Le phénomène de binge drinking
03 mai 2016

Question orale de M. Yves Evrard à MmeIsabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Phénomène du binge drinking»

M. Yves Evrard (MR). –Le phénomène du binge drinking n’est malheureusement pas nouveau. Une récente étude de l’Agence Intermutualiste indique que 2433 jeunes ont été admis aux urgences pour abus d’alcool en 2014 et souligne que le phénomène a progressé de 50% en 15 ans.

À la lecture des différents chiffres disponibles à ce sujet, je constate que c’est la Province de Luxembourg qui est en tête de ce malheureux palmarès. La progression en matière de binge drinking y est en effet la plus forte. Je ne suis pas surpris par ces chiffres, puisque l’on apprend régulièrement, par voie de presse, que de nouveaux accidents liés à la consommation excessive d’alcool sont survenus.

De manière plus générale, c’est en Wallonie que les chiffres sont les plus élevés. Je me dois malheureusement d’aborder un autre phénomène.

En effet, en termes de statistiques, le nombre de jeunes femmes touchées par le

binge drinking rejoint celui des hommes.

Un travail de prévention et de communication est bien entendu mis en place et il va de soi que l’on essaie de faire un maximum en la matière. Il n’en reste pas moins que, face à l’évolution inquiétante du phénomène, il nous faut apporter une réponse à la hauteur de celle-ci.

En réponse à ma question de fin2014 sur le sujet, vous m’aviez indiqué ne pas pouvoir me donner d’informations à propos des collaborations avec les autres ministres en charge de la Santé face à cette problématique, car votre note de politique en la matière était alors en cours de réalisation. Qu’en est-il aujourd’hui? Est-elle réalisée?

Une approche conjointe est-elle envisagée?

Je crois en effet que la transversalité est le seul moyen pour nous de triompher dans ce combat. Il est nécessaire de nous montrer performants, afin de pouvoir avancer une bonne fois pour toutes en la matière et sensibiliser les jeunes.

En octobre 2015, vous nous disiez à nouveau n’avoir eu aucun contact avec votre collègue de la Santé à l’échelon régional? Depuis lors, une rencontre a-t-elle eu lieu?

Devant l’ampleur du phénomène, au regard des chiffres que je viens d’évoquer, je crois qu’il est grand temps de prendre une bonne fois pour toutes le taureau par les cornes.

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.–Les mesures de prévention ou d’intervention à l’égard du binge drinking n’entrent pas dans le cadre de mes compétences particulières en matière de politique de jeunesse.

En effet, elles ne font pas partie des objectifs fixés par les décrets relatifs aux organisations de jeunesse ou maisons de jeunes en tant que telles.

En revanche, il est certain que, par leur travail quotidien en matière d’émancipation et de citoyenneté, les associations conscientisent les jeunes à la problématique.

Par le biais d’approches visant le développement citoyen des jeunes, il s’agit de leur donner des clés pour leur permettre de nourrir leur esprit critique et de leur apporter soutien et relais dans leurs actions et expressions. En une phrase, le but est de former des Citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires (CRACS).

Ces missions prévues par décret pour l’ensemble de ce tissu associatif sont larges et permettent de s’emparer d’une multitude de sujets qui concernent un public de jeunes. Ainsi, Excepté Jeunes asbl propose aux jeunes des actions spécifiques de responsabilisation face aux dangers liés aux consommations abusives d’alcool ou autres assuétudes.

Je suis évidemment ouverte à toute collaboration à des politiques plus structurées qui pourraient être développées dans ce domaine et s’articuler au travail de citoyenneté des organisations de jeunesse et des centres de jeunes.

Je répondrai donc positivement à une invitation de mes collègues en charge de la prévention de la santé. Cependant, vous comprendrez qu’il ne m’appartient pas de prendre une initiative en la matière ou de demander aux opérateurs de jeunesse de se substituer aux acteurs spécialisés.

M.Yves Evrard (MR). –Après vous avoir écoutée, j’en arrive à me demander si j’ai posé la question à la bonne personne. Je reste convaincu que vous avez en charge la jeunesse et que le binge drinking est un phénomène qu’il n’est pas possible d’ignorer.

Je comprends la réponse très technique et je respecte vos collaborateurs, mais ces problématiques sont importantes et graves. Lors du bal de l’année de poésie de ma jeune fille, les jeunes arboraient des tee-shirts reprenant des inscriptions qui ne montraient pas un signal positif. J’ai été particulièrement choqué par l’inscription «Je suis venu, j’ai bu et puis, j’ai...»suivi par une grosse tache. Ce n’est pas le genre de communication le plus habile qui soit. Si cela fait beaucoup rire les jeunes, un tel logo devrait être contrebalancé par d’autres messages réactifs à la hauteur du phénomène. On généralise le binge drinking, qui devient, en soi, un objectif de soirée.

On risque même d’être mis au ban si l’on n’honore pas les engagements pris! Heureusement, la plupart de nos jeunes sont équilibrés et réfléchis, mais vous savez comme moi que le pouvoir de discernement décroît au fur et à mesure que la quantité d’alcool ingérée augmente.

Je crois vraiment à la nécessité de mettre en place, par le biais d’une collaboration avec vos ministres, une véritable campagne de communication, de sensibilisation, voire de sponsoring, tant il est vrai que ces jeunes sont toujours à la recherche de financement pour organiser telle ou telle soirée.

CRIc No100-Ens prom12(2015-2016)




Source : http://parlement.wallonie.be