L'e-cigarette et les jeunes
07 juin 2016

Question orale de M. Evrard à M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine, sur « l’e-cigarette et les jeunes »

Mme la Présidente. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine, sur « l’e-cigarette et les jeunes ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Merci, Madame la Présidente, pour votre indulgence.

Monsieur le Ministre, l’Observatoire de la Santé en Province de Luxembourg a récemment présenté son rapport sur le comportement tabagique des jeunes en Province de Luxembourg.

Différents constats y sont posés notamment en ce qui concerne l’âge de la consommation de la première cigarette ou encore la nocivité des différents produits consommés : cigarette manufacturée, cigarette roulée, chicha.

Un volet très intéressant a été également consacré à l’e-cigarette. D’après les recherches statistiques, la répartition des jeunes qui ont consommé déjà une fois une e-cigarette est surprenante et nous interpelle.

Si 40,7 % de jeunes fumeurs et 14,3 % d’anciens fumeurs ont déjà fumé une fois une e-cigarette, plus de 30 % de fumeurs « essai », qui ont fumé une cigarette classique une fois et 14,9 % de non-fumeurs se sont également laissés séduire au moins une fois par une e-cigarette. L’analyse statistique indique également que la motivation principale à tester l’e-cigarette est un effet de mode, l’attrait du neuf.

Monsieur le Ministre, disposez-vous d’autres informations allant dans le même sens au niveau de la Wallonie ?

Le public jeune est-il plus sensible que d’autres à l’attrait de l’e-cigarette ?

Cet attrait ne constitue-t-il pas, pour cette tranche d’âge, une forme de porte d’entrée vers le tabagisme ?

Même s'il est nécessaire d'avoir dans le dossier le recul nécessaire pour pouvoir informer ou confirmer le fait qu'elle puisse être un facteur d’initiation tabagique, il semble cependant que le risque existe et nous devons y être attentifs.

Au regard de ces éléments, des campagnes d’information ou de sensibilisation aux caractéristiques de l’e-cigarette ont-elles été initiées plus spécifiquement vers le jeune public ?

Le Plan wallon sans tabac dont on a parlé il y a quelques instants intègre-t-il un volet dédié à l’e-cigarette et plus spécifiquement à son impact potentiel au niveau des jeunes ?

Merci, Monsieur le Ministre.

Mme la Présidente. - La parole est à M. le Ministre Prévot.

M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine. - Monsieur le Député, lors de son apparition en Belgique, l'e-cigarette a connu un succès relativement timide, mais, au vu des publications et enquêtes récentes, la tendance est clairement à la hausse. Depuis sa création l'utilisation de l'e-cigarette n'a cessé de croître chez nous pour atteindre 2 % de la population des fumeurs en 2013.

Selon les perspectives, l'e-cigarette est considérée tantôt comme médicament d'aide à l'arrêt du tabac tantôt comme produit de consommation courante. Et c'est là son paradoxe majeur. Certes, le sevrage tabagique fait partie des arguments en faveur de la cigarette électronique et surtout la diminution des risques. Mais malheureusement, l'image populaire de l'e-cigarette n'est pas toujours celle d'un outil de sevrage. De nombreuses personnes y ont recours dans la perspective d'une consommation récréative. Plus inquiétant encore, de sérieux soupçons existent sur son aspect facilitateur tel un 'cheval de Troie vers la dépendance tabagique.

L'e-cigarette est donc soupçonnée de pouvoir jouer un rôle de porte d'entrée vers la consommation de cigarettes traditionnelles, en particulier pour ce qui est des jeunes utilisateurs.

La Fondation contre le cancer rappelle, pour sa part, que le fonctionnement de la cigarette électronique n'entraîne pas de combustion du tabac et qu'elle se trouve donc être moins nocive qu'une cigarette classique, mais prévient : l'e-cigarette n'est pas pour autant sans danger. En cause, la formation d'aérosols qui se diffusent dans la bouche, la gorge et les voies respiratoires ainsi que la présence de substances aromatiques dont les effets toxiques n'ont pas fait l'objet d'études suffisantes sur leur sécurité à long terme.

Pas de certitude donc sur les avantages que présenterait l'e-cigarette en matière de sevrage. Je partage néanmoins l'avis, du Conseil Supérieur de la Santé, pour qui le principe de précaution reste de mise, de même que le constat d'une incertitude concernant l'éventuel rôle de tremplin de la cigarette électronique vers le tabagisme.

En ce qui concerne la toxicité des produits présents dans les cigarettes électroniques, et notamment les risques d'empoisonnement, le Centre antipoison a enregistré une quarantaine d'appels en 2015 pour des accidents impliquant des liquides pour cigarettes électroniques. Durant les 3 premiers mois de 2016, le Centre a reçu 34 appels pour ces produits. Je ne dispose pas de chiffres spécifiques à la Wallonie, les appels proviennent de tout le pays et nous n'avons pas de données sur leur provenance géographique.

La plupart des accidents relevés concernent des ingestions accidentelles. Les e-liquides contiennent du propylène glycol, de la glycérine et divers arômes. Leur teneur en nicotine varie de 0 à 24 milligrammes par millilitre. En exposition aiguë, c'est bien sûr la nicotine qui est l'ingrédient le plus préoccupant. La toxicité des arômes est, quant à elle, mal connue.

Le Gouvernement s'est montré, depuis plusieurs années, très sensible aux risques liés au tabagisme, notamment chez les jeunes, et finance depuis plusieurs années déjà le Plan wallon sans tabac. Ce plan est attentif aux risques liés à la cigarette électronique et s'attache à aborder cette consommation sous des formes diverses : sensibilisation des professionnels lors de rencontres annuelles de tabacologie, communiqués de presse, rédactions d'articles et diffusions via différents supports, campagnes sur le remboursement des consultations d'aide au sevrage, mise en place d'espaces de dialogue avec les jeunes, et cetera.

Dans le cadre du Plan wallon sans tabac, un groupe de travail s'est d'ores et déjà constitué afin de rédiger une brochure de sensibilisation sur le thème de la cigarette électronique. Cet outil, prévu pour l'automne 2016, sera diffusé notamment par les professionnels de la santé auprès du grand public. Cette initiative wallonne devrait être élargie à la Région bruxelloise avec le soutien de la Cocom. Une concertation est également prévue avec l'ONE afin d'élargir la sensibilisation aux professionnels touchant les jeunes de zéro à 18 ans, y inclus les équipes de la promotion de la santé à l'école ainsi que les jeunes et futurs parents.

Cette brochure de sensibilisation aura pour but de fournir une information courte et neutre au grand public. Complémentairement, une information plus complète et plus documentée sera accessible aux professionnels de santé via le site du Fonds des affections respiratoires, l'ASBL Fares.

L'e-cigarette, en tout cas, ne doit pas passer entre les mailles du filet pour n'être considérée que comme un banal objet de consommation. Ne nous y trompons pas, nous sommes ici face à de véritables enjeux en termes de santé publique.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, vous avez été clair, complet et avec une conclusion que je ne peux que partager. Effectivement, on a parfois le sentiment que l'e-cigarette est un jouet inoffensif, notamment pour les plus jeunes. J'espère en tout cas que toutes les campagnes que vous allez mettre en place vont porter leurs fruits et j'imagine que ce groupe de travail aura à cœur de voir le travail qui a été réalisé, notamment dans la Province de Luxembourg et qui donne des indications interpellantes au niveau des statistiques.

CRAC 07/06/2016




Source : http://parlement.wallonie.be