L'éventuelle implantation de la firme Tesla en wallonie
08 novembre 2016

Question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l’implantation éventuelle de la firme Tesla en Wallonie »

M. le Président. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l’implantation éventuelle de la firme Tesla en Wallonie ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, de nouveaux créneaux économiques voient le jour en fonction de l'évolution des technologies, notamment en matière d'énergie propre et durable. Dans ce contexte, le marché de la voiture électrique est en plein développement et devrait connaître une croissance exponentielle.

L'offre des constructeurs est de plus en plus vaste et devrait rendre les prix des véhicules plus abordables financièrement.

Actuellement, les aides qui sont mises en place pour favoriser ce secteur sont très différentes d'une Région à l'autre. En Wallonie, si la taxe de circulation de véhicules électriques est réduite et qu'une déduction fiscale est prévue pour les entreprises, il n'existe pas de prime spécifique pour les particuliers ou les entreprises pour favoriser l'achat de véhicules propres ou encore pour l'installation de bornes de rechargement.

L'achat de véhicules électriques augmente, mais les parts de marché restent anecdotiques.

Cette frilosité wallonne semble bien poser problème à des entreprises comme Tesla qui a un précurseur en matière de véhicules électriques, voire même un leader dans le domaine. Cette société est déjà présente en Flandre et à Bruxelles et souhaiterait manifestement s'implanter en Wallonie, pourquoi pas à Liège, mais regrette quelque part le peu de soutien des pouvoirs publics en la matière, si l'on en croit les dernières déclarations dans la presse.

Monsieur le Ministre, outre l'intérêt en matière de promotion d'énergies propres et de durabilité, ne pensez-vous pas que ce manque de soutien au niveau wallon risque de faire passer la Wallonie à côté de certaines opportunités d'investissement d'entreprises qui sont économiquement porteuses pour l'avenir ?

Quels sont les leviers que vous pourriez activer avec votre collègue en charge de l'environnement pour booster les nouveaux défis en matière d'énergies propres et durables et qui pourraient inciter ce secteur à se développer en Wallonie ? Cela fait-il l'objet de discussions avec vos collègues puisqu'il s'agit d'une matière à différents niveaux, fiscale, environnementale, économique et qui concerne différentes compétences ministérielles ?

Merci, Monsieur le Ministre, de bien vouloir faire le point sur ce dossier et plus spécifiquement sur les contacts éventuels que vous auriez eus avec la firme Tesla pour en tout cas la séduire sur l'intérêt d'investir en Wallonie.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Monsieur le Député, je peux vous rejoindre sur l'offre de véhicules électriques qui s'étoffe de jour en jour. Renault, Toyota, Kia, Nissan, Volvo, Opel, Volkswagen, et je ne les citerai pas tous, disposent dans leurs gammes de véhicules automobiles de modèles à moteurs électriques, à côté de modèles à propulsion hybride voire thermique.

Tesla, sans doute le plus médiatique des constructeurs de cette décennie, se consacre quant à lui exclusivement au développement de modèles électriques haut de gamme, dont le premier modèle avoisine les 80 000 euros pour une autonomie de 408 kilomètres.

Sans avoir la prétention de rivaliser avec des constructeurs aussi prestigieux, la Wallonie se positionne sur des composants essentiels aux véhicules, dont notamment l'amélioration technologique des batteries électriques. L'autonomie et la rapidité de rechargement constituent deux domaines de développement stratégiques. La Wallonie participe activement à ce processus de R&D pour mettre au point de nouveaux composants destinés à des batteries plus performantes, à durée de vie et d'autonomie plus importantes.

Un département de l'Université de Liège y fait autorité dans le monde, et ce depuis plusieurs années, la société Prayon s'est engagée dans des investissements en recherche qui débouchent aujourd'hui sur la production de composants pour des batteries nouvelle génération au Lithium-Ion. Et depuis 2015, les Ateliers Jean Del'Cour et JD'C Innovation participent à la mise au point d'une voiture électrique belge, l'Ecar333, en développant un nouveau concept de carrosserie composite avec des fibres de lin.

Si le marché de la voiture électrique est en plein développement et devait connaître une croissance exponentielle dans les prochaines années, reconnaissons que la flotte de véhicules électriques sur nos routes est encore faible. Une statistique récente publiée en septembre 2016 par le SPF économie, indique que le nombre de véhicules électriques immatriculés en Belgique se chiffre à 4 368 unités. En croissance certes de plus de 52 % par rapport aux chiffres de l'année précédente, mais cette part de marché est infime avec moins de 0,01 % du parc automobile belge au regard des 5 712 061 véhicules en circulation.

Cette faible part de marché s'explique sans doute par une série de facteurs d'ordre sociologique et technique. Il est difficile de faire changer rapidement des habitudes de consommation bien ancrées comme c'est le cas dans le secteur automobile. Si aujourd'hui les modèles diesel ont le vent en poupe, il leur a fallu de nombreuses années et plusieurs crises pétrolières et des différentiels d'accises significatifs sur le prix du carburant pour détrôner les modèles essence.

L'autonomie trop limitée des batteries électriques joue également un rôle important dans la faible part de marché des véhicules électriques, souvent cantonnés au rôle de second véhicule pour des déplacements strictement urbains.

Le développement de cette nouvelle gamme de véhicules prendra probablement son essor lorsque le frein principal lié à l'autonomie aura été levé. Il tiendra probablement à un développement technologique, mais aussi à un maillage dans l'offre de rechargement beaucoup plus resserrée et accessible qu'actuellement. Les électriciens, fournisseurs de ce nouveau type de carburant, devraient y trouver un intérêt à développer une offre appropriée, comme cela a été le cas des pétroliers lors du lancement de l'automobile.

Vous prenez plutôt l'angle de la fiscalité wallonne comme obstacle principal au développement.

À ce jour, la Wallonie a fait le choix de calculer la taxe de mise en circulation des véhicules électriques sur la base de la puissance du moteur, exprimée en chevaux fiscaux ou en kilowatts avec un effet correctif pour tenir compte des émissions de CO2, nullement dans le cas des voitures électriques.

On pourrait appeler cela de l'équité. En effet, la puissance des véhicules électriques est généralement élevée, voire très élevée ce qui conduit à une taxe initiale assez importante. C'est également une question budgétaire, mais de mon côté, je laisserai le soin à mon collègue de se prononcer sur le sujet.

En ce qui concerne les aides fédérales, la réduction d'impôt pour les voitures, voitures mixtes et minibus électriques, ainsi que pour l'installation d'une borne de rechargement, a été supprimée depuis l'exercice d'imposition 2014. Subsiste la déductibilité fiscale des frais des véhicules complètement électriques à 120 % de leur valeur. Cette déduction peut probablement favoriser le développement des flottes électriques au sein des entreprises.

Si la question de l'évaluation de la justesse de la taxe d'immatriculation doit être sans doute une mesure permettant l'augmentation en Wallonie du nombre de véhicules électriques, il faut se garder de légiférer en faveur des intérêts bien compris d'un seul constructeur. La politique naguère appliquée aux panneaux photovoltaïques qui a essentiellement favorisé la production industrielle étrangère au détriment des acteurs économiques régionaux doit nous faire réfléchir dans la matière. Cela a également entraîné un report de prix sur les clients qui n'avaient pas fait, ou pas pu faire, le choix d'un investissement dans le photovoltaïque.

J'ai déjà évoqué le rechargement. On pourrait imaginer de doter des aires autoroutières largement fréquentées ou des zones d'activités économiques concentrant beaucoup de population de bornes de rechargement. Des études sont en cours, mais ici aussi les partenaires privés devraient pouvoir s'impliquer comme cela a été auparavant avec les stations-services.

La frilosité wallonne semble, si j'en crois vos propos, poser problème à des entreprises comme Tesla, précurseur en matière de véhicules électriques. Cette société est présente en Flandre et à Bruxelles et souhaiterait s'implanter en Wallonie par l'ouverture de concessions automobiles, mais regrette le peu de soutien.

Tesla a effectivement approché il y a quelques mois mon cabinet sur le sujet, arguant que cette fiscalité était un frein au développement. Il existe des véhicules électriques offrant des prix et des puissances plus démocratiques que Tesla, dont le premier modèle avoisine les 80 000 euros, comme je viens de le dire.

Pour éviter que la Wallonie ne passe à côté de certaines opportunités d'investissements d'entreprises économiquement porteuses, il me semble plus profitable aux intérêts de la Région que le principal effort doit être consacré au secteur industriel de la production de composants électriques. Faut-il que la Wallonie octroie des cadeaux fiscaux, finalement très opportunistes, qui ne visent qu'à soutenir la consommation et qui ne profiteraient qu'à certaines marques industrielles ?

Je pense qu'il faut davantage encourager et accompagner les entreprises qui participent à la R&D et à la production de pièces destinées aux véhicules électriques.

C'est également en soutenant la recherche académique visant à trouver des matières ou des processus visant à allonger la capacité et la durée de vie des batteries qu'il faut agir. Comme exposé en début de ma réponse, notre Région est sur la bonne voie.

Je voudrais dès lors en rester là pour l'instant.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, je vous remercie pour l'effort parce que la réponse était longue – je ne sais pas si c'est un nouveau collaborateur, mais jusque-là, elle s'approchait vraiment du constat ou d'un état des lieux qui n'était quand même pas très excitant pour les parlementaires que nous sommes. Rassurez-vous, vous n'avez pas dit beaucoup de bêtises dans vos propos, mais sur le fond finalement de ma question, je suis quand même un peu plus perplexe. J'entends bien votre volonté de soutenir principalement le secteur industriel, c'est une évidence dans la lignée de ce que vous souhaitez faire à travers le plan Marshall.

Je ne partage pas du tout votre argument par rapport à la situation notamment des panneaux photovoltaïques. Justement, tirons-en les conclusions ; on ne va pas attendre encore des années avant de faire le point sur les dérapages qu'il y a eu à ce niveau-là. Tirons-en les conclusions pour justement mettre en place des dispositifs qui favorisent l'utilisation des véhicules électriques.

Effectivement, quand vous me dites à deux reprises que Tesla a des véhicules haut de gamme, vous avez dit aussi dans le constat très exhaustif que vous avez fait au niveau du secteur qu'il existait aujourd'hui d'autres fabricants et qu'on pouvait aussi trouver des véhicules électriques beaucoup plus abordables.

Ma question portait sur ce que vous souhaitiez faire pour finalement faire évoluer la mentalité des consommateurs.

C’est bien de développer l’industrie, mais vous savez qu’il faut d’abord susciter la demande pour que l’entreprise puisse répondre à cette demande. C’était dans ce sens que je vous posais la question. Je ne vous cache pas que je vois ai déjà trouvé nettement meilleur et parfois plus incisif dans certaines de vos réponses.

Cric 08-11-2016




Source : http://parlement.wallonie.be