2016

Question orale de M. Evrard à M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Aéroports, délégué à la Représentation à la Grande Région, sur « les causes possibles de la raréfaction des abeilles »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, c'est un sujet que l'on a régulièrement abordé. Ici, un article récent faisait état d'une approche un peu différente, puisqu'elle se focalisait sur l'interaction entre les plantes et les insectes et expliquerait en partie la raréfaction des abeilles.

Les universités de Mons et de Liège ont réalisé différentes expériences qui mettent en évidence que l'influence de la qualité des pollens de certaines plantes avec le développement des abeilles est une chose qui mérite d'être étudiée de près.

Avez-vous eu connaissance des résultats de ces études et finalement de la proportion pour laquelle ce facteur pourrait intervenir dans la disparition ou la raréfaction des abeilles ?

D'autre part, cette étude pourrait être d'un intérêt évident puisque selon l'analyse des scientifiques, il serait possible de favoriser la protection des insectes pollinisateurs en privilégiant certains types de fleurissement sur des parcelles spécifiques.

On connaît le rôle important des abeilles dans la pollinisation et les problèmes liés à la raréfaction de la population des abeilles.

Monsieur le Ministre, les résultats de ce genre d'études sont-ils suffisamment exploités ou utilisés pour tenter d'enrayer le phénomène des disparitions des abeilles ? Vous nous avez indiqué que votre administration coordonne la vulgarisation de ce type d'études auprès des publics intéressés et assure la liaison avec notamment les centres de recherches.

Pouvez-vous nous dire si cette étude a été transmise et ce que vous en pensez ?

Je vous remercie, Monsieur le Ministre.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Puget.

M. Puget (Indépendant). - J'ai une question aussi par rapport aux abeilles, mais je pense qu'elle s'en écarte un petit peu. Je ne sais pas pourquoi on a joint les questions, mais je pense que c'est un autre angle.

Je suppose que M. le Ministre en profitera pour faire une réponse globale sur ces questions.

Monsieur le Ministre, d’après le rapport Epilobee, récemment publié par l’autorité européenne pour la sécurité des aliments, l’Efsa, c’est en Belgique que les populations d’abeilles décroissent le plus drastiquement. On peut évidemment s’en inquiéter.

Rien que pour l’hiver 2012-2013, hiver soumis à des conditions climatiques particulièrement rudes, le taux de mortalité des colonies a atteint les 32,4 %.

Les facteurs ayant un impact sur la survie des abeilles sont les suivants : les maladies, la nourriture et les pollutions. Si l’on poursuit l’analyse, les monocultures, les pesticides et les métaux lourds notamment ont un impact négatif sur la survie des abeilles.

Monsieur le Ministre, je sais que cette question revient fréquemment, mais j’aimerais vous entendre sur chacun des trois aspects : maladies, nourritures et pollutions donc et sur la manière dont la Région peut et compte agir sur chacun d’eux.

Merci, Monsieur le Ministre.

Mme la Présidente. - La parole est à M. le Ministre Collin.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Aéroports, délégué à la Représentation à la Grande Région. - Messieurs les députés, vous mentionnez probablement les travaux réalisés, à l'Université de Mons Hainaut, sur la toxicité de certains types de pollens à l'égard des bourdons. Nul ne sait dans quelle proportion ce facteur intervient dans la disparition ou la raréfaction des abeilles, car il est difficile de transposer les conclusions de cette étude aux conditions réelles. Il peut cependant être dit sans trop de risque que ce facteur ne puisse pas expliquer à lui seul le déclin généralisé des pollinisateurs.

Sur base des estimations dont je dispose, on enregistre cette année une perte de colonies moyenne de l'ordre de 14 % à la sortie de cet hiver, ce qui est relativement correct – une mortalité de 10 % étant considérée comme normale – au regard de certaines années antérieures. Mais c'est évidemment encore trop. Or, les conditions météorologiques de l'automne 2015 et de l'hiver 2016 laissaient présager des pertes importantes de colonies à la sortie de l'hiver.

Pour répondre à votre question, Monsieur Puget, je souhaite préciser certaines actions impactant positivement le secteur apicole et mises en œuvre en Wallonie : les ressources alimentaires à disposition des insectes pollinisateurs se sont en effet dégradées ces dernières décennies. Des mesures sont prises en Wallonie pour restaurer ces ressources: citons la mise en place de certaines mesures agroenvironnementales – bandes aménagées dans les cultures – ou d'autres mesures plus locales comme le Plan Maya et l'incitation à la création de prairies fleuries mellifères, ou encore la généralisation du fauchage tardif à l'ensemble du réseau routier régional et des voies hydrauliques.

Concernant les maladies : le programme européen de soutien à l'apiculture, porté en Wallonie par le Centre apicole de Recherche et d'Information, le CARI et cofinancé par la Région wallonne, présente une mesure de lutte contre l'acarien parasite Varroa, le principal ennemi des abeilles. Cette mesure comprend trois actions :

  • le suivi de l'évolution des populations de Varroas au fil des années avec un système d'alerte en cas de situation inquiétante, et avec un suivi de l'efficacité des traitements officiels ;
  • la recherche et le développement de techniques de gestion des colonies, qui permettent de réduire le développement de la varroase et qui renforcent l'efficacité des produits ;
  • la recherche de colonies plus résistantes ou tolérantes.

Je souhaite qu'un encadrement de qualité puisse être apporté aux apiculteurs, afin d'étendre les actions entreprises dans le cadre du programme européen de soutien à l'apiculture.

S'agissant des contaminants de l'environnement: le Plan Maya ou encore le programme wallon de réduction des pesticides interviennent en incitant les différents utilisateurs à réduire au maximum l'utilisation de pesticides.

Un projet financé par la Région wallonne et visant à déterminer les causes de mortalité inexpliquées dans les ruches wallonnes a montré que la probabilité de mortalité augmente avec le pourcentage de grandes cultures présentes dans l'environnement du rucher. Il a également mis en évidence le rôle probable des fongicides dans le dépérissement des abeilles. Ce projet vient de se terminer et j'attends les dernières informations recueillies et les recommandations que les scientifiques devraient me fournir d'ici peu. Enfin, il est également prévu qu'une attention particulière soit apportée au suivi des contaminants environnementaux, notamment à travers la mise en place d'un monitoring de la contamination environnementale des ruches, en lien avec un monitoring renforcé sur les dépérissements.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, pour cette réponse. Je crois que la question a en tout cas le mérite de relativiser parfois aussi les a priori ou la manière dont on appréhende cette problématique de disparition des abeilles où d'aucuns ont parfois tendance à fustiger l'agriculteur en le rendant coupable de tous les maux.

Ce qui est intéressant ici, c'est peut-être d'avoir une autre approche et je ne conteste pas évidemment les causes que vous avez également évoquées qui doivent être prises en compte, mais justement, parfois il faut aussi remettre les compteurs à zéro et se reposer d'autres questions comme l'ont fait les scientifiques qui parviennent à démontrer que le pollen peut nuire à certains insectes. Cela permet en tout cas de laisser le champ ouvert à de nombreuses expérimentations à venir.




Source : http://parlement.wallonie.be