Résultats des filles au PISA 2015.
17 octobre 2017

Question orale de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Résultats des filles au PISA 2015».

  1. Yves Evrard (MR).

Je souhaite revenir sur l’étude menée par deux chercheuses de l’Université de Liège (ULiège) sur les résultats des épreuves du Programme international pour le suivi des acquis (PISA) de 2015 qui révèle une diminution des performances chez les filles.

Dans le passé, celles-ci avaient tendance à se montrer plus performantes que les garçons. Elles sont aujourd’hui en régression. La proportion d’élèves très faibles augmente sensiblement chez les filles.

Cette tendance se manifeste surtout en Fédération Wallonie-Bruxelles et est en contradiction avec la moyenne enregistrée dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Même si l’échantillon portant sur la Fédération Wallonie-Bruxelles compte 22 % d’immigrés de première et deuxième génération, il est à noter que l’écart entre natifs et migrants diminue et cette tendance va, elle aussi, mais positivement cette fois, à contre-courant des autres pays de l’OCDE.

Ces résultats sont étonnants: les campagnes de sensibilisation contre la discrimination fondée sur le genre, très nombreuses en Fédération Wallonie-Bruxelles, laissaient présager une évolution différente et positive pour les filles.

En revanche, les politiques de discrimination positive semblent, elles, avoir porté leurs fruits même si à ce niveau, c’est le facteur socio-économique qui représente la variable la plus probante des performances cognitives. À ce stade, à partir de l’analyse fondée sur le genre, les deux chercheuses ne peuvent qu’émettre des hypothèses d’explications dignes d’intérêt: l’une serait que l’enseignement est inadapté et l’autre porterait sur la démotivation des filles.

Madame la Ministre, avez-vous pris connaissance de cette étude? Si oui, quel avis portez-vous sur celle-ci? Selon vous, quels facteurs peuvent expliquer ce constat inquiétant?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

Les tests PISA 2015 dévoilés en décembre 2016 nous révélaient les résultats de la Communauté française dans le secteur de l’enseignement. L’ULiège qui administre les tests PISA a, dans la foulée, décidé d’analyser la masse de chiffres plus finement.

Comme vous le savez certainement, cette étude n’est actuellement pas publiée. Les informations relayées par la presse en début de semaine dernière résultent d’une interview des chercheuses. Interpellée par ce qui a été dévoilé, j’ai toutefois sollicité l’obtention de ces résultats.

D’après les informations incomplètes dont je dispose, les analyses relayées portent sur trois domaines: les mathématiques, les sciences et la lecture. En ce qui concerne les sciences, la problématique des performances des filles n’est pas nouvelle. Les résultats ne montrent ainsi pas de différence notable entre 2006 et 2015.

Les performances des filles ont légèrement diminué tandis que celles des garçons ont augmenté. En mathématiques, les performances des filles ont légèrement baissé depuis 2009. On remarque une augmentation de l’anxiété des filles, une perte de confiance en elles et une perte d’intérêt pour les mathématiques.

Ainsi, à compétences égales, les filles sembleraient avoir plus besoin d’encouragement ou d’accompagnement. En lecture, une forte baisse a été observée, surtout au niveau des filles les plus performantes. Cette forte baisse est particulièrement marquée en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Même si on peut évoquer les nombreux biais liés au test PISA ou encore des causes induites par l’administration du test sous format informatique, ces constats interpellent.

Ils montrent avant tout que nous devons redoubler d’efforts dans la promotion de l’égalité au sein de notre système scolaire et, à côté des actions de sensibilisation menées par notre Fédération, il est nécessaire de renforcer la dimension de genre dans les processus éducatifs et dans les relations enseignants-élèves.

À cet égard, il importe que le Pacte pour un enseignement d’excellence tienne compte de ces résultats et intègre la dimension de genre de manière plus transversale et plus structurelle. Le dé- cret «Genre» adopté le 7 janvier 2016 soutient notamment cette démarche et s’applique à tous les textes légaux et réglementaires qui concrétiseront et concrétisent déjà le Pacte.

Par ailleurs, la ré- forme du décret relatif à la formation initiale des enseignantes et enseignants intègre les questions de genre de manière approfondie, ce dont je me réjouis. Enfin, soucieuse de l’importance de la prise en compte de l’égalité filles/garçons dans l’enseignement et pour avancer sur cette question, j’organise également un colloque en février 2018 sur le sujet.

Ce colloque présentera aux enseignantes et enseignants une actualisation du module de formation initiale et continuée en ligne «Filles, garçons: une même école?». Les chercheuses de l’étude PISA ont été conviées pour présenter les résultats PISA vus sous l’angle du genre.

  1. Yves Evrard (MR).

Madame la Ministre, vous dites disposer d’informations incomplètes. C’est une bonne idée d’organiser un colloque en 2018, mais d’ici là, il serait intéressant d’inviter les deux chercheuses à venir présenter une synthèse de leur étude sous l’angle de l’égalité des genres.

Certes, les parlementaires ont un emploi du temps chargé et pourraient assister au colloque, me direz-vous.

Néanmoins, nous pourrions consacrer une séance à cette thématique et je me permettrai d’envoyer un courrier à la présidente pour soumettre formellement cette proposition à mes collègues du Parlement.

CRIc No13-Ens prom2 (2017-2018).




Source : http://parlement.wallonie.be