Lancement d’une application contre les violences sexistes.
17 octobre 2017

Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Lancement d’une application contre les violences sexistes».

  1. Yves Evrard (MR).

La secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des chances vient d’annoncer le lancement imminent d’une application contre le harcèlement de rue fondé sur les mécanismes de la géolocalisation. Le projet s’inspire de l’application Handsaway, lancée en France en 2016.

Cette application permet un signalement rapide et précis des violences ou propos sexistes dont font l’objet les victimes, mais offrira également une plateforme pour les témoignages de celles-ci. Madame la Ministre, la Fédération WallonieBruxelles a-t-elle été associée à ce projet?

Les associations de terrain vous ont-elles déjà sensibilisée à une action similaire? Cette application pourrait-elle être également proposée en Région wallonne? Disposez-vous d’informations sur l’efficacité de l’application française Handsaway?

Cette application propose aux victimes de propos ou d’agressions sexistes un système d’alerte, une possibilité de témoigner, mais également un ré- seau de Street Angels prêt à leur apporter écoute et soutien. Ce type de réseau mis en place en France vous semble-t-il une initiative intéressante?

Nous ne disposons, en effet, d’aucun retour quant à l’efficacité de ce dispositif. Enfin, l’application française devait permettre de dresser une cartographie des agressions sexistes sur la base de données quantitatives.

L’objectif est d’identifier des zones et des quartiers qui font l’objet de ce type d’agressions et de mettre sur pied des programmes d’action cohérents. Il s’agit d’un projet novateur par rapport auquel nous n’avons pas encore suffisamment de recul.

Je souhaite cependant savoir si ce type de projet vous interpelle ou suscite en vous des inter - rogations.

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

J’ai effectivement pris connaissance de l’application Handsaway développée en France pour lutter contre les violences sexistes dans l’espace public. L’application permet aux femmes victimes d’une agression de la signaler directement.

Un réseau de Street Angels constitué d’utilisateurs de l’application peut également intervenir en fournissant un soutien moral ou direct, à condition de se trouver à proximité du lieu d’agression. L’application permet, en outre, la géolocalisation des agressions.

Disponible en France depuis 2016, l’application recensait, en mars 2017, environ 5 000 inscrits et de 2 à 5 alertes par jour. Au-delà de ces données chiffrées, je ne pense pas que l’outil et son incidence réelle sur le terrain aient déjà fait l’objet d’une évaluation.

En dépit du fait que ce type d’initiative soit a priori attrayante en termes de sensibilisation, j’ai des réserves quant à son utilisation.

Tout d’abord, il me semble dangereux d’établir une cartographie des agressions, en dehors d’un cadre de recherche spécifique. Sur la base des seuls témoignages reçus de manière aléatoire, sans aucun fondement scientifique, des quartiers ou des populations risquent d’être stigmatisés.

Un problème se pose, en outre, en ce qui concerne la véracité des faits. Pour l’accompagnement des victimes, je préfère privilégier la mise à disposition de services de première ligne formés que renvoyer la responsabilité à des Street Angels dont on ne pourra, à ce stade en tout cas, garantir la qualité.

Si le projet a le mérite d’exister, entend dé- noncer le sexisme ambiant et le harcèlement de rue, il peut, à mon sens, être amélioré. Toutefois, je suis bien sûr ouverte à en débattre. Comme le rappelle l’étude toute récente menée par Vie féminine, «le sexisme a lieu partout, tout le temps et sous toutes ses formes».

Nous devons donc lutter contre ce phénomène à tous les niveaux. Dans le cadre des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il s’agit avant tout de faire évoluer les mentalités par la sensibilisation aux questions d’égalité, dès le plus jeune âge, en privilégiant notamment la mixité à tous les niveaux et en renforçant la formation des professionnels en contact avec nos jeunes.

Les politiques que je mène dans le cadre des plans égalité hommes-femmes ou de lutte contre les violences sexistes s’inscrivent dans cette perspective. C’est un travail récurrent et de longue haleine.

J’ai régulièrement l’occasion d’expliquer les différentes initiatives prises dans ce domaine au sein de mes départements et je ne les détaillerai pas à nouveau ici. Je tiens néanmoins à rappeler que l’assemblée participative Alter Égales a choisi comme thématique «le droit des femmes à l’intégrité physique et psychique».

Comme je l’ai dit, trois sous-commissions de travail ont été mises en place. Les associations de terrain ont également choisi de travailler sur la question du harcèlement sexiste dans la sphère publique.

Trois réunions de travail ont déjà eu lieu, dont les conclusions seront présentées lors de la séance plé- nière du 14 décembre 2017. Les recommandations qui seront formulées dans ce cadre nous permettront de mieux cibler les actions concrètes à mettre en œuvre d’ici à la fin de la législature.

À côté des mesures de prévention, la loi tendant à lutter contre le sexisme dans l’espace public endosse un rôle symbolique essentiel, même s’il apparaît qu’elle demeure difficile à mettre en œuvre, notamment dans la mesure où la preuve n’est pas évidente à apporter.

L’étude de Vie féminine nous enseigne que nous devrions faire davantage connaître l’existence de cette loi, tout en donnant aux femmes les outils et les ressources pour porter plainte. Je pense que c’est une piste à suivre.

  1. Yves Evrard (MR).

Nous nous devons d’observer de près l’évolution de cette application. Même si les preuves ne sont pas évidentes à établir, elle permet aux victimes de communiquer de manière relativement simple, particulièrement pour les jeunes générations.

Cet outil peut constituer un premier pas vers une démarche concrète, celle de poser un geste, en sachant que l’acte est enregistré et répertorié. Il faut évidemment espérer que cette démarche se concrétise davantage et débouche sur le dépôt de plaintes, par exemple.

Les plaintes déposées sont peu nombreuses, étant donné la complexité des procédures. Votre réponse m’interpelle un peu plus en ce qui concerne le risque de stigmatiser certains quartiers.

Vous dites que les témoignages peuvent être aléatoires.

Certains témoignages peuvent effectivement être considérés comme erronés, mais un pourcentage de témoignages incohérents pourrait être intégré dans les données. Ce système permettrait en tout cas d’identifier véritablement les zones plus sensibles, et tant pis si cela stigmatise tel ou tel quartier.

Il permettrait de mieux comprendre le phénomène et de mettre en œuvre des actions bien définies. Les violences sexistes ne sont pas l’apanage de certaines catégories et existent dans tous les groupes sociaux.

Il faut donc peut-être avoir le courage d’aller plus loin pour mieux comprendre et mieux combattre le phénomène.

CRAC PFWB 17/10/2017

( 15 ) CRIc No13-Ens prom2 (2017-2018).




Source : http://parlement.wallonie.be