les mesures de soutien moral aux entrepreneurs
18 juillet 2016

Question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « les mesures développées par les structures accompagnant entreprises et indépendants pour un meilleur soutien moral des entrepreneurs »

Mme la Présidente. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « les mesures développées par les structures accompagnant entreprises et indépendants pour un meilleur soutien moral des entrepreneurs ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, je vous vois dans un halo lumineux, comme cela, en contre-champs, et je dois avouer que cela tombe bien parce que, finalement, je vais parler de choses qui sont moins drôles – pour ne pas parler de notre homme de l'au-delà.

Je voulais vous interpeller, Monsieur le Ministre, concernant le nombre de suicides – c'est moins réjouissant, évidemment – au niveau des indépendants puisqu'il ne cesse d’augmenter en Belgique. On parle d'un suicide tous les trois jours et les entreprises les plus touchées seraient des TPE. Cela doit en tout cas nous interpeller, même si ces chiffres ont une certaine relativité.

Le Syndicat des indépendants explique notamment cet état de fait par la pression quotidienne subie, les charges liées aux tracasseries administratives. Le deuxième élément concerne l’isolement des entrepreneurs de TPE qui est aussi un élément important à prendre en considération. Il en appelle à la Région wallonne pour dégager des pistes vers un meilleur soutien social des entrepreneurs.

Monsieur le Ministre, dans un premier temps, confirmez-vous ces chiffres ? Avez-vous des informations à ce niveau ?

Avez-vous aussi le sentiment que le malaise est bien présent dans le monde entrepreneurial, notamment au niveau des TPE ?

Déjà en 2014, l’UCM de Liège s’est associée au réseau Sentinelle qui vise notamment la prévention en matière de suicide.

D’autres organismes en rapport direct avec le monde entrepreneurial tirent-ils la sonnette d’alarme ? Outre l’UCM, d’autres structures du même type se sont-elles inscrites dans une démarche similaire au réseau Sentinelle ?

Quelle est votre et leur analyse face à ce constat ?

Enfin, on parle beaucoup de simplification administrative, d’accompagnement des entreprises, comment alors expliquer le chiffre ainsi annoncé ?

Dans le monde agricole, qui est aussi une forme de TPE, l’organisation Agricall est chargée, depuis 2005, d’accompagner les agriculteurs en difficulté. Elle reçoit d'ailleurs à cet égard le soutien de la Région wallonne.

De votre côté, quels sont les mécanismes mis en place ou les pistes que vous pourriez dégager avec vos collègues, notamment en charge de la Santé, pour apporter un soutien plus important à ces entrepreneurs qui traversent souvent des périodes difficiles ?

Mme la Présidente. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Monsieur le Député, un suicide, quel que soit l'âge, le sexe ou la profession de la personne concernée, est toujours un drame pour ceux qui sont passés à l'acte, mais aussi pour leur famille et les proches qui peinent souvent à comprendre ce geste.

À l'échelle de l'Europe, la Belgique se situe dans la moyenne haute au niveau du taux de suicide. Bien malheureusement, dans notre pays, c'est en Wallonie que ces chiffres sont les plus durs. Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes. C'est même la première cause de mortalité chez les 25-44 ans.

S'il est évident que la situation professionnelle joue un rôle important dans ce phénomène, la politique de prévention en matière de suicide n'est pas de mon ressort mais il est clair que plus on réussira à améliorer la situation économique, plus on permettra aux personnes actives, qu'elles soient indépendantes, chefs d'entreprise ou travailleurs, d'avoir une rémunération digne et des perspectives positives, plus on contribuera, même de manière indirecte, à lutter contre ce fléau.

Je ne vais pas ici passer en revue l'ensemble des actions développées en faveur du développement des micros, petites ou moyennes entreprises. Récemment encore, le Gouvernement approuvait le plan PME que je lui ai proposé et dont les mesures sont mises en œuvre au fur et à mesure de leur maturité.

Néanmoins, je tiens à souligner que le Centre d'entreprises en difficulté prend en compte les difficultés psychologiques liées à une expérience de faillite et propose aux entrepreneurs concernés de se faire accompagner en vue de pouvoir rebondir.

Enfin, je n'ai à ce jour et depuis que j'ai en charge le portefeuille de l'Économie, jamais été interpellé par l'UCM ou le SDI à ce sujet. Si c'était le cas, je pourrais évidemment, en collaboration avec mon collègue de la Santé, examiner si des actions concrètes complémentaires pourraient être menées. C'est en tout cas une situation qui me paraît devoir être suivie.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse. J'apprends dans vos propos que c'est la tranche 25-44 ans qui est la plus touchée et particulièrement en Région wallonne. Je ne suis pas extrêmement surpris par ces chiffres parce que c'est sans doute l'âge où les jeunes entrepreneurs décident de se lancer dans l'aventure, font face à des challenges énormes, font face à énormément de contraintes dans un monde économique qui est souvent sans pitié, osons le dire. Il est vrai que si la responsabilité n'incombe pas uniquement et fondamentalement au monde politique, le rythme de vie et le monde économique n'épargnent personne en la matière.

J'entends bien que vous dites : « C'est mon collègue qui est en charge de cette politique » mais je crois que vous avez aussi la responsabilité, notamment à l'égard des tracasseries administratives, je l'ai dit, à faire en sorte que les entreprises soient peut-être mieux accompagnées, qu'il y ait une forme de proactivité de la part de certains fonctionnaires pour, justement, aider, mieux encadrer, mieux conseiller, peut-être à certains moment, lâcher un peu la pression parfois importante sur les épaules des jeunes entrepreneurs. Je crois que cela pourrait contribuer à faire en sorte qu'en tout cas, la situation s'améliore parce qu'effectivement et vous l'avez dit, elle est interpellante.




Source : http://parlement.wallonie.be