Cours de citoyenneté donnés en milieu carcéral
17 novembre 2016

1.3 Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée « Cours de citoyenneté donnés en milieu carcéral ».

M. Yves Evrard (MR).

– Lancé en janvier 2016, l’enseignement de promotion sociale a dispensé des cours de citoyenneté dans certaines prisons, afin de former les détenus aux valeurs de la démocratie, à la liberté de culte ou encore à l’égalité hommes-femmes.

Différentes prisons comme celles d’Ittre, de Forest ou encore de Saint-Hubert avaient adhéré au projet, mais il semble que ces cours aient finalement été dispensés dans toutes les prisons de Wallonie et de Bruxelles.

Madame la Ministre, pouvez-vous faire le point sur ce dossier ? Quels sont les établissements qui ont proposé à leurs détenus ces unités de cours de citoyenneté ?

Combien de détenus y ont-ils participé ? Disposez-vous d’une évaluation ? Vous êtes-vous réunie avec les services de l’enseignement de promotion sociale chargés de ce cours et les prisons concernées à Bruxelles et en Région wallonne ?

Avez-vous pu déterminer des éléments d’analyse quant à la réalisation des objectifs visés ? Quels sont-ils ? Des contacts ont-ils été pris avec votre collègue chargé de l’enseignement en vue d’envisager l’intégration d’un tel module dans les IPPJ, pour les jeunes en âge d’obligation scolaire ?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

. – L’unité d’enseignement « citoyenneté » vise, conformément au dossier pédagogique, à permettre à l’étudiant d’améliorer sa capacité de s’exprimer, d’écouter, de débattre en vue de développer son esprit critique, de s’outiller en vue de connaître le contexte social, politique, économique et culturel dans lequel il se situe et de développer un engagement citoyen dans une société interculturelle, pluraliste et démocratique.

Le déploiement des cours de l’unité d’enseignement « citoyenneté » n’a pas été possible dans toutes les prisons de Wallonie et de Bruxelles. Le contexte social difficile connu dans le monde carcéral entre le mois de mars et le mois de juin de cette année a fortement influencé le déroulement des activités d’enseignement dans les prisons.

Compte tenu des priorités organisationnelles et de sécurité des établissements pénitentiaires à la fin des mouvements de grève, le rythme des formations n’a pu reprendre que progressivement. Toutefois, certains cours ont fait l’objet d’une reprogrammation durant le mois de juillet et entre les mois de septembre et de novembre grâce au dévouement des enseignants et à la relation de confiance établie de longue date avec les établissements pénitentiaires.

D’autres difficultés, apparues à la rentrée 2016-2017, ont également rendu le travail des établissements scolaires d’enseignement de promotion sociale plus difficile. Je pense notamment à l’implémentation de l’exercice de rationalisation mené par le SPF Justice, Direction générale des établissements pénitentiaires, qui s’est traduite par l’aménagement de plages horaires accessibles aux intervenants extérieurs.

L’enseignement de promotion sociale doit composer en bonne intelligence avec les partenaires que sont les prisons et avec d’autres opérateurs ou intervenants. Mes services procèderont prochainement à une nouvelle information quant à l’unité d’enseignement « citoyenneté » dans le cadre des comités locaux de suivi organisés au sein de chaque prison.

À ce jour, il existe une unité d’enseignement regroupant quatorze participants à Saint-Hubert, une autre unité regroupant dix participants à Marneffe et, enfin, une dernière unité à Lantin, pour laquelle les informations relatives au nombre de participants ne sont pas encore disponibles. Les objectifs visés par l’unité d’enseignement « citoyenneté » s’inscrivent dans la durée. Les effets sont difficilement mesurables et quantifiables.

Il est question des savoir-être et des savoir-faire dans la vie en société, d’être bien avec soi et avec autrui, du respect de soi et du respect de l’autre dans sa différence. Ce module va évidemment dans le sens d’une réinsertion plus simple et plus positive.

L’enseignement de promotion sociale n’a pas été sollicité par le secteur des IPPJ, mais le développement de la citoyenneté et la formation générale sont au cœur des politiques d’aide à la jeunesse menées par M. Madrane.

M. Yves Evrard (MR).

– Madame la Ministre, je vous sens prudente dans vos propos. Vous parlez de reprendre progressivement le rythme, vous nous dites que le dossier suit son cours…

J’admets que le contexte est difficile et qu’en milieu carcéral, beaucoup de paramètres jouent. L’on pourrait aussi se poser la question de savoir si la participation est suffisante, même si le chiffre de 50 personnes, en comptant la prison de Lantin, n’est pas négligeable.

Il ne faudrait pas que les arguments que vous avez avancés constituent un alibi qui nous permette de diluer nos responsabilités au fil du temps. Nous savons combien il importe de faire évoluer les mentalités dans le milieu carcéral et de conscientiser les détenus à la société dans laquelle ils vivent.

Le contexte est difficile et les mesures sont complexes à évaluer dans le temps, mais nous ne devons pas pour autant perdre notre motivation à toucher un maximum de détenus, en espérant ainsi favoriser la réinsertion à laquelle la majorité d’entre eux, je l’imagine, aspirent.




Source : http://parlement.wallonie.be