Etude WEstart relative à l'entrepreneurait social des femmes.
17 novembre 2016

4.1 Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée « Étude WEstart relative à l’entrepreneuriat social des femmes ».

M. Yves Evrard (MR).

– Madame la Ministre, vous avez financé une étude sur l’entrepreneuriat social des femmes en Wallonie et à Bruxelles, l’étude WEstart, menée et encouragée par le Lobby européen des femmes. Une analyse similaire a eu lieu dans dix autres pays européens et a permis de créer une base de données de 1 000 femmes directrices d’entreprises sociales.

Avez-vous connaissance d’une étude similaire dans la partie flamande du pays ? On sait que l’économie sociale se développe et emploie de plus en plus de travailleurs dans toute l’Europe. C’est un secteur dans lequel les femmes choisissent de s’investir, souvent avec brio. En relisant ma question, je pensais à une de mes connaissances, Mme Bodson, qui nous a malheureusement quittés trop tôt, mais qui était brillante dans le domaine dans lequel elle s’investissait. C’est l’occasion de lui rendre hommage.

Je souhaitais revenir avec vous sur cette étude et sur cette première cartographie élaborée, notamment, pour avoir une meilleure compréhension de la situation et de l’avancement de l’entrepreneuriat social féminin en Belgique.

Dans un article de presse, vous dites : « Cette cartographie nous fournit également un premier outil statistique sexué en la matière, qui devrait permettre d’élaborer des actions politiques pour encourager ce type d’activités en faveur d’une économie plus égalitaire ».

C’est très bien, mais je voudrais aller un peu plus loin, vous entendre sur le type d’actions politiques que vous souhaitez mettre en œuvre et avoir des précisions sur ce que vous entendez par « une économie plus égalitaire » : plus égalitaire dans le sens large ou plus égalitaire dans la mesure où plus de femmes s’investissent et deviennent chefs d’entreprise ?

Voilà les quelques questions que je voulais vous poser, Madame la Ministre.

Si vous avez décidé de financer cette étude, c’est, je l’imagine, parce que vous avez des objectifs, que vous attendez certains résultats ou que vous avez imposé des critères précis d’analyse.

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Si plusieurs chiffres nous renseignent sur l’état des lieux de l’entrepreneuriat au féminin en Belgique francophone, les données chiffrées et les indicateurs relatifs aux femmes entrepreneures sociales étaient jusqu’ici quasi inexistants.

Dans le cadre de l’appel à projets d’Alter Égales 2015, sur le thème du droit à l’égalité au travail, j’ai donc souhaité soutenir et financer l’étude WEstart, menée par le Lobby européen des femmes sur l’entrepreneuriat social des femmes en Wallonie et à Bruxelles.

Le 25 octobre dernier, le lobby européen a organisé un workshop de clôture en présence de diverses entrepreneures et a présenté le résultat d’une analyse qualitative basée sur 34 entretiens structurés. Voici quelques indicateurs.

Les motifs qui poussent les femmes à créer une entreprise sociale sont principalement l’innovation et l’impact social spécifique, pour 95 % des sondées. Plusieurs facteurs influencent leur choix de ce type d’activité : pour 70 % d’entre elles, il est question de faire évoluer les comportements et les attitudes dans la société en général, visant ainsi un impact sociétal. Selon le rapport Gender Balance Power Map diffusé par l’ASBL Pour la Solidarité en novembre 2015, le secteur de l’économie sociale se féminise : 70 % des salariés en économie sociale sont des femmes.

En revanche, les femmes entrepreneures sont moins nombreuses : selon la grande étude sur l’entrepreneuriat social en Europe (SELUSI), la part des femmes entrepreneures sociales, à savoir 43 %, est inférieure à celle des cinq autres pays étudiés. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs réseaux de femmes entrepreneures.

Ces réseaux sont notamment membres de l’assemblée Alter Égales, et j’ai pu entendre leurs réalités et les difficultés qu’elles rencontrent dans l’exercice de leur profession. À la lecture du rapport WEstart sur l’entrepreneuriat social, certaines difficultés semblables émergent. Ainsi, l’accès aux prêts bancaires est un parcours semé d’embûches.

L’articulation entre vie privée et professionnelle est aussi problématique. Enfin, les stéréotypes et les jugements que peuvent avoir la société et aussi l’entourage des femmes entrepreneures sont des freins au démarrage et au développement de l’entreprise sociale.

Plus particulièrement, l’étiquette de secteur « féminin » peut être dévalorisante en comparaison avec un entrepreneuriat classique. Les femmes entrepreneures doivent alors s’imposer plus fortement et combattre ces stéréotypes. Ce ne sont que quelques cas de figure des conditions dans lesquelles évoluent les entrepreneures, notamment en économie sociale.

À ce jour, il n’existe pas de réseau belge de femmes entrepreneures sociales. C’est une des analyses du rapport WEStart. La création d’un tel réseau est une piste à envisager. Je tiens à souligner qu’avec l’assemblée Alter Égales, j’ai créé un espace de dialogue où tous les mouvements de femmes, y compris les femmes entrepreneures, ont une place pour faire entendre leur réalité et pour réfléchir ensemble à des actions pour tendre vers plus d’égalité entre les femmes et les hommes, que ces actions s’adressent directement à la Fédération Wallonie-Bruxelles, où nous pouvons travailler à différents niveaux, essentiellement dans les domaines de la prévention et de l’évolution des mentalités.

Les femmes entrepreneures sociales peuvent également y trouver une place. En ce qui concerne les autres niveaux de pouvoir, le ministre Marcourt effectue un gros travail auprès des entrepreneures en Wallonie et je suis certaine que cette cartographie de l’entrepreneuriat social féminin offrira un nouvel éclairage sur les différentes actions qu’il mène déjà.

Je n’ai pas eu de contact avec son homologue bruxellois, mais les résultats de l’étude lui seront transmis dans les prochains jours. Nul doute qu’il y trouvera grand intérêt. Dans l’entrevue que vous citez, j’évoquais l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde de l’entreprise en général et donc dans le secteur de l’économie sociale.

Ce dernier, en effet, n’est pas épargné par les embûches que j’ai mentionnées et qui freinent le développement d’activités. Nous devons travailler sur cette matière essentielle, tant dans les Régions qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

M. Yves Evrard (MR).

– Madame la Ministre, je vous remercie d’avoir fait le tour de la question, éléments factuels à l’appui. Au-delà de ce simple constat, j’entends bien quelques velléités d’initiatives.

J’ai relevé votre volonté de créer un réseau. C’est une bonne piste, mais il s’agit à présent de la concrétiser. Je suis en revanche assez surpris quand vous affirmez que la direction d’entreprises sociales par les femmes aurait un côté plus dévalorisant.

J’ai, au contraire, le sentiment que la sensibilité féminine peut apporter une plus-value.

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– J’ai voulu dire que cela aurait pour effet de maintenir les femmes entrepreneures uniquement dans le secteur de l’économie sociale. Idéalement, il faudrait qu’il y ait des hommes et des femmes dans l’économie marchande et dans l’économie sociale, de manière égalitaire et à des postes à responsabilités similaires.

M. Yves Evrard (MR).

– Je vous rejoins à cet égard, Madame la Ministre, mais le management, qu’il soit masculin ou féminin, est un poste à responsabilités où il faut faire preuve d’initiatives.

J’imagine que vous partagez mon avis. Ma volonté est que vous mettiez en place des dispositifs de manière à mieux faire connaître les possibilités existantes dans cette économie sociale. Il y a peut-être des personnes – dont des femmes – qui y pensent, mais qui ne connaissent pas tous les rouages nécessaires pour franchir le pas.

Je pense aussi à des prix, à des reconnaissances économiques comme les Gazelles du Trends-Tendances. Il s’agit de penser aussi à l’économie sociale. Je suis en outre dubitatif quant à l’engouement de votre collègue concernant l’entrepreneuriat féminin.

Je siège également à la commission de M. Marcourt en Région wallonne et je me souviens que lors de la première analyse du budget, une série de lignes budgétaires consacrées spécifiquement à l’entrepreneuriat féminin ont finalement été complètement noyées dans le Plan Marshall 4.0.

J’avais signalé in illo tempore que c’était regrettable : à partir du moment où l’on dispose de budgets spécifiquement dédiés aux femmes, on a l’obligation de les mettre en œuvre et de leur donner une meilleure visibilité.

Je ne doute pas que vous ferez part à votre collègue de toutes mes inquiétudes et je les lui rappellerai à la Région.




Source : http://parlement.wallonie.be