L'AWEX et la stratégie de la Wallonie en matière d'exportation
20 juin 2016

Question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l'Agence wallonne à l'Exportation et aux Investissements étrangers (AWEx) et la stratégie de la Région wallonne en matière d'exportation »

M. le Président. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l'Agence wallonne à l'Exportation et aux Investissements étrangers (AWEx) et la stratégie de la Région wallonne en matière d'exportation ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, je vais commencer cette commission en parlant de l'AWEx.

Vous êtes régulièrement interrogé sur cette question. En termes journalistiques, on dirait que c'est un sujet marronnier, qui revient régulièrement. Pourtant, on sait combien l'AWEx doit jouer un rôle primordial dans le développement de notre Wallonie. Force est de constater, au fil du temps que l'on a souvent, des informations parfois contradictoires, parfois positives, parfois plus négatives, suivant l'angle avec lequel on analyse la situation.

Je voulais revenir notamment sur ces quelques éléments. Concernant une participation de l'AWEx, la BIO Convention de San Francisco qui a notamment permis la signature d'un accord-cadre avec un incubateur-accélérateur d'entreprises, dénommé Runway, dans le domaine du numérique. C'est une très bonne chose. L'AWEx a conclu trois autres partenariats de ce type au Texas, à Philadelphie et à Montréal et pourrait envisager d'en développer dans d'autres régions, d'autres pays. On peut s'en réjouir.

Par rapport à ces relatives bonnes nouvelles, on sait aussi que l'AWEx a vu ses subsides rognés de 10 % entre 2015 et 2017. Seule une personne sur trois quittant la structure est remplacée. L'AWEx attire donc l'attention sur une situation qui risque de mettre en péril les missions qui lui sont assignées auprès des entreprises et en faveur du développement économique.

Les chiffres à l’exportation ne sont pas bons, nous en avons déjà parlé lors de précédentes questions. Selon la BNB, le total des exportations wallonnes a diminué de 3 % entre 2014 et 2015.

Pensez-vous qu’il y ait un lien entre la diminution des subventions à l’AWEx et la diminution de nos exportations ?

Avez-vous une analyse à ce sujet ?

Pouvez-vous faire le point sur votre stratégie pour booster le secteur de l’exportation ? Je compléterais ma question en disant : « Qu'en-est-il des mesures pour diversifier un peu nos exportations ? ». On sait qu'elles sont tributaires, singulièrement en Wallonie, du secteur pharmaceutique. Il est sage de mettre en place une stratégie qui permet justement de diversifier le portefeuille, si je peux m'exprimer ainsi. Y a-t-il, à cet égard, des actions que vous souhaitez booster ?

Pouvez-vous faire le point à ce niveau-là ? Dans quelle mesure envisageriez-vous de revoir les budgets alloués à l'AWEx afin qu’elle puisse développer et garantir une stratégie efficace dans des secteurs de niche ? Allez-vous, dans le futur, défier des budgets spécifiques pour cibler certains types de marché diversifié et booster au maximum nos exportations ?

Je vous remercie.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Monsieur le Député, je pense, tout d'abord, qu'il n'y a pas de lien entre les efforts demandés à l'AWEx et l'observation faite sur l'année 2015 concernant celle-ci.

La réduction de 2,6 % est essentiellement due au ralentissement de la croissance mondiale, et ce, spécialement dans les pays émergents. Il y a, semble-t-il, une réduction – ce sont en tout cas les chiffres qui viennent du niveau fédéral – des ventes de vaccins de 35 %, mais l'entreprise qui est celle qui exporte n'a pas une réduction de ce montant, loin de là. Il y a donc inadéquation entre les chiffres apparents venant des entreprises et leur consolidation venant de l'institut statistique, ce qui pose, comment souvent, le problème du biais méthodologique dans l'évaluation de nos exportations.

Je pense, par ailleurs, que lorsque l'on voit les économies budgétaires, nous pouvons constater qu'en 2014, il y a eu 2 151 participations d'entreprises aux missions commerciales et en 2015, 2 420, ce qui représente une augmentation de 12,5 %.

Ce nombre de 2 420 représente, d'ailleurs, un record historique, alors que, par ailleurs – et vous l'avez indiqué – un effort a été demandé à l'AWEx, puisque sa dotation a été réduite de 5 %. Nous pouvons aussi constater que non seulement nous avons un chiffre absolu qui est un record, mais aussi que le nombre moyen de participations a été de près de 13 entreprises par action en 2015, ce qui représente une augmentation de près de 20 % par rapport à 2010, où le taux de participation était inférieur à 11 entreprises par action.

Ces indicateurs de participations d'entreprises confirment que les entreprises adhèrent aux actions de proposition initiées par l'AWEx.

Les efforts demandés à l'AWEx sont dans la lignée de ceux demandés à l'ensemble des pararégionaux dans le cadre du retour à l'équilibre budgétaire. Les efforts sont de 5 % en 2015, 3 % en 2016, 2 % en 2017. Dans ce contexte, l'AWEx a décidé de prendre un certain nombre de dispositions :

  • rationaliser les frais de fonctionnement généraux ;
  • améliorer la gestion des actions en faveur des entreprises ;
  • repositionner le réseau ;
  • réformer et simplifier les incitants financiers.

Cela a demandé un certain nombre d'efforts pour lesquels je salue les responsables de l'AWEx. Cela n'a pas été des efforts aveugles et linéaires. Nous avons, aujourd'hui, une institution qui a pour objectif d'aider les entreprises à renforcer leur présence sur les marchés extérieurs, en réalisant avec ses partenaires en moyenne 150 actions de promotion et de prospection commerciale par an. En 2016, ce sont 154 actions sur 25 secteurs d'activités et 71 États. Ce large éventail d'actions en termes géographique et sectoriel procède d'une volonté de proposer à un maximum d'entreprises, qu'elles soient grandes ou petites, nouvellement exportatrices ou aguerries à l'international, une offre de services et, de la sorte, selon le principe du service public universel, de répondre aux besoins de chacun.

Sur le plan géographique, l'AWEx, fidèle à sa mission de diversification géographique des exportations, continue à stimuler, en 2016, la promotion des ventes, au-delà des sphères commerciales habituelles des entreprises, vers des marchés dits « à la grande exportation », à fort potentiel de développement. En 2016, près de 65 % du programme d'actions sont réalisés en dehors de l'Union européenne des 15.

Le secteur prioritaire en 2016 est celui au cœur de la croissance et de la compétitivité, c'est-à-dire le secteur numérique. L'AWEx s'inscrit tout à fait dans la volonté du Gouvernement de faire du numérique une priorité absolue. Pour ces raisons, l'AWEx propose, en 2016, un calendrier d'actions ambitieuses consacrées au secteur numérique, afin d'y amplifier son soutien, à l'instar de ce qui a été mis en place depuis une dizaine d'années avec des pôles de compétitivité.

C'est 25 actions de promotion dans le cadre du numérique qui ont été reprises. Outre les technologies numériques, l'AWEx reste attentive à la promotion de créneaux à haute valeur ajoutée couverts par les pôles de compétitivité et les clusters tels que les biotechnologies, les produits médicopharmaceutiques, les additifs alimentaires, les technologies environnementales, les technologies énergétiques durables, les nouveaux matériaux, la mécatronique, les équipements pour la sécurité et le contrôle, ainsi que le matériel aéronautique et aérospatial.

Regroupées, ces activités, qui sont représentées par une génération d'entreprises wallonnes innovantes et dynamiques, forment une catégorie dont le poids correspond à 40 % du programme d'actions.

Je tiens, par ailleurs, à indiquer que nous allons pouvoir octroyer des moyens supplémentaires à l'AWEx dans le cadre du plan Marshall 4.0. L'enveloppe passera de 4 millions d'euros en 2016 à une enveloppe de 11 millions d'euros à partir de 2017, ce qui compense, et de loin, les efforts demandés.

Je terminerais en indiquant que deux mesures ont été confirmées par le Gouvernement : la première est la mesure CxO, qui permet aux entreprises de faire appel soit à un directeur financier, soit à un directeur à l'exportation, soit à un directeur marketing ou autre et qui est financé par la SOWALFIN ; la seconde est que ma collègue, Mme Tillieux, vient de reformater le dispositif SESAM, permettant d'engager des travailleurs à haute qualification, avec des soutiens pendant trois années, qui permet de renforcer aussi le potentiel des entreprises à l'exportation par le recrutement de personnel.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, pour l'ensemble de ces informations, qui sont classiques et qui rentrent dans le cadre général.

Je ne voudrais pas cracher dans la soupe. Effectivement, je concède, comme vous, qu'il y a des actions qui sont entreprises, c'est la moindre des choses et cela est heureux. Il n'en reste pas moins qu'en matière d'exportation, on peut deviner – et vous l'avez évoqué en début d'intervention – au travers des chiffres, qui valent ce qu'ils valent, notamment à travers les statistiques des gros opérateurs pharmaceutiques et la manière dont ils présentent leurs comptes, à quel point cela peut influencer très fortement les chiffres, ou en tout cas les statistiques, en matière d'exportation.

C'est dire si le secteur, qui repose principalement sur un domaine d'activités particulier, est fragile. Dans n'importe quelle entreprise, on sait que n'avoir qu'un seul client, c'est toujours extrêmement risqué. Et puis, au-delà de toutes les actions que vous venez d'énumérer, au-delà des chiffres qui visent parfois à rendre la mariée plus jolie qu'elle ne l'est, il y a toujours un constat de base, qui est, qu'aujourd'hui, en Wallonie, que nos exportations représentent 18,4 %, alors qu'en Flandre, elles sont à concurrence de 79 %.

C'est dire si l'écart est significatif. On sait que l'on a un tissu plus développé en Flandre. Donc, cela est, évidemment, très bien de voir les aspects positifs, je vous le concède, mais il faudrait surtout ne pas se croire plus forts ou meilleurs que l'on est. En cette période marquée par le football, vous voyez les dégâts que cela peut parfois faire, notamment dans l'opinion publique, parce que, justement, se dire que tout va bien dans le meilleur des mondes peut entraîner une forme de laxisme, une forme d'autosatisfaction, qui est toujours très préjudiciable, et qui fait que l'on ne se remet pas en question.

Je crois que lorsque l'on voit qu'il y a un delta d’un à quatre entre nos voisins flamands en matière d'exportation, cela doit nous amener à une réflexion de fond qui doit faire en sorte que cet écart se réduise rapidement, si l'on veut que la Wallonie se porte mieux.

Merci, Monsieur le Ministre.




Source : http://parlement.wallonie.be