Risque accru de pauvreté pour les femmes
25 octobre 2016

Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis , ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée « Risques accrus de pauvreté pour les femmes ».

M. Yves Evrard (MR).

– L’enquête Solidaris menée en collaboration avec deux grands médias a interrogé 816 travailleurs représentatifs de 40 % de la population active considérés par Solidaris comme ayant un risque élevé de basculer dans la pauvreté.

Parmi eux, seul un tiers vit réellement en dessous du seuil de pauvreté, soit 1250 euros par mois. Selon cette enquête, on constate que les femmes sont à nouveau pénalisées. Une grande majorité de femmes occupent en effet des postes précaires ou des temps partiels – et pas nécessairement par choix – ou encore souffrent d’un manque de qualifications.

Ces critères sont encore plus pénalisants en cas de séparation dans le couple.

Ce constat de la fragilité des femmes face au risque de la précarité a déjà fait l’objet de nombreux échanges. Je voudrais aujourd’hui que l’on fasse le point sur la situation parce qu’au-delà du constat, il faut parler d’actions.

Quelles sont les actions mises en place au niveau de la FWB pour tenter d’inverser cette tendance ? Dans le cadre de l’enseignement de promotion sociale ou de l’enseignement à distance, une offre qui leur soit plus spécifiquement destinée est-elle possible et souhaitable ?

Quels sont les mécanismes qui pourraient être mis en place pour inciter les femmes à suivre une formation ou simplement pour leur permettre d’avoir accès à une formation ? Des campagnes de promotion sont-elles organisées ? Comment ? Sont-elles évaluées ?

Atteignent-elles leur cible ?

En 2015-2016, les établissements de promotion sociale comptaient 157 039 étudiants. La répartition des étudiantes entre les diverses filières proposées pose-t-elle question ? Par exemple, dans les filières porteuses d’emploi, ou dans le public qui s’inscrit aux cours ?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– En tant que ministre des Droits des femmes, je suis particulièrement attentive à toutes les situations qui les mettent en difficulté et en état de discrimination.

Je rappelle que trois plans transversaux adoptés par le gouvernement à mon initiative s’inscrivent dans cette perspective : le plan anti-discrimination, le plan intrafrancophone de lutte contre les violences sexistes et intrafamiliales et le plan égalité femmes-hommes.

Les politiques décrites dans ces plans visent à lutter de manière structurelle pour réduire les inégalités.

En ce qui concerne l’enseignement de promotion sociale, je rappellerai sa vocation à fournir à des publics infrascolarisés une offre de formations d’un niveau d’enseignement secondaire, à développer une pédagogie spécifique permettant de réduire les inégalités accumulées durant la scolarité obligatoire et à soutenir les personnes socialement fragilisées au cours de leur formation, notamment par le biais des conseillers à la formation, et enfin à poursuivre le développement des articulations avec les organismes d’insertion socioprofessionnelle, les opérateurs de formation notamment.

Si l’enseignement de promotion sociale vise à être accessible à toute personne adulte, sans distinction d’aucune sorte, y compris celle de genre, on note toutefois que les formations remportent un intérêt certain du public féminin. Son organisation modulaire et ses horaires adaptés n’y sont pas étrangers.

Les établissements d’enseignement de promotion sociale comptaient, par exemple, pour l’année scolaire 2014-2015, 431 078 inscriptions dont 58,6 % concernaient des femmes. Sans lien automatique avec des situations de pauvreté, il faut noter que des marqueurs liés au type de formation suivie et au niveau de formation restent bien présents. Ainsi, les femmes sont surreprésentées dans les secteurs de l’habillement, pour 97,7 %, des arts appliqués pour 67,1 % et des services aux personnes pour 86,4 %.

Le travail de lutte contre les stéréotypes ou encore des recherches diverses menées dernièrement sur les femmes entrepreneures ou les métiers techniques du cinéma montrent ici toute leur pertinence pour lutter contre les stéréotypes liés à la formation et à la carrière des femmes.

Par ailleurs, nous ne manquons pas de constater que les femmes sont particulièrement représentées dans les formations de niveau secondaire inférieur, pour 55,6 %, ou de niveau secondaire supérieur, pour 66,1 %. Par contre, nous notons que l’écart se creuse à partir de l’enseignement supérieur où les femmes ne sont plus que 50,7 % à suivre des formations de l’enseignement supérieur de type court et 9 % seulement pour l’enseignement supérieur de type long.

Les stéréo-types liés au type et au niveau de formation sont autant présents dans l’enseignement de promotion sociale que dans les autres filières et un travail transversal est à réaliser dans ce cadre. Je veillerai à ce que cette dimension soit bien présente dans le

Cadre du plan de lutte contre la pauvreté.

Cependant, les chiffres montrent que les femmes ont manifestement une propension à aller plus régulièrement que les hommes jusqu’à la certification. Cet élément mérite d’être souligné dans le cadre d’un enseignement pour les adultes soumis, par définition, à des contraintes personnelles et professionnelles qui rendent l’aboutissement de la formation parfois compliqué.

Lutter contre les inégalités est un travail de longue haleine qui requiert un investissement de tous les acteurs, de tous les secteurs à moyen et à long termes.

À cet égard – et je le dis très sincèrement –, je note avec plaisir votre intérêt pour cet en jeu et je compte particulièrement sur vous pour sensibiliser également vos collègues du gouvernement fédéral.

En effet, vous n’ignorez pas que plusieurs mesures adoptées récemment sont très violentes pour les femmes et de nature à renforcer encore les inégalités. Je pense notamment aux réformes du marché du travail et du temps de travail.

Je pense également aux réformes des pensions et, tout dernièrement, aux réformes qui touchent à la sécurité sociale. De nombreuses associations et mouvements de femmes féministes portent régulièrement ce message.

J’espère qu’ensemble, nous pourrons contribuer à les faire entendre.

M. Yves Evrard (MR).

– Vous pouvez compter sur moi pour rester attentif à cette matière. Vous le verrez encore dans la question suivante.

J’entends bien votre discours très politique à l’égard du fédéral. Ce point de vue mérite éventuellement d’être débattu. Personnellement, les clichés politiques ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, c’est d’essayer d’aller un petit peu plus loin.

J’entends bien qu’il y a trois plans. J’aurais aimé avoir une analyse des mesures qui feront en sorte que la situation s’améliore. Si nous faisons abstraction des études de cycle long, la proportion d’hommes et de femmes qui suivent des formations est relativement équilibrée.

Nous serons tous d’accord pour dire que l’homme est égal à la femme et vice versa. Donc, cela veut dire que, derrière cela, il y a des éléments très concrets qui font que les femmes sont pénalisées.

Ce n’est pas dans les statistiques qu’on les retrouve. Je ne connais pas les éléments structurels en cause et je souhaiterais qu’on puisse les identifier clairement.

PFWB 25-10-2016




Source : http://parlement.wallonie.be