L'étude du CRISP relative à la disparition des petits commerces en centre-ville.
20 décembre 2016

Question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « l'étude du Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP) relative à la disparition de petits commerces »

M. le Président. - La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, je voulais m'attarder sur une récente étude du CRISP qui dresse un bilan sur l’évolution du commerce sur une période de 70 ans.

Je conviens que 70 ans, c’est assez surprenant comme portée de l'étude. Cette cible plus particulièrement l’évolution du nombre de commerces de détail et le déclin des enseignes qui sont situées dans certains centres-ville.

Si, en 70 ans, 48 % des commerces ont disparu, l’activité commerciale n’a pas nécessairement suivi la même courbe. Le nombre de magasins a diminué, mais parallèlement, le commerce de détail a quant à lui connu une croissance. C’est le profil des magasins qui a changé.

On sait que différents facteurs influencent cette évolution, notamment l’implantation de grands centres commerciaux, mais aussi les modifications du cadre règlementaire ou des contraintes qui sont liées proprement au commerce.

Le CRISP nous indique que la Région bruxelloise et la Région flamande ont adopté des mesures d’aménagement du territoire qui pourraient réguler l’offre commerciale en centre-ville. On parle, pour la Flandre, d’une politique de limitation de nouvelles surfaces commerciales et, pour la Région bruxelloise, d’une évaluation de densité commerciale par quartiers comme préalable à l’installation de nouveaux commerces.

On le sait, Monsieur le Ministre, en Région wallonne, nous avons adopté un nouveau décret relatif aux implantations commerciales en février 2005. Pensez-vous aujourd'hui, avec un tout petit peu de recul, que ce décret prend suffisamment en compte l’évolution du commerce, notamment en centre-ville ? Souhaitez-vous apporter des mesures au secteur ? Si oui, lesquelles ? J'espère en tout cas que vous allez nous dévoiler quelques éléments de votre plan Wallonie commerce qui vient d'être annoncé.

Sans surprise, l'étude du CRISP nous indique aussi que l’e-commerce va modifier en profondeur le paysage de l’activité commerciale, notamment également l’offre commerciale générale qui approche parfois dans certains endroits de la saturation.

Monsieur le Ministre, quel est votre avis sur la situation ? Les données en votre possession vont-elles également dans ce sens ? Quels sont justement les axes forts de votre plan Wallonie commerce ? On sait que huit axes ont été annoncés. Merci pour l'ensemble de vos réponses.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Messieurs les députés, comme nous l'avons indiqué de commun accord, je présenterai le plan Commerce au début de l'année prochaine, même si aucune mesure décrétale n'est à ce jour arrêtée.

Tout d'abord, l'emploi dans le commerce wallon va bien. En réalité, l'emploi salarié dans le commerce va bien. En ce qui concerne l'emploi indépendant, nous devons constater une chute importante depuis 2005.

Ces données montrent que le commerce de détail, le petit commerce, disparaît progressivement au profit d'autres enseignes. Cette disparition du petit commerce s'accompagne immanquablement d'une augmentation du nombre de cellules vides dans les centres urbains.

Lorsqu'en 2014, la législation relative aux implantations commerciales a été régionalisée, j'ai souhaité mettre en place une politique permettant de stabiliser le développement des commerces. C'est ainsi que le décret du 5 février 2015 permet de veiller à une régulation active.

Comme je l'indiquais, il y a quelques semaines, à M. Destrebecq, nous constatons déjà qu'un an après l'entrée en vigueur du décret, une nette diminution des dossiers acceptés ainsi que des superficies octroyées.

Néanmoins, la seule mise en place d'une telle législation ne permettrait pas à la Wallonie de renforcer ses commerces de détail. C'est ainsi que j'ai présenté au Gouvernement le programme Wallonie Commerce qui vise, au travers de 8 axes et 36 actions, à développer et soutenir les commerces en Wallonie. Wallonie Commerce, c'est repositionner le commerce de détail au cœur du projet et ainsi l'intégrer dans une dynamique de transformation pour faire face aux nouvelles réalités de notre société au travers de l'innovation, la créativité, le design et le numérique.

Le budget de 30 millions d'euros d'ici 2019, à destination du commerce de détail, auxquels nous devons ajouter des moyens qui existent dans les outils financiers tels que la SOWALFIN.

Différentes actions seront déjà mises en œuvre dès le 1er janvier :

- Creashop : 16 villes pourront dans le courant de l'année prochaine, mettre en place un dispositif visant à soutenir de nouvelles activités commerciales dans leur centre-ville.

- Pop up store : nous allons mettre en place une politique de magasins éphémères afin de permettre aux potentiels futurs commerçants de tester leur concept.

- Commerce connecté est une action de diagnostic de maturité numérique associé à un accélérateur et à des formations. Actuellement initié dans 66 communes, l’objectif est de l’étendre à l'ensemble des communes en Wallonie.

- Chèque de soutien à la création et au développement : le portefeuille des aides régionales de premier niveau s'adresse aux porteurs de projets qui lancent leur activité pour un montant maximal de 37 500 euros sur trois ans, activables pour des services de formation, de conseil et de coaching.

- Soutien financier proposé par les outils : outre les moyens issus du fonds de participation et les moyens logés dans les outils financiers, des mesures de soutien spécifique ont été élaborées au sein de la SOWALFIN en vue de soutenir les commerçants lorsqu'ils doivent faire face à un chantier.

- Affaires à suivre : lancée en 2014, en partenariat avec l’IFAPME et l’UCM, cette plateforme est la première plateforme neutre et indépendante dédiée exclusivement à la transmission de petites entreprises artisanales, de commerces de détail, HORECA, mais aussi de professions libérales. La plateforme compte actuellement 346 annonces publiées et 815 profils repreneurs enregistrés. Le dispositif sera amplifié l’année prochaine.

- E-Commerce continue à progresser et bouleverse le paysage de l'activité commerciale. Ainsi, sur base du Baromètre 2016 de maturité numérique des entreprises, publié par l'Agence du numérique, le nombre de transactions liées à l'e-commerce a augmenté de 20 % en 2015. Malgré cela, 47 % des achats effectués en ligne profitent toujours à des commerçants situés à l’étranger. On estime que pour la Belgique, le manque à gagner est supérieur à trois milliards d'euros.

En 2015, l'e-commerce représentait 7 % du chiffre d'affaires, soit 6,5 milliards d'euros, en progression de 15 % sur une année. Ces résultats doivent être nuancés par le retard important de l'offre d'e-commerce. En 2015, on constatait 15 000 sites de vente. En comparaison, la France en compte près de 180 000. De plus, beaucoup de noms de domaines « .be » sont aussi détenus par des entreprises néerlandaises, 14 %, et françaises, 4 %.

En 2015, 64 % des Belges ont acheté en ligne, soit 75 % des internautes belges. En termes de fréquence, 35 % des internautes belges réalisent désormais au moins un achat en ligne par mois. De même, 10 % des citoyens équipés de smartphones s'en servent aujourd'hui pour leurs achats de biens et services. Là encore, on constate un décalage important entre l'usage croissant de l'e-commerce via mobile et les 15 % des sites web des entreprises. C'est pour cela que des actions telles que commerces connectés sont importantes pour faire prendre conscience aux commerçants de l'important.

Nous souhaitons, avec ma collègue Éliane Tillieux, créer de l'emploi et redynamiser les centres urbains grâce à un nouveau dynamisme commercial. Je pourrai, début de l’année prochaine, vous expliquer bien plus en détail chaque mesure et ainsi vous préciser où nous voulons amener le commerce dans notre région, dans les années futures.

M. le Président. - La parole est à M. Destrebecq.

M. Destrebecq (MR). - Je voulais remercier M. le Ministre, et lui dire que je suis impatient de voir arriver Plan commerce. Je ne reviendrai pas sur les arguments que M. Onkelinx vient de lister, mais c’est vrai qu’il y en a pas mal. On arrive aujourd’hui à une paupérisation des centres-villes de manière extraordinaire. Je pense que cela doit véritablement être le dossier de la rentrée 2017 parce que cette fameuse paupérisation s’accélère à grande vitesse. Je crois qu’ils en ont grandement besoin.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour vos réponses. Effectivement, on décèle dans vos propos, et j’en suis ravi, quelques éléments du Plan Wallonie commerce. Un premier constat, on est finalement à l’aube de 2017 et j’imagine qu'il faut du temps pour mettre tout cela en œuvre, même si vous nous annoncez quelques mesures précises pour le début d’année, notamment avec votre programme Creashop. Il ne faut pas oublier que l'on arrive pratiquement à la fin de la législature, au terme de l’année 2017, et que ce Plan Wallonie commerce était attendu depuis longtemps.

Depuis le début de cette législature, ou en tout cas dans la première moitié de la législature, on a eu droit à ce que je qualifierais d’une inflation planologique. On a des plans qui vont un petit peu dans tous les sens et qui sont parfois teintés d’excellentes intentions, mais qui dans les faits ne trouvent pas à s’appliquer sur le terrain. J’espère en tout cas, notamment dans la présentation que vous nous en ferez, que l’on pourra être totalement rassurés sur la manière dont il sera implanté sur le terrain.

Par rapport aux quelques idées que vous avez mises sur la table, je crois qu’en ce qui concerne les pop-up stores, c’est un phénomène de société qui correspond à une forme d'évolution du commerce. On l’avait dit lorsque l’on avait étudié le décret sur les implantations commerciales, on avait signalé l’importance d’être vigilant pour éviter des formes de disparité et une forme de concurrence par rapport à des commerces qui ont pignon sur rue. J’imagine que c’est un aspect que vous avez intégré dans votre réflexion.

J’ai pu entendre au niveau des chèques formation qu’il y avait un dispositif qui allait être mis en place, mais j’ai pu lire dans la presse que c’était uniquement dédié à la transition numérique. Je ne sais pas si c’est de manière plus large que vous envisagez la mesure.

Enfin, j’espère que l’on aura droit également aussi à un dispositif, notamment pour soutenir les indépendants et les petits commerces en cas de travaux.

C'était un débat que l'on aurait dû avoir il y a quelques minutes, mais on en a expliqué les raisons. J'ai également pu comprendre que vous vous orientez notamment vers un partenariat avec les banques permettant de suspendre les prêts durant la période des travaux. Je voudrais vous dire combien on aimerait en savoir beaucoup plus et dans les détails par rapport à toutes ces mesures qui apporteront, j’en suis convaincu, dans la mesure où elles sont implantées correctement sur le terrain, un soutien utile et nécessaire à l'ensemble de celles et ceux qui entreprennent chaque jour, dans un contexte économique en pleine mutation et souvent très difficile.




Source : http://parlement.wallonie.be