Le développement des entreprises de seconde transforamtion du bois
21 mars 2017

Question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « le développement des entreprises de seconde transformation du bois en Wallonie »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, le secteur de la transformation du bois, plus spécifiquement de la construction d’habitations en bois, est en évolution : +2,6 % avec 9,28 % des parts de marché en 2016.

Les entreprises de construction d’habitations en bois sont plus nombreuses en Wallonie qu’en Flandre. Par contre, leur taille est plus petite et leur core business est plus diversifié et moins centré sur la construction pure et simple d’habitations en bois. Ces spécificités les rendent moins compétitives pour le secteur et les empêchent de prétendre à des marchés porteurs, comme la construction d’habitations multi-étages.

Monsieur le Ministre, partagez-vous cette analyse ?

Comment le secteur de la seconde transformation du bois évolue-t-il en Wallonie ?

En novembre 2016, vous mettiez l’accent sur le potentiel – à juste titre, d’ailleurs – extraordinaire que représente la transformation du bois et son intégration dans le secteur de la construction. Quelles sont alors les dispositions que vous avez envisagées pour booster nos entreprises ? Des aides spécifiques au secteur sont-elles prévues en Région wallonne ?

Dans le cadre du plan de soutien de la filière bois et de la valorisation de nos ressources forestières, un rapport approfondi devait être réalisé conjointement par l’OEWB, l’Office économique wallon du bois, et la DGO3, pour établir les conditions d’une exploitation optimale de feuillus.

Pouvez-vous nous indiquer, Monsieur le Ministre, où en est ce travail ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Monsieur le Député, je ne serai pas défaitiste, car nous comptons deux constructeurs wallons parmi les trois plus importants en Belgique en 2016. Mobic est classé en première position, avec plus de 200 maisons, et Stabilame, troisième, avec 150.

Les enquêtes successives ont, en outre, montré une légère diminution du nombre de constructions en bois en Wallonie et, dans le même temps, une augmentation du nombre moyen de maisons construites par les entreprises restantes. Cela témoigne du progrès des entreprises wallonnes en termes de préfabrication, d'automation, et cetera. C'est également un signe encourageant pour la structuration du marché.

La seconde transformation comporte de nombreux segments comme l'industrie du meuble, l'industrie du parquet, l'industrie du panneau, les paletteries, les éléments de construction.

Bien que certains segments soient moins développés, comme les meubles, d'autres, par contre, sont bien implantés en Wallonie : les panneaux et le parquet stratifié, Spanolux vient d'investir 25 millions d’euros dans une chaîne de production de parquets imprimés et, surtout, la fabrication d'éléments de construction, bois lamellé-collé, panneaux contrecollés, charpentes à connecteurs, parois préfabriquées. Artbois, Chimsco, Hoffmann, Belwood, Structure Wood, Lamcol, Stabilame, Woodlam sont autant d’entreprises très dynamiques.

Ce serait également dommage de ne pas citer les scieries de résineux industrielles qui ont investi dans une diversification et les produits à haute valeur ajoutée. Elles ont procédé à de l'intégration verticale dans la production d'éléments finis de construction et ont donc investi dans la seconde transformation, comme en Allemagne, en Autriche ou en Scandinavie.

Les entreprises wallonnes de construction bois sont concurrentielles. J'en veux pour preuve la proportion importante de leur production qui est exportée. Ce sont des éléments qui ressortent de l'enquête sur l'état de la construction en bois qu'a réalisée Hout Info Bois, en collaboration avec l'Office économique wallon du bois, dont vous citez les chiffres.

Cette étude, chiffres à l'appui, montre une structuration progressive du secteur et, surtout, la présence de sociétés dont le potentiel permet d'envisager de répondre à des chantiers de plus grande envergure. Ces chantiers sont, cependant, encore rares chez nous, notamment en ce qui concerne les bâtiments publics. Si les prescripteurs publics étaient stimulés, la réponse industrielle wallonne serait opérationnelle.

En attendant, nos entreprises vont exercer leur art. C'est bien de cela qu'il s'agit, lorsque l'on est capable de construire des bâtiments rez-de-chaussée + 5, avec des possibilités probablement plus importantes encore. Les rencontres Filière bois de cette année aborderont les possibilités de développer le multiétage en bois. Attention, cependant : le niveau d'agréation est peu élevé pour avoir des entreprises de construction bois, est lié au nombre de salariés notamment, ce qui limite leur accès aux chantiers importants. Elles n'ont, dès lors, pas d'autres choix que de travailler en sous-traitance pour des entreprises générales, qui n'exploitent probablement pas, à plein, le potentiel de leurs sous-traitants.

Il y a, malgré tout, des exemples, comme le projet du bois de Péronnes qui, sans le soutien apporté par la Wallonie, n'aurait sans doute pas pu voir le jour. Ce projet a permis à un consortium d'entreprises wallonnes, accompagné par l'Office économique wallon du bois, de remporter ce contrat face à des entreprises flamandes très incisives. Ce consortium s'est appuyé sur ce contrat pour développer de nouveaux produits. C'est, en outre, un porte-flambeau de l'initiative « Bois local », soutenue par l'Office économique wallon du bois.

Celui-ci a également été à l'initiative, à Etalle, dans l'installation du premier four de traitement thermique du bois en Wallonie et de différents travaux de caractérisation pour l'usage du bois feuillu dans la construction.

Nos entreprises ont identifié des voies prometteuses de valorisation des ressources, comme le bois modifié thermiquement, le feuillu en structure, ainsi que des procédés d'automatisation, de préfabrication, ainsi que des concepts et procédés permettant de réaliser des bâtiments multi-étages.

Tous ces efforts et actions en faveur de l'innovation au sein de la seconde transformation du bois sont coordonnés par l'Office économique wallon du bois. Il n'y a besoin d'aucune aide sectorielle, puisque les aides transversales existantes permettent de répondre et soutenir les projets de développement des entreprises. L'Office a fait part au DNF du souhait de la filière bois de voir les bois feuillus exploités à hauteur de leur accroissement, et donc que la récolte corresponde à ce que la forêt produit.

Cela paraît simple, mais les volumes excédentaires ne sont pas uniformément repris sur le territoire wallon, ne se trouvant pas toujours dans les tranches d'âge exploitables de bois qui sont situés en dehors de la juridiction du DNF, au travers de la forêt privée. Pour surmonter ces contraintes, l'Office et le DNF ont entamé une analyse à l'échelle des cantonnements pour appréhender la réalité.

Il faut aussi savoir que la réalité de la forêt publique n'est pas la même que celle de la forêt privée. Le Gouvernement wallon a décidé de renforcer l'encadrement de la gestion de la forêt privée. L'Office, via la Cellule d'appui à la petite forêt privée, contribue notamment, par ses aides et conseils, à la mobilisation du bois et au reboisement.

Enfin, en matière d'exploitation des feuillus toujours, l'évolution de la hausse du prix de certaines essences, comme le chêne, produirait également ses premiers effets en forêt privée. Avec ces impulsions, la récolte de chêne, largement déficitaire, montre maintenant des signes de reprise.

Voilà ce que je pouvais dire.

M. le Président. - En ajoutant que l'entreprise Mobic est une entreprise aqualienne, j'aurai rempli mon devoir.

La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Vous allez toucher des royalties, Monsieur le Président.

Merci, Monsieur le Ministre, pour cette réponse.

À vous entendre – et vous avez raison – le constat c'est que l'on a un secteur qui se développe bien, mais qui pourrait encore se développer mieux et plus vite, notamment dans la taille des entreprises. Il est vrai qu'il existe des outils à ce niveau-là. Je ne peux que vous inviter à ne pas considérer que le constat est positif et que la situation est optimale pour faire l'économie de soutenir et de vraiment inviter le secteur à être innovant et qu'il puisse aller de l'avant.

Lors de nos précédentes discussions, on a parlé notamment du travail de la SOGEPA et de la cellule de veille. Ce serait intéressant de voir si, sur ces aspects-là, il y avait aussi une analyse qui était en cours. Il est vrai que le bois, il est vieux comme le monde, en comparaison au numérique ; on a une matière première qui est plus basique que tous les développements virtuels. On voit, toutefois, que cela crée une activité économique.

Je répète simplement ce que l'on a pu conclure encore hier en entendant des experts : il y a énormément de bois de qualité qui sont exportés vers les pays asiatiques, notamment pour y subir une transformation. Je crois qu'il nous appartient de mettre tout en œuvre pour essayer de capter les plus-values à ce niveau-là dans les années qui viennent.

Je vous remercie.

Cric 21/03/2017




Source : http://parlement.wallonie.be