L'impact de la gestion forestière wallonne sur l'import export
13 novembre 2017

Question orale de M. Evrard à M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région, sur « l’impact de la gestion forestière wallonne sur l’import/export »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, tout d'abord, je me réjouis que le sujet suscite autant d'engouement parce que, de mémoire de parlementaire, c'est assez rare. En tout cas, pour moi, c'est la première fois que quatre questions sont jointes sur le même dossier. Elles témoignent de notre intérêt sur la question et, comme l'a rappelé Monsieur Courard, nous l'avions formalisé de manière très claire à travers une proposition de résolution que j'avais initiée en novembre 2016, qui avait d'ailleurs retenu l'unanimité.

Comme mes collègues, Monsieur le Ministre, je voulais également faire le point avec vous sur notamment cette proposition de résolution puisqu'on le voit aussi, on a évoqué différents domaines d'activités au niveau sylvicole, on le voit aussi au niveau du bois de chauffage où il existe en la matière des lacunes puisque, selon différents propos, on importerait en Wallonie pratiquement 150 000 tonnes de bois de chauffage, dont 35 % pour la Wallonie. Cela doit nous faire réfléchir, d'autant plus quand on sait que la Wallonie doit faire des efforts importants en ce qui concerne les exportations. Comme je l'avais d'ailleurs rappelé dans notre proposition de résolution, on a évidemment tous les atouts à ce niveau-là en Wallonie.

Vous m'aviez répondu qu'une étude confiée à l'ULg, à Gembloux Agro-Bio Tech et à l'UCL était en cours. J'aurais voulu savoir où en était cette étude. Les résultats sont-ils aujourd'hui connus ?

Deuxièmement, ces résultats sont-ils susceptibles de modifier la circulaire 2718 relative aux mesures sylvicoles à suivre par le DNF ? Vous le savez, on a encore évoqué le manque de chênes et on avait, lors de ces auditions, mis en évidence que la regénération naturelle du chêne était quasi impossible dans nos forêts. Ce sont des constats qui doivent nous amener à prendre des dispositions.

Enfin, une fois que cette étude sera connue, est-ce que les résultats vont être communiqués aux communes qui devront évaluer en connaissance de cause la manière dont elles souhaitent gérer leur patrimoine forestier ?

L'Office économique wallon du bois a-t-il réalisé l'inventaire des outils publics d'aide au secteur ?

Les différentes mesures d'information et de communication envers les propriétaires privés ont-elles été mises en œuvre ?

Enfin, vous nous aviez indiqué avoir des contacts avec la Commission européenne en vue de l'élaboration d'une labellisation transformation UE. Quelle est l'évolution du dossier ? Dans quel délai un tel label pourrait-il voir le jour ? Des mesures ont-elles été envisagées pour soutenir la deuxième transformation du bois ? Quelles sont-elles ?

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région. - Messieurs les députés, tout d'abord, je souhaite rappeler que la question de l'importation de bois illégale s'inscrit dans le règlement Bois de l'Union européenne entré en vigueur le 3 mars 2013. Ce règlement concerne la première mise sur le marché de l'Union européenne et relève exclusivement pour les bois tropicaux des compétences fédérales, du SPF Santé - Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement, de la responsabilité de Mme Marghem.

Le SPF organise les contrôles des importations en Belgique des bois provenant des pays tiers, notamment des bois tropicaux en collaboration avec les douanes.

L'exploitation illégale de bois se pratique à l'échelle mondiale dans des proportions variables selon les Régions. La Wallonie n'est pas directement touchée par le phénomène, car les importateurs de bois sont quasi exclusivement tous flamands. Elle l'est cependant de manière indirecte, car la plupart des négociants et transformateurs wallons utilisant du bois exotique s'approvisionnent auprès de ces importateurs flamands.

L'impact peut être positif ou négatif. Positif, car un discrédit jeté sur les bois tropicaux favorise l'utilisation d'essences locales durables comme le chêne, pour les terrasses, par exemple, ou la recherche et développement pour la valorisation d'essences moins durables. On parle notamment du traitement thermique du hêtre.

Mais il peut être aussi négatif pour les entreprises wallonnes utilisant exclusivement majoritairement du bois tropical. Ces dernières sont en effet un de maillons de la chaîne de transformation entre la forêt et le client final, maillon qui se doit de justifier la légalité des bois utilisés.

Concernant l'exploitation de notre forêt, si l'on s'en tient aux chiffres de l'inventaire permanent des ressources forestières de Wallonie, notre forêt est loin d'être sous-exploitée d'un point de vue économique.

Actuellement, la filière prélève plus que l'accroissement en forêt résineuse. Par contre, il est vrai que les forêts feuillues sont légèrement sous-exploitées.

Depuis 15 ans, la principale avancée consiste en la mise en place du nouveau Code forestier de 2008. Parmi d'autres initiatives pour l'aspect économique de la forêt, je signalerai la mise en place de l'Office économique wallon du bois et de sa cellule d'appui à la petite forêt privée début 2012, cellule que j'ai renforcée cette année.

Pour les années qui viennent, j'ai demandé à mon administration de rédiger un programme forestier régional afin de répondre à l'engagement paneuropéen de la Conférence Forest Europe d'Oslo de 2011.

Ce programme a pour but d'élaborer une politique forestière wallonne ambitieuse pour les 20 prochaines années, que ce soit en termes de développement économique, production de bois de qualité, valorisation du bois en Wallonie, tourisme. En termes d'accueil du public : forêts urbaines et périurbaines, gestion du paysage, accessibilité renforcée des forêts. Et sur les aspects environnementaux : protection des sols, biodiversité.

Toutes les mesures proposées dans ce programme seront pensées en intégrant la problématique du changement climatique à la réflexion, en assurant le respect de la biodiversité et évidemment en assurant une gestion durable de la forêt.

Le programme permettra donc de valoriser au mieux la forêt wallonne en fonction de ces trois principaux rôles.

En ce qui concerne le bois de chauffage, je signale que les chiffres utiles sont disponibles dans l'édition 2017 du Panorabois élaboré par l'Office économique wallon du bois.

Voici ce que l'on y trouve pour le bilan énergétique wallon 2016 :

  • bois bûches, 386 000 tonnes dont 354 000 tonnes pour le chauffage domestiques ;
  • les pellets, 309 000 tonnes, dont 172 000 tonnes pour la génération et la cogénération ;
  • les autres bois, rémanents forestiers et connexes, plaquettes, bois recyclés, 1 365 000 tonnes dont 1 095 000 tonnes pour la cogénération et 166 000 tonnes dans les cimenteries.

Cela représente donc un total de 2 061 000 tonnes, dont 498 000 tonnes pour le chauffage résidentiel.

Au niveau des importations de bois de chauffage, on sait que la Wallonie devrait en importer environ 52 500 tonnes. Je précise que les importations de bois de chauffage sont définies par le Code SH 440/110 qui ne fait aucune nuance. Ce code comprend aussi bien le bois bûches que des bois B.

Comme on ne dispose pas de données régionales, les 52 500 tonnes wallonnes sont obtenues au pro rata de la part de la Région dans la population belge, soit 35 % des 150 000 tonnes, données pour 2016.

La part du bois bûches pourrait être estimée à 10 000 tonnes, soit très peu par rapport à la consommation de bois local.

Cette approche est certes très théorique, mais l'Office économique wallon du bois n'a pas actuellement d'autres éléments d'appréciation.

Concernant les suites données à la proposition de résolution relative à la gestion forestière, l'étude confiée à l'ULg, Gembloux Agro-Bio Tech et à l'UCL avait trait à l'impact économique de ProSylva.

En résumé, l'analyse montre que les deux systèmes comparés, sylviculture équienne d'une part et la sylviculture de type ProSylva d'autre part, ont leurs avantages et inconvénients économiques au sens large, directs et indirects.

La balance penchera vers l'un ou l'autre système selon le contexte de la forêt et du propriétaire, mais aussi selon l'échelle socioéconomique considérée.

Par ailleurs, et nous l'avons bien vu lors du colloque « La forêt wallonne face au changement climatique » organisé le 16 octobre dernier par le DNF, il faut bien prendre conscience de la réalité des changements globaux au moment de fixer ces orientations de gestion. Ceux-ci doivent désormais pousser à choisir la solution la plus résiliente et adaptée au niveau d'incertitude du contexte dans lequel se situera le peuplement pour la suite du siècle en cours.

Ces résultats ne sont pas susceptibles de modifier la circulaire 27/18 qui est relative, vous le savez, aux mesures sylvicoles à suivre pour une gestion selon la sylviculture ProSylva.

Je rappelle que cette circulaire entre dans l'application de l'article premier du Code forestier qui prévoit la promotion d'une futaie mélangée et d'âges multiples.

Selon la circulaire en question, cette méthode de sylviculture doit être la première solution envisagée en forêt domaniale, son absence d'application devant être justifiée.

En forêt communale, le choix des objectifs sylvicoles découle d'un dialogue entre le DNF et le propriétaire.

L'Office économique wallon du bois a effectivement réalisé un inventaire et un bilan critique des outils d'encadrement existants des propriétaires forestiers privés.

Mon administration doit encore étudier la manière de mettre en place les recommandations qui en sont issues.

En ce qui concerne le point transformation Union européenne, si le Gouvernement wallon veut agir pour soutenir l'accès à la matière première pour les transformateurs locaux, il lui est recommandé d'encourager dans un premier temps les ventes de gré à gré. Il n'est en effet pas immédiatement nécessaire de développer un label transformation Union européenne similaire au modèle français. Ce dernier semble prêter nettement plus le flanc à la critique.

La résolution demandait un rapport technique sur les outils disponibles par mon administration pour soutenir la deuxième transformation du bois.

Pour être clair, le DNF ne dispose d'aucun outil susceptible de soutenir la deuxième transformation dans la mesure où l'action se situe au niveau de la production et non de la transformation.

Par ailleurs, l'Office économique wallon du bois estime qu'il est primordial de doter la Wallonie des compétences indispensables aux activités de recherche et de développement qui nourriront ensuite l'innovation.

Le EWB développe divers projets en ce sens. Je citerai notamment l'élaboration et la mise en place d'un cursus universitaire « transformation et valorisation du bois » ou encore le projet de soutenir une bourse doctorale dans le domaine de la valorisation du bois.

Enfin, le groupe de travail Innovation de EWB a identifié deux domaines sur lesquelles focaliser l'accompagnement à l'innovation, l'usage des bois feuillus en structures dans la construction et l'usage des bois modifiés thermiquement dans la menuiserie extérieure.

L'innovation dans ces deux domaines apportera un soutien aux entreprises wallonnes de transformation de bois feuillus et contribuera au développement de la seconde transformation du bois en Wallonie.

En termes de soutien, vous n'aurez pas manqué de voir la campagne de promotion « Consommer wallon » qui s'est déclinée en spots publicitaires TV et radio ainsi qu'au travers de la maison bois à la Foire de Libramont.

Enfin, l'Office économique wallon du bois a effectivement réalisé un premier bilan des ventes de bois. Bien que la saison de vente ne soit pas totalement terminée, les tendances de prix mises en évidence sont globalement correctes, même s'il faut parfois nuancer.

On constate une hausse des prix en épicéas, mais qui n'atteint pas partout les prix élevés de 2014. Cette évolution des prix n'est en rien liée aux méthodes de cubage utilisées.

Pour les Douglas, on note une baisse des prix dans les très gros bois. Quelques-uns parmi ceux-ci se vendent mieux, mais il s'agit de marchés de niche. Par exemple, il y a un marché qui était recherché pour les mâts de bateau.

Les chênes sont très recherchés et se vendent bien. Plusieurs lots ont été achetés à destination de scieurs wallons. Dans de nombreux cas, les grumes de hêtres se sont vendues tout à fait correctement. Pour le frêne, plusieurs chefs de cantonnement constatent une amélioration de la situation.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, pour ces éléments de réponse.

J’en conclus et je vais focaliser ma réplique sur le fait que vous avez apparemment obtenu l’étude et les résultats de celle-ci. Cela me surprend assez. Il y a une position qui est très claire de votre part et qui est affirmée. Vous savez comme moi qu’il s’agit là de choix stratégiques majeurs et que la manière dont on va mettre en œuvre la forêt de demain, nous en paierons les conséquences dans les 50 ou 60 prochaines années.

Je comprends évidemment et il est sage de prendre en compte notamment les aspects environnementaux comme le changement climatique, mais vous conviendrez avec moi que ce n’est pas un élément suffisant pour en déduire que la gestion, notamment Pro Silva, est la panacée, même si j’ai bien compris dans vos propos que vous nuanciez par rapport à ce système d’exploitation.

J’en veux pour preuve simplement la problématique que l’on trouve avec le frêne aujourd’hui, au niveau de la maladie, la chalarose du frêne, qui nous démontre que manifestement, même si des choix stratégiques sont posés, on n’est pas à l’abri de problèmes majeurs.

Je souhaiterais donc vraiment – pour ne pas être trop long – que l'on ait l’occasion à travers cette commission, si mes collègues parlementaires n’y voient pas d’objection, que nous puissions avoir connaissance de cette étude, soit que vous puissiez nous la transférer soit, le cas échéant, que nous ayons une présentation lors d’une séance de commission, de façon à mieux comprendre la manière dont elle a été élaborée et que nous puissions ensuite vraiment faire part de nos remarques ou de nos questions complémentaires sur les résultats de celle-ci qui, à vous entendre, m’interpellent vraiment et ne me rassurent pas.

J’imagine que, là aussi, nous aurons l’occasion de clarifier tout cela.

CRAC PW 13/11/2017




Source : http://parlement.wallonie.be