Obligation française de signaler les retouches sur les publications à usage commercial.
23 octobre 2017

Question écrite de Yves Evrard, Député, à Madame Isabelle Simonis, Ministre de l’Egalité des Chances, du Droit des femmes sur l’obligation française de signaler les retouches sur les publications à usage commercial.

Le 1er octobre 2017, entrera en vigueur un décret du gouvernement français décidant d'imposer la mention « photographie retouchée » sur tous les clichés à usage commercial lorsque l’apparence corporelle des mannequins a été modifiée par un logiciel de traitement d’image.

Tout le monde s'accorde pour dire que l'image renvoyée par les magazines de mode influence la perception des standards de beauté, donne une image erronée de la personne, et en particulier de la femme. Cela engendre des risques importants tout spécifiquement pour nos jeunes notamment en matière d’alimentation (anorexie, culte de la minceur, ...).

Plusieurs actions tendent à combattre ce culte de la maigreur ou du corps parfait, comme par exemple des normes de mensurations minimales obligatoires pour les mannequins ou encore les campagnes de promotion mettant en scène des femmes plus rondes.

Madame la Ministre,

Cette problématique a-t-elle fait l’objet de débat avec vos collègues ?

La possibilité de couler dans un décret une imposition semblable à celle de la France est-elle envisageable en Belgique ?

Quelles sont les actions de prévention entamées à l’égard des jeunes plus spécifiquement pour attirer leur attention sur les images mensongères relayées par les magazines de mode ?

Au-delà de la prévention des actions répressives pourraient-elle être envisagées ?

REPONSE DE : Madame Isabelle SIMONIS, Ministre de l’Enseignement de Promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Egalité des chances.

Monsieur le Député,

A mes yeux, cette problématique relève d’un débat plus général sur une vision du corps de la femme en tant qu’objet de désir masculin. Une vision qui n’est pas sans risque pour la santé et pour le développement personnel des jeunes filles ou des femmes lorsque la minceur est érigée en dogme.

Une vision qui a également pour conséquence d’enfermer ces jeunes filles et ces femmes dans un rôle social déterminé par l’apparence physique au détriment de toute autre aspiration, capacité ou qualité.

Les photographies de mode sont une dimension parmi d’autres de cette dynamique.

Je tiens néanmoins à souligner que le phénomène était présent bien avant l’invention de toutes les techniques numériques qui permettent aujourd’hui de retoucher en profondeur les clichés de mannequins ou d’autres célébrités. En effet, depuis de nombreuses années, il est régulièrement question de problèmes de santé mentale liés à l’alimentation dans le milieu du mannequinat.

A tel point que la Fédération Wallonie-Bruxelles, par l’intermédiaire de la Ministre de la Culture et de la Santé de l’époque, Fadila Laanan, avait pris l’initiative sous la précédente législature de faire signer une clause éthique sur cet enjeu à tous les opérateurs de mode subventionnés.

Pour autant, je n’en salue pas moins la nouvelle loi française que vous évoquez, comme je salue tout projet pouvant contribuer à déconstruire les images stéréotypées du corps de la femme.

Cette loi est intéressante, mais l’idée n’est pas, actuellement, dans les cartons du Gouvernement.

D’autres projets ont évidemment été menés et le seront encore d’ici la fin de la législature.

En termes de bilan, je mentionnerai le décret sur les contours fondés sur l’apparence des enfants, récemment adopté par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles malgré l’abstention de votre groupe politique.

Ce décret formule des recommandations strictes aux organisateurs de toute manifestation mettant en concurrence des enfants ou des jeunes sur base de leur physique, avec l’objectif de lutter contre l’instrumentalisation du corps des petites et des jeunes filles.

Sur un plan plus prospectif, je travaille à l’élaboration d’une campagne sur l’hypersexualisation des enfants et des jeunes qui touchera bien entendu au rapport de chacun et chacune à son corps et à la sensibilisation au respect du corps de l’autre.

Le dispositif EVRAS que je continuerai à implémenter apporte lui aussi sa pierre à l’édifice en la matière.

Plus largement, comme je l’exprime régulièrement en commission, l’ensemble des actions que j’initie ou soutiens dans le domaine des droits des femmes vise, dans une perspective de prévention, d’information et d’éducation, à favoriser l’épanouissement des femmes et l’égalité entre les hommes et les femmes, en ce compris dans le rapport au corps.

Question écrite n°303

Échéance au 11 novembre 2017




Source : http://parlement.wallonie.be