L'accès au capital pour les femmes
21 juin 2016

Question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l'accès au capital pour les femmes »

M. le Président. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l'accès au capital pour les femmes ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, dernièrement, nous avons eu l’occasion d’échanger sur la part minoritaire des femmes dans le repreneuriat. Je voulais aujourd'hui aborder avec vous la question de l’accès des femmes au capital.

Différentes études, dont une de KPMG, indique que les Fonds d’investissement détenus ou dirigés par des femmes ont des performances supérieures à celles de leurs homologues masculins. Alors, on serait machos, on ajouterait :
« Cela semble surprenant ». Non, pas du tout, c'est une réalité.

D’autres fonds d’investissement dans le monde ont décidé d’investir dans des entreprises qui portent une attention accrue à la diversité et à la parité des genres, convaincus des performances de ces entreprises.

Les mentalités évoluent. Il n’en reste pas moins qu’en France ou aux États-Unis, les chiffres démontrent qu’une infime partie des capitaux à risques sont attribués aux femmes. 

Quelle est la situation en Wallonie ? Disposez-vous de chiffres quant à la hauteur des fonds alloués aux entrepreneuses ?

Existe-t-il une différence sensible entre hommes et femmes dans la répartition des capitaux à risques ?

Les chiffres annoncés par la SOCAMUT concernent les microcrédits sont intéressants à cet égard, qu’en est-il pour les autres crédits ?

Enfin, vous avez mentionné la mission confiée à l’AEI, je vous cite : « La conception d'un programme pluriannuel 2015-2020 d'entrepreneuriat féminin concerté avec les acteurs de terrains dont une des actions est de développer des études et des statistiques permettant de faire évoluer la présence des femmes dans le monde professionnel et de produire des recommandations politiques ».

Pouvez-vous nous informer des avancées de l'AEI à ce propos ?

Dans la pratique, comment se concrétisent les actions en faveur d'une meilleure intégration des femmes dans le monde de l'entreprise, notamment eu égard à l'accès du capital ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Monsieur le Député, nous ne disposons pas de statistiques détaillées sur cette question. Ce genre d'analyse est complexe, étant donné la confidentialité liée aux processus de levée de fonds, les règles en matière de vie privée et le fait que beaucoup de projets et entreprises en levée de fonds sont portés par des groupes de plusieurs personnes. Cependant, cette absence de données précises ne doit pas être une excuse pour se voiler la face, et ne pas encourager l'accès des femmes aux moyens financiers.

Tout d'abord, proportionnellement au taux d'entrepreneuriat féminin, la demande de capital par les femmes est moindre à la base, eu égard au secteur et au type d'activité. En effet, les femmes auront plus tendance à développer une activité d'indépendant, leur procurant un revenu et une activité, alors que les hommes auront une volonté de développer une entreprise à vocation de croissance. C'est un postulat que je souhaiterais d'ailleurs inverser.

Cela se reflète sur les demandes d'octroi de crédits « importants » où les femmes sont moins représentées que les hommes, contrairement aux plus petits crédits, comme dans le cadre du « produit mixte » de la SOCAMUT.

Ensuite, l'expérience montre que lorsqu'elles défendent un projet ou un business plan, les femmes ont tendance à être plus prudentes et conservatrices que leurs homologues masculins, ce qui, à travers une grille de lecture masculine – étant donné que la majorité des investisseurs sont des hommes – peut donner une impression de manque d'ambition, alors qu'il n'en est rien.

Une manière d'accélérer cette situation est d'amener de la diversité au niveau des comités d'investissement et de favoriser l'émergence des femmes investisseuses. À cet effet, soulignons l'initiative BeAngels, réseau wallon de business angels, soutenu par la Wallonie, qui a développé un « Women Business Angels Club », depuis 2012.

Cette initiative, à travers une approche particulière et le développement d'outils adéquats, a permis de multiplier par cinq le nombre de business angels féminins affilié à BeAngels et d'augmenter de manière plus que proportionnelle le volume d'investissements réalisés par des femmes en son sein.

Tout cela démontre le besoin et la nécessité de développer l'entrepreneuriat féminin dans son ensemble. Cela me permet de faire le lien avec le programme pluriannuel d'entrepreneuriat féminin développé par l'AEI, en concertation avec les acteurs de terrain. L'objectif stratégique confié à l'AEI est d'intégrer une approche « genre » dans la thématique de l'entrepreneuriat et de l'esprit d'entreprendre. Sur un plan opérationnel cela se traduit par :

  • le lancement d'un appel à projets annuel sur des thématiques liées à l'innovation, au collaboratif et au numérique ;
  • la structuration et l'animation d'un réseau d'opérateurs experts de l'approche genre et la gestion des liens avec le réseau global AEI ;
  • l'organisation et le pilotage d'une communication de sensibilisation et de promotion de l'Entrepreneuriat féminin ;
  • enfin, la contribution à la production de statistiques « genrées ».

Concernant ce dernier objectif, l'AEI et l'IWEPS collaborent actuellement en vue d'établir un processus permettant d'analyser des données plus pertinentes et précises.

En ce qui concerne plus spécifiquement les actions favorisant une meilleure intégration des femmes dans le monde de l'entreprise, il est clair que les discriminations sont toujours présentes dans la société comme dans les entreprises.

Or, dans les faits, de nombreuses législations garantissent l'égalité dans le monde du travail. En effet, la loi veille, en théorie, à l'égalité de traitement en termes de recrutement, de conditions de travail et d'évolution de carrière, mais aussi en termes d'égalité salariale pour l'exercice de fonctions similaires.

Cependant, malgré cet arsenal juridique théorique important, l'égalité hommes femmes n'est pas encore une réalité de fait dans le monde de l'entreprise, ni d'ailleurs dans la société de manière globale.

Afin de pallier cette dichotomie entre les textes et la réalité, j'ai confié à mon cabinet, en collaboration avec l'AEI et l'ADN, l'organisation d'une séance de travail sur le thème « Gestion de la diversité et de l'inclusion en entreprise » réunissant des experts du monde académique, du monde de l'entreprise, ainsi que des représentants issus des divers groupes qui sont actuellement confrontés à des problèmes de genre au niveau de leur entreprise.

L'objectif de cette séance de travail est de mettre en lumière les problèmes constatés sur le terrain dans une logique bottom-up et d'apporter des solutions à la réalité multifacettes des problèmes de genre rencontrés au sein des entreprises. Une série de recommandations m'a été remise.

Sur cette base, j'ai chargé mon cabinet de prendre tous les contacts nécessaires avec celui le cabinet ma collègue de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Mme Simonis, en charge de la question du droit des femmes et de l'égalité des chances.

Le but est de croiser les différentes recommandations de mon cabinet et les recommandations contenues dans un rapport publié il y a quelques mois et qui plaide pour la nécessité d'une approche genrée de l'emploi.

Une réunion de travail est prévue afin de poser les premières balises d'une question concertée dès la rentrée sur ce sujet très important qui mérite que nous puissions travailler en parfaite adéquation pour atteindre le meilleur rendement et la meilleure efficacité.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, d'avoir fait une nouvelle fois le point de manière globale sur la politique que vous souhaitez mettre en œuvre en la matière. J'imagine, et c'était aussi l'un des objets de ma question, que le paramètre accès au capital sera sans doute un paramètre qui sera étudié, même si l'on ne dispose pas de statistiques. Les opérateurs privés ont des éléments et ce serait intéressant de prendre connaissance des résultats de ces différentes études.




Source : http://parlement.wallonie.be