Le baromètre des startups numériques wallonnes.
14 novembre 2017

QUESTION ORALE DE M. EVRARD A M. JEHOLET, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE LA RECHERCHE, DE L'INNOVATION, DU NUMÉRIQUE, DE L'EMPLOI ET DE LA FORMATION, SUR « LE BAROMETRE DES START-UP NUMÉRIQUES WALLONNES ».

L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, sur « le baromètre des start-up numériques wallonnes ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M . Evrard (MR).

Monsieur le Ministre, c'est un sujet qui interpelle, on le sait, l’évolution des nouvelles technologies et du numérique a vu l’émergence de nombreuses start-up qui sont devenues incontournables dans le paysage actuel. Un premier inventaire des startup numériques wallonnes vient d’être réalisé par l’Agence du Numérique et « startups.be ».

Différents constats sont posés, j'en relève quelquesuns. D'une part, le nombre de start-up en Wallonie est largement inférieur à celui de la Flandre qui avait pris de l'avance en la matière. L'implantation des start-up se situe principalement autour de Bruxelles et dans le nord de la Wallonie, les provinces de Namur et de Luxembourg ne représentant que 9 %.

Troisième constat, 78 % des start-up sont financées à moins de 500.000 euros et 45 % ont fait appel aux subsides ou aides publiques. Il reste encore des difficultés pour trouver des investisseurs privés. Cinquièmement, le manque de présence physique à l’étranger est perçu comme un frein à leur développement.

Enfin, 66 % des start-up développent leurs activités avec des clients étrangers, mais cela signifie que 34 % restent sur le marché interne.

Monsieur le Ministre, je voulais faire le point avec vous sur cette étude. Quels sont à vos yeux les freins au développement des start-up numériques au sud de la Wallonie ?

On sait que la proximité des universités ou des hautes écoles joue un rôle majeur dans la création des start-up. Est-ce que l'on peut savoir si l’ADN prévoit des pistes pour pallier à cette disparité du territoire ?

Le développement des start-up à l’étranger en termes de clientèle ou de représentation est-il une priorité de l’ADN ? L’étude aborde également le volet de la création d’emplois. On parle de 3000 emplois créés, chiffre à relativiser en fonction des critères pris en compte. Mais, comment l’ADN pourrait-elle faire évoluer ce chiffre ?

De manière plus générale, les constats établis sur base d’une étude de 325 start-up numériques wallonnes vont-ils donner lieu à des modifications ou des ajustements de la stratégie numérique de l’ADN ? Je vous remercie pour votre réponse.

La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M . Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation.

Monsieur le Député, s'il a été réalisé par l'Agence du Numérique en collaboration avec « startups.be », ce baromètre relatif aux start-up du numérique s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie Digital Wallonia, et plus spécifiquement les mesures visant au développement du secteur du numérique en Wallonie.

Il correspond en outre à une demande du Conseil du Numérique qui souhaitait orienté les baromètres de l'ADN vers des outils d'aide à la décision et à l'orientation des politiques publiques. L'objectif de ce premier baromètre était d'établir un temps zéro fixant avec précision le secteur spécifique des start-up du numérique en Wallonie. Combien sontelles ?

Quels sont leurs métiers ? Leurs secteurs cibles ? Qui sont les fondateurs ? Quels sont les frais en développement ? Quelles sont leurs attentes ? Pour l'ensemble des thèmes abordés, le baromètre fournit non seulement des chiffres quantitatifs, mais également des constats qualitatifs et des recommandations stratégiques. J'en viens maintenant à vos questions plus spécifiques.

Quels sont les frais en développement des start-up numériques au sud de la Wallonie ? Les écosystèmes de start-up se créent et se regroupent naturellement autour de pôles spécifiques, par exemple la Silicone Valley aux USA, Paris en France, Berlin en Allemagne, Gand en Flandre.

Il est donc logique que les start-up wallonnes se soient naturellement organisées autour de certaines villes ou pôles universitaires. La faible densité de population et l'absence de pôle universitaire expliquent ainsi que la Province du Luxembourg n'ait pas vu l'émergence d'un « up » numérique.

Cependant, nous voyons que des invest locaux avaient essayé d'entreprendre depuis un an des démarches pour mieux appréhender le monde des startup notamment en participant à des workshops ou à une mission internationale qui aura lieu en décembre de cette année dans le cadre de Digital Wallonia où les invest locaux iront à la rencontre des grands fonds d'investissement français et anglais. D'autre part, il ne sert à rien de vouloir implanter des start-up partout au risque de renforcer encore une perception de dispersion déjà soulignée par les «startupeurs».

Par contre, travailler dans une logique de spécialisation en fonction d'actes spécifiques est une demande de ces start-up. Dans cette optique, au travers de la Foire de Libramont notamment, la province du Luxembourg à un rôle majeur à jouer dans l'émergence d'un écosystème d'entreprises autour du Smart Farming.

Un stand de start-up de ce secteur était organisé par Digital Wallonia lors de la dernière édition de la Foire. Au niveau de Redu, une dynamique est également en train de se mettre en place autour du secteur des drones. Les contacts sont en cours avec l'ADN. Pour ce qui est des freins de développement pour la Wallonie en générale, ce sont les start-up qui le disent, il reste un problème important au niveau de la disponibilité des capitaux privés.

Le Fonds WING et d'autres fonds publics soutiennent les start-up, mais l'équivalent privé doit être trouvé, ce qui est parfois plus laborieux, notamment parce que les aspects plus technologiques du secteur ont tendance à freiner les investisseurs. Par ailleurs, l'enquête révèle que la majorité des fondateurs de start-up numériques ont un parcours universitaire et particulièrement les filières ingénieur et informatique.

Or, on sait que trop peu d'étudiants choisissent ces formations, ce qui crée de la tension sur le marché de l'emploi et par conséquent limite à la fois le nombre de start-up créées et le nombre de profils disponibles pour contribuer à leur développement.

Voici pourquoi je porte tant d'attention à la sensibilisation des jeunes aux formations mathématiques et scientifiques. En ce qui concerne la proximité des universités ou des hautes écoles qui jouent un rôle dans la création de start-up, vous demandez si l'ADN entrevoit des pistes pour palier à cette disparité du territoire.

Vous serez d'accord avec moi pour dire que l'Agence du Numérique n'a pas d'influence sur l'implantation d'universités sur le territoire. Imaginez la réaction de certains si c'était le cas. Plus sérieusement, si des disparités existent, il faut également reconnaitre que le maillage des universités et hautes écoles en Wallonie est déjà très serré. Un problème de cet ordre n'a d'ailleurs été mentionné par aucune start-up.

D'aucuns affirment que les structures d'accompagnement sont trop nombreuses et pas toujours efficaces. La dispersion et bien plus encore le manque de spécialisation des structures d'accompagnent ont effectivement été pointés de manière récurrente par les participations à l'enquête qualitative.

Si la phase d'accompagnement lors du démarrage est fortement couverte, un manque existe ensuite pour aider les startup dans leur phase de croissance de scale-up comme on appelle cela ou pour un secteur spécifique ou une compétence, recrutement, marketing, développement international.

C'est un constat que l'on fait systématiquement par rapport à cette phase déterminante où l'entreprise, quelle qu'elle soit, a besoin d'un coup de pouce beaucoup plus fort. Une réflexion est en cours dans une logique de chaine de valeur dans le développement du numérique.

Le développement des start-up à l'étranger en termes de clientèle ou de représentation est-elle une priorité de l'ADN ? Évidemment, mais à nouveau, ce n'est pas une mission spécifique de l'ADN, l'Agence joue le rôle d'opérateur, de coordinateur et d'intégrateur pour la stratégie Digital Wallonia dont le thème majeur est le développement du secteur du numérique notamment au travers de l'internationalisation.

Depuis deux ans, toutes les actions internationales impliquant très régulièrement les start-up sont organisées en partenariat avec l'AWEx. C'est donc le métier de base avec d'autres acteurs comme les clusters ou les « startups.be ». En ce qui concerne l'emploi des start-up pour se développer, les start-up ont souvent besoin de financement.

La plupart du temps en capital et cet élément est déterminant pour leur permettre d'engager. Entre l'enquête menée au premier semestre et aujourd'hui, plusieurs start-up wallonnes ont annoncé des levées de fonds significatives, telles que Hélium ou Gambit, ce qui est un signal encourageant.

Comme je l'ai déjà dit, l'autre travail concerne la formation des jeunes pour disposer d'un réservoir de talents numériques pour nos start-up. Le problème se pose donc moins en termes de manque d'emploi qu'en termes de manque de profils disponibles pour le secteur du numérique en général et les start-up en particulier, c'est un constat que l'on ne cesse de faire.

Enfin, vous demandez si les constats établis sur base de l'étude vont donner lieu à des modifications d’ajustement de la stratégie numérique de l'ADN. À nouveau, il ne s'agit pas de la stratégie de l'ADN, mais bien de la Wallonie et en l'occurrence de la stratégie Digital Wallonia.

L'étude fournit des pistes de réflexion concrète pour l'amélioration du soutien aux start-up. Comme je vous l'ai dit, cela passe notamment par une réflexion sur la spécialisation des rôles des acteurs concernés. C'est sur ce quoi nous travaillons avec l'ADN, le conseil numérique et l'ensemble des partenaires impliqués dans la stratégie numérique.

La parole est à M. Evrard.

M . Evrard (MR).

Merci, Monsieur le Ministre, pour cette réponse que je qualifie d'exhaustive, puisque vous avez effectivement répondu à l'ensemble de mes questions. On retiendra que votre réponse est aussi un état des lieux, un constat.

C'était l'objectif, vous l'avez rappelé, de cette étude de fixer un temps zéro de la situation. Il n'en reste pas moins – et vous en êtes parfaitement conscient – que les chiffres sont interpellants par rapport à ce qui se fait dans d'autres régions du pays et je vous sais attacher à mettre votre énergie et prendre des décisions qui permettront de résorber tant que faire se peut cet écart de manière à ce que la Wallonie retrouve une compétitivité.

Je pense et je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il est nécessaire de se spécialiser.

C'est indispensable, mais il sera aussi nécessaire, peu importe le lieu physique où ces spécialisations ont l'occasion de se mettre en place, il sera aussi important sur l'ensemble du territoire de faire connaître les endroits vers lesquels des créateurs de projet puissent se tourner afin de les concrétiser dans des délais relativement courts.

53 P.W.- C.R.A.C. N° 36 (2017-2018) - Mardi 14 novembre 2017

54 P.W.- C.R.A.C. N° 36 (2017-2018) - Mardi 14 novembre 2017




Source : http://parlement.wallonie.be