Collectif Prévention Réseaux Internet dans la lutte contre la radicalisation violente des jeunes
19 mai 2016

Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Collectif Prévention Réseaux Internet dans la lutte contre la radicalisation violente des jeunes»

M. Yves Evrard (MR). – L’association Prévention Réseaux Internet (PRI)développe un nouveau projet appelé «À la rencontre de la nuance».

Ce collectif ixellois, vise la lutte contre la radicalisation violente des jeunes via différentes actions comme déceler sur le Net des discours de recrutement, les désamorcer auprès des jeunes par des actions plus ciblées, mais également transmettre les informations recueillies aux autorités chargéesdu volet répression.

Les actions proposées aux jeunes consistent à aller à la rencontre d’un public à risque en proposant des séances d’éducation aux médias pour permettre de prendre de la distance face aux discours diffusés sur internet et d’acquérir un regard critique.

L’association PRI souhaite élargir son action au niveau des écoles, des associations de jeunes, des clubs sportifs, mais aussi des parents et souhaite s’étendre en Wallonie et en Flandre.

Madame la Ministre, connaissez-vous cette association et avez-vous eu l’occasion de la rencontrer? Vous a-t-elle sollicitée en vue d’obtenir des budgets pour développer son action?

D’autres associations du même type sont-elles actives sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Cette association pourrait-elle s’inscrire dans le cadre de la campagne No Hate et du Plan antiradicalisme de la Fédération Wallonie- Bruxelles? Ne pensez-vous pas que les actions qu’elle préconise envers la jeunesse sont utiles, voire cruciales pour lutter contre la radicalisation violente? Une évaluation permettrait de voir la pertinence de leurs actions.

Un budget de 1 450 000 euros en faveur de la promotion de la citoyenneté et de l’interculturalité, a été dégagé dans le cadre de vos compétences. Une part de ce budget pourrait-elle être consacrée au financement de ce type d’associations?

Avez-vous eu l’occasion d’échanger avec vos collègues sur cette question?

Le gouvernement fédéral aurait quant à lui déjà montré son intérêt pour les objectifs poursuivis par PRI. Avez-vous eu des contacts et établi une collaboration avec les différents niveaux de pouvoir en vue de lutter contre le radicalisme?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances. – Monsieur le Député, je partage la plupart de vos préoccupations concernant la prévention du radicalisme. Je suis d’accord avec vous, la réponse ne peut pas être uniquement répressive.

Nous avons besoin d’opérateurs de terrain qui s’engagent quotidiennement dans la prévention.

En 2015, dans le cadre des compétences dont j’ai la charge, j’avais mandaté l’Interfédérale des zones de jeunes pour organiser quatre journées de formation à l’intention des professionnels de la jeunesse. Ces journées ont été évaluées et nous avons pu identifier quatre axes de formation pour renforcer la capacité des professionnels à prévenir la radicalisation violente, à connaître la législation antidiscrimination, à travailler sur la liberté d’expression, l’éducation aux médias, mais aussi les réseaux sociaux et la communication interculturelle.

C’est dans cette optique que le gouvernement de la Communauté française a adopté onze mesures visant à renforcer l’éducation non formelle dans le secteur de la jeunesse. Ces mesures s’articulent dans le dispositif de prévention transversale mis en place par ce gouvernement. Dans ce cadre, un groupe de travail a pour mission d’identifier, de développer le cas échéant, des outils pertinents pour les secteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce groupe de travail est composé notamment d’acteurs de terrain. À ce stade, il semble qu’aucune demande n’ait été présentée par le collectif que vous évoquez au comité stratégique du réseau antiradicalisation ni auprès du référent radicalisme. Il me semble évident que toute proposition de collaboration et de partenariat sera étudiée avec attention, vu l’objectif du gouvernement de soutenir des projets innovants et de développer un réseau d’intervenants. Le projet porté par ce collectif vise spécifiquement la promotion d’un contre discours à l’idéologie djihadiste. D’autres organismes s’y attachent également, notamment l’Exécutif des musulmans, mais je n’ai pas connaissance que des associations reconnues dans le cadre des décrets de la Fédération empruntent cette approche. D’ailleurs, certains chercheurs soulignent qu’elle n’a d’efficacité que si elle a un caractère non institutionnel.

Sur un plan plus large, grand nombre d’organisations de jeunesse, de prévention locale, de cohésion sociale ou d’éducation permanente œuvrent auprès des jeunes pour travailler avec eux sur les enjeux d’une société démocratique, sur le respect des droits fondamentaux, sur l’engagement politique (au sens noble du terme). Manifestement, une partie des activités de ce collectif se rapproche de cette forme de prévention primaire, notamment par des activités d’éducation aux médias.

La campagne No Hate est construite dans une dynamique ouverte de collaboration et tout acteur en phase avec les méthodes et les finalités peut y contribuer. J’attire néanmoins votre attention sur le fait que la question des discours de haine en ligne est bien évidemment plus large que le développement de la propagande djihadiste.

L’appel à projets de promotion à la citoyenneté et à l’interculturalité ne vise pas lui non plus spécifiquement la prévention de la radicalisation violente, mais porte sur des actions d’éducation à la citoyenneté, de dialogue interculturel, de lutte contre le racisme et de défense des droits des migrants.

Cette année, dans le contexte de crise que nous avons connu par rapport aux réfugiés, mais aussi par rapport aux attentats et, d’une manière générale, à la montée des populismes en Europe, j’ai fixé une priorité d’éducation à la citoyenneté en faveur des projets s’attaquant spécifiquement aux idéologies antidémocratiques et aux théories du complot.

L’appel à projets vient de se clôturer et l’analyse des dossiers va pouvoir débuter. Je ne sais donc pas si le collectif a ou non rentré un dossier, mais, en tout cas, il aurait pu le faire.

Pour ce qui concerne la concertation avec les autres niveaux de pouvoir, je partage pleinement votre point de vue, mais je vous renvoie aussi au ministre-président. C’est lui qui, dans ses compétences, assure la coordination du plan transversal du gouvernement. Toutefois, comme je l’ai déjà exprimé publiquement, je pense qu’il devrait y avoir plus de concertation, et de meilleure qualité, entre tous les niveaux de pouvoir, en ce compris sur les questions de prévention.

M. Yves Evrard (MR). – Je partage votre avis. On a tous conscience que, par rapport à cette machine du Net et à l’ampleur du problème au niveau mondial, le jeu est inégal. Il est fondamental d’unir et de coordonner nos moyens, quelles que soient les tensions qui peuvent exister entre les différents niveaux de pouvoir.

Vous annoncez la création prochaine d’un groupe de travail pour identifier les outils les plus adéquats pour lutter contre ce phénomène. Je pense qu’il ne faut pas tarder à le faire, car la rapidité de diffusion des messages qui circulent sur internet nous oblige à être très réactifs.

Je ne connais pas particulièrement cette association, mais sa démarche, et notamment son rôle de vigilance et d’alerte des autorités sont intéressants. Si cette association ou d’autres formulent des demandes, elles méritent que nous y soyons attentifs, car les offres et réponses institutionnalisées sont nettement moins efficaces.

CRIc No106-Ens prom13 (2015-2016) 16-05-2016




Source : http://parlement.wallonie.be