Les mesures de prévention des accidents liés à l'usage de vélos électriques
07 juin 2016

Question orale de M. Evrard à M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine, sur « les mesures de prévention des accidents liés notamment à l’usage de vélos électriques »

Mme la Présidente. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine, sur « les mesures de prévention des accidents liés notamment à l’usage de vélos électriques ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, effectivement, M. Destrebecq est retenu dans une autre commission. Après le Thalys et le Fédéral, on va envisager un autre moyen de transport qui, lui aussi, prend de plus en plus de vitesse, en l'occurrence, la problématique des accidents de vitesse, en l'occurrence, la problématique des accidents en ce qui concerne les vélos électriques. Monsieur le Ministre, je vous avais interrogé de manière générale sur la problématique de la sécurité des cyclistes, qu'ils soient vélos électriques ou vélos classiques, et vous m'aviez répondu in illo tempore que le port d'un casque et d'une veste fluo vous paraissait exagéré et que vous souhaitiez, dans votre chef, limiter au minimum les obligations qui étaient liées notamment à la pratique d'un loisir ou d'un sport de loisir. C'est évidemment un point de vue.

Par contre, dernièrement, en ce qui concerne les statistiques observées au niveau du nombre d'accidents concernant l'usage des vélos électriques, l'on voit que ces chiffres sont en très nette augmentation. Diverses raisons peuvent expliquer les causes des accidents, à la fois l'âge des conducteurs semble être un élément à prendre en compte – peut-être des conducteurs plus âgés, qui profitent évidemment de la technologie – et, inévitablement, la vitesse à laquelle ces vélos peuvent circuler, puisqu'en jouant un petit peu des mollets avec l'assistance électrique, l'on peut vite franchir des vitesses qui avoisinent les 35 à 45 kilomètres par heure, c'est-à-dire pratiquement la vitesse d'une mobylette.

On constate aussi – et c'est sans doute une bonne chose – que le vélo électrique est un moyen de déplacement amené à être de plus en plus utilisé – que ce soit pour le loisir ou pour se rendre à son travail – puisque l'on constate, aujourd'hui, que près d’un vélo sur quatre vendus est un vélo électrique.

Monsieur le Ministre, ces éléments, spécifiquement au vélo électrique, peuvent-ils vous amener à revoir un peu votre jugement et à envisager différentes mesures concrètes qui permettent de garantir plus de sécurité pour les cyclistes ?

Cela peut être des accidents de nature diverse ; je pense parfois à des portes qui s'ouvrent inopportunément et qui peuvent renverser parfois des cyclistes. En tous cas, je crois qu'il y a matière à communiquer, notamment au niveau de campagnes de sensibilisation qui pourraient être complétées par des mesures plus contraignantes qui garantissent plus d'efficacité. On parle de 60 cyclistes par jour aux urgences ; 60 cyclistes, ce n'est pas rien.

Quelles sont les pistes, Monsieur le Ministre, que vous souhaitez entreprendre pour diminuer ce nombre d'accidents ?

Outre les mesures liées à l'équipement du cycliste, envisagez-vous d'autres pistes qui pourraient être explorées ?

Enfin, si les mesures liées au produit à proprement parler que constitue le vélo dépendent du Gouvernement fédéral, les règles liées à l'utilisateur sont-elles de votre compétence ? Pourriez-vous nous repréciser les choses en la matière ?

Mme la Présidente. - La parole est à Monsieur le Ministre Prévot.

M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine. - Monsieur le Député, je me suis déjà exprimé – vous l'avez rappelé d'ailleurs – sur ce sujet au Parlement, pas plus tard que lors de la dernière séance plénière du 25 mai dernier.

Le vélo électrique est, certes, en plein développement – cela, c'est une réalité – et nous devons nous en réjouir, car cela contribue au développement des modes de déplacement alternatifs à la voiture. Il faut bien entendu cadrer son utilisation mais il ne faut pas apporter trop de contraintes non plus dans son utilisation, le mieux étant l'ennemi du bien.

Il faut se prémunir en la circonstance de toute tentation à vouloir systématiquement faire passer des permis pour tout, par tout le monde, puisque l'on pourrait se demander demain si l'usage du skate-board n'est pas plus dangereux que celui d'un vélo ou des nouveaux appareils comme le gyropode – les hoverboards – sur lequel on se déplace en équilibre qui peut aussi être source de danger. Allons-nous demain créer une filière de permis pour ces outils au motif qu'ils aident à la mobilité ? Allons-nous imposer le port d'un casque, un gilet fluo ?

Je ne pense pas qu'il soit donc opportun de créer un permis pour les cyclistes. Par contre, il est vrai que certains vélos électriques ont une puissance qui les rapproche parfois davantage de la motocyclette. Là, c'est le Fédéral qui devra déterminer les éléments de catégorisation.

Cela me permet surtout de rappeler que, statistiquement, quand l'on regarde la proportion d'usagers du vélo électrique, il n'y a pas plus ni moins d'accidents avec ce type de vélo qu'avec les vélos plus traditionnels. Les statistiques sont assez identiques. Il faut donc relativiser l'information selon laquelle il y aurait un danger spécifique avec le vélo électrique – il n'en est rien.

Les messages d'information et de prévention restent naturellement utiles, raison pour laquelle l'Agence wallonne pour la sécurité routière a misé, en cette fin mai, sur une campagne de prévention spécifique à l'égard des cyclistes.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci Monsieur le Ministre. Je peux partager votre analyse en ce qui concerne les permis ; effectivement, les moyens de mobilité « douce » se diversifient et je peux vous rejoindre sur la volonté de ne pas imposer des contraintes supplémentaires.

Je reste en tout cas persuadé qu'en matière d'utilisation du vélo, il y a lieu de réfléchir à des manières soit de sensibiliser les automobilistes soit de rappeler aux cyclistes quelques règles ; d'être en tout cas plus efficace parce que, manifestement, quand l'on pratique la petite reine, même de manière sporadique, l'on se rend compte qu'il y a énormément de travail à faire en la matière.

C'est aussi dans le champ de vos compétences, il faut rappeler, en tout cas, que si vous ne souhaitez pas agir à proprement parler sur l'humain lui-même – le cycliste – en matière de protection, pour les raisons que vous avez évoquées, l'infrastructure notamment dédiée aux vélos rentre aussi dans le champ de vos compétences ; je pense aux pistes cyclables où un cadastre serait utile.

Je constate notamment dans ma province qu'il y a des pistes cyclables qui disparaissent. Dans des endroits que j'ai en tête, particulièrement dangereux, avec des rails de sécurité qui bordent la voirie, je mettrai une de mes deux mains à couper qu'il y aura, tôt ou tard, un accident, malheureusement. Ce sont des évidences en matière d'infrastructures ; je ne peux qu'attirer votre attention sur cet aspect-là.

M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine. - Madame la Présidente, si vous m'y autorisez, j'apporterai un complément.

J'avoue être très réfractaire à l'idée de faire passer des permis pour des vélos, qu’ils soient électriques ou non. Je suis moins fermé à l'idée d'avoir une réflexion sur le port obligatoire du casque, parce qu'il est vrai, soyons clairs, que l'usage du vélo se densifiant – pas seulement dans les zones rurales mais également dans les cœurs urbains, avec les SUL, les sens uniques limités, qui font que parfois les automobilistes sont très surpris, parce qu'ils n'ont pas toujours été attentifs – il pourrait être intéressant d'avoir une réflexion sur la généralisation du caractère obligatoire ou non du port du casque pour les cyclistes. C'est en tout cas le volet sur lequel je suis moins fermé que celui relatif au permis à proprement parler.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Je suis d'accord avec vous, Monsieur le Ministre. Effectivement, lorsque l'on voit ce qui se passe dans le monde professionnel, le casque, et les accidents que cela peut engendrer, ce serait intéressant de savoir, dans les statistiques des accidents, si le port du casque aurait permis des séquelles parfois moins lourdes. C'est une réflexion qu'il faudra avoir, notamment en ce qui concerne le vélo électrique, puisque la vitesse peut vite prendre de la hauteur – on va dire cela ainsi.

Crac 07/06/2016




Source : http://parlement.wallonie.be