Les dégâts provoqués par les castors
20 avril 2017

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. COLLIN, MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DE LA NATURE, DE LA RURALITÉ, DU TOURISME ET DES AÉROPORTS, DÉLÉGUÉ À LA REPRÉSENTATION À LA GRANDE RÉGION, SUR « LES DÉGATS PROVOQUÉS PAR LES CASTORS ».

Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, le sort d’une famille de castors qui posait problème dans le parc d’animations de Walibi a, selon les défenseurs de la nature, mis en évidence une certaine contradiction en Région wallonne.

Voici quelques mois, vous avez déposé un avant-projet de décret modifiant la loi sur la conservation de la nature qui prévoit des dérogations pour permettre la destruction de mammifères qui posent problème.

Dans le cas présent, le DNF a estimé que la présence de castors sur le site de Walibi présentait un réel danger pour la sécurité des lieux et a validé l’euthanasie des rongeurs. De son côté, votre collègue, le ministre Di Antonio annonce à grand renfort de communication, le sauvetage de la famille de castors en organisant son déménagement vers Pairi Daiza.

Ces deux annonces ont provoqué la réaction de différentes associations de défense de la nature qui estiment que la manière d’appréhender le dossier n’est pas adéquate. La réaction de ces associations remet-elle en question les dérogations que vous semblez préconiser dans votre avant-projet de décret ?

Quelles sont précisément ces dérogations ? Le point de vue du ministre Di Antonio a-t-il été concerté avec votre cabinet ? Y a-t-il des synergies entre vos deux cabinets sur le dossier de la prolifération des castors, sur les solutions à y apporter ?

Plus globalement, une nouvelle estimation de la population de castors a-t-elle été réalisée depuis l’enquête menée en 2015 par le DNF ? Disposez-vous d’une cartographie pointant les sites plus sensibles ?

Le nombre de demandes d’indemnisation suite aux dégâts provoqués par la population de castors a-t-il évolué depuis 2015 ? J'ajouterais en tout cas que depuis ces derniers jours, je ne sais pas s'il y a un phénomène d'arrivée du printemps, mais j'ai été interpellé pas plus tard que ce week-end sur des problèmes liés au barrage.

Il semblerait qu'ils soient de plus en plus nombreux, notamment sur des petits cours d'eau. Cela pose réellement des problèmes. J'ai d'ailleurs été interpellé par des agriculteurs relativement démunis qui se demandent s'ils doivent eux-mêmes démonter ces barrages parce que leurs patures se trouvent inondées.

Je crois qu'il y a, me semble-t-il, des échos que j'aie des personnes concernées, un problème pour lequel il va falloir trouver des solutions immédiates ou, en tout cas, fixer un cadre très clair en la matière.

Je vous remercie.

- La parole est à M. le Ministre Collin.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Aéroports, délégué à la Représentation à la Grande Région.

- Messieurs les députés, l'article 5 de la loi sur la conservation de la nature prévoit la possibilité d'accorder des dérogations aux mesures de protection des espèces animales et végétales pour des motifs bien définis, dont la prévention de dommages importants, et dans l'intérêt de la santé ou de la sécurité publique, s'il n'y a pas d'autres solutions satisfaisantes et pour autant que la dérogation ne nuit pas au maintien dans un état de conservation favorable des populations de l'espèce concernée dans son aire de répartition naturelle.

C'est sur cette base que le DNF a instruit le dossier qui vous occupe. Les premières traces de présence du castor à Walibi remontent à octobre 2015. Les dégâts prennent rapidement de l'ampleur : dès novembre 2015, des attaques de peupliers de plus de 20 mètres de haut et de plus de 200 centimètres de circonférence à 1,5 mètre de hauteur sont constatées.

La direction des cours d'eau non navigables a dès lors dû procéder d'urgence à l'abattage de tous les arbres menaçant de tomber et à protéger les arbres indemnes. En mars 2016, une réunion sur place avec la direction de Walibi et les services concernés met en évidence la difficulté de sécuriser le site, le danger pour l'infrastructure que l'on appelle le loup-garou et le risque de colonisation d'autres lieux du parc, en particulier du grand étang situé au centre.

En avril 2016, un terrier est repéré pratiquement au pied de l'infrastructure Loup Garou. Une surveillance rapprochée, le placement de protections et le fait d'avoir laissé les houppiers des peupliers abattus sur place ont permis pendant un temps de limiter les dégâts.

En janvier 2017 cependant, de nouvelles attaques sur peupliers ont été observées, nécessitant un abattage d'urgence pour éviter leur chute sur un hangar de stockage. Dès lors, Walibi a introduit une demande de dérogation pour pouvoir éliminer les castors du site.

La demande est parvenue au DNF le 16 février 2017. Le dossier a été transmis pour avis au Conseil supérieur de la conservation de la nature. En sa séance du 28 février, celui-ci a accepté que la dérogation soit accordée au vu de la situation tout à fait particulière, non propice à une cohabitation harmonieuse.

Il ajoutait que, faute d'un site d'accueil adéquat, les castors devraient être éliminés. En date du 13 mars, les conditions d'octroi d'une dérogation étant réunies, le DNF a autorisé la SA Belpark à éliminer la famille de castor implantée dans le site.

Le 14 mars, le service de piégeage des rats musqués s'est rendu sur place pour repérer les lieux et déterminer la meilleure façon de procéder. Le dossier a ensuite, comme vous le savez, été médiatisé : Pairi Daiza et Natagora proposant de sauver les castors soit en les déplaçant soit en sécurisant le site.

La Direction de Walibi a accepté la proposition de Natagora de sécuriser le site et a donc suspendu la mise en œuvre de la dérogation accordée.

Le projet de modification de la législation pour l'octroi des dérogations ne vise pas à modifier les critères d'octroi des dérogations – je rappelle que les critères d’octroi sont imposés par les directives européennes –, mais à simplifier les procédures en demandant au Conseil supérieur wallon de la conservation de la Nature de remettre un avis sur des organigrammes décisionnels et non plus sur chacun des cas individuellement pour les espèces dont les effectifs – je suis d’accord avec vous – ont fortement augmenté et qui, de ce fait, posent de plus en plus de problèmes de cohabitation.

Il n'y a pas eu de nouveau recensement systématique des sites occupés depuis 2015, mais on est toujours dans une phase d'expansion de la population. En ce qui concerne le ministre Di Antonio, vous savez qu’il est en charge du bien-être animal.

Moi, je suis en charge de la Conservation de la nature. L'intersection entre ces deux compétences est de s'assurer que, quand il y a nécessité d'éliminer des individus, cela soit fait dans des conditions garantissant le bien-être animal, ce qui est le cas.

Les animaux sont éliminés soit à l'arme à feu, soit avec des méthodes de piégeage répondant aux normes internationales de piégeage sans cruauté. Dans toute une série de cas comme celui-ci, il y a, bien entendu, une concertation entre les administrations et les cabinets concernés.

- La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Je voudrais évidemment me servir de ce cas mis sous les feux des projecteurs pour poser la problématique de manière plus globale. Je suis content de vous entendre dire qu’effectivement la population augmente. Je crois que de manière intuitive, même sans recensement, chacun attentif à l’évolution de la nature peut s’en rendre compte.

Il va donc falloir d’une manière ou d’une autre prendre ses responsabilités. J’observe, en tout cas, que vous avez souvent – alors je ne sais pas si cela fait partie d’une stratégie délibérée ou pas – avec votre collègue Di Antonio des avis diamétralement opposés, notamment en termes de protection animale.

De votre côté, avec un discours plus proche, en tout cas, de ce qu’attendent les travailleurs de la terre – je vais m’exprimer comme cela – et cela, je peux vous rejoindre sur cet aspect-là des choses. Il n’en reste pas moins que de nombreux problèmes se posent. Je n’ai pas le sentiment si la population a pu croître au cours des dernières années qu’elle va subitement se stabiliser.

Il y a encore, évidemment, énormément de potentiel de développement. J’espère que l’on aura, en tout cas, une position claire et faire également évoluer les mentalités.

C’est sans doute sympathique un castor de surcroit lorsqu’il est à Walibi, et cetera, mais l’on sait que dans nos régions plus rurales, notamment, cela pose de véritables problèmes comme je l’ai dit et j’espère que l’on pourra trouver des solutions rapides et efficaces de manière à ce que chacun y trouve son compte.

P.W.- C.R.A.C. N° 159 (2016-2017) - Jeudi 20 avril 2017




Source : http://parlement.wallonie.be