Différences autour de l’information sur la sexualité en Région flamande et en FWB.
03 novembre 2017

Question écrite de Yves Evrard, Député, à Madame Isabelle Simonis, Ministre de l’Egalité des Chances, du Droit des femmes sur les différences autour de l’information sur la sexualité en région flamande et en FWB.

Dernièrement la presse s'est fait écho d'un guide flamand (Jongeren Gids) sur l'éducation sexuelle et affective dans lequel la sexualité est abordée d'une manière très directe ce qui a suscité des réactions diverses.

Il semble bien que la notion de sexualité ne soit pas abordée sous le même angle en Flandre et en FWB.

Selon Mme Michez, qui s’occupe d’EVRAS pour les plannings familiaux, l’information en FWB est plutôt axée sur la contraception et la prévention. Des tabous persistent notamment au niveau de certaines écoles qui rechignent à mettre en place des séances d’information.

Madame la Ministre,

Pourquoi cette différence de perception d’un côté à l’autre du pays ? Quels sont les éléments qui empêchent la région WB d’élargir et de démystifier la sexualité comme le fait le guide flamand, de manière didactique mais sans vulgarité ou images dégradantes.

Une information à l'éducation sexuelle s’organise-t-elle également en enseignement de promotion sociale ?

Ce guide flamand qui a déclenché de vives réactions pourrait-il susciter une réflexion au niveau d’EVRAS pour adapter les contenus des formations proposées ?

Enfin, la labellisation des centres EVRAS devrait-elle modifier la manière d'envisager les cours d'éducation sexuelle en FWB ?

REPONSE de Madame Isabelle SIMONIS , Ministre de l’Enseignement de Promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Egalité des chances.

Monsieur le Député,

Les réactions auxquelles vous faites référence ne concernent pas directement l’excellent guide

« Jongeren Gids », distribué à l’école aux jeunes dès 10 ans et réalisé par « De Ambrassade, Bureau voor Jonge Zaak ». Ce guide reprend toutes les réponses aux questions que sont en droit de se poser les pré-adolescents au sujet de la sexualité. Il bénéficie par ailleurs du label « Trusty » attribué à des informations destinées aux enfants et aux jeunes afin d'indiquer que celles-ci ont été élaborées en fonction de ce public cible.

Le ministre de la Jeunesse flamand Sven Gatz est à l’origine de sa mise à jour cette année et encourage sa distribution dans les écoles. Son contenu répond à la Convention des droits de l’enfant et au droit à accéder à la meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction.

La polémique concerne en fait un site Web destiné aux adolescent-e-s, renseigné de manière très discrète à la page 34 de ce guide et intitulé www.allesoverseks.com.

Ce site Internet, réalisé par le centre flamand d’expertise de la santé sexuelle « SENSOA », est très complet et présente notamment des dessins explicites de différents rapports sexuels, sans vulgarité et dans une démarche d’information. Au-delà des images et illustrations qui ont été montées en épingle, ce site aborde par exemple la question délicate des relations homosexuelles, souvent occultées. Il fournit aussi une série d’informations légales liées au sexe.

Monsieur le Député,

Ce site a l’avantage de fournir des réponses et des informations concrètes aux adolescents, en adéquation avec la réalité de la vie sexuelle des jeunes aujourd’hui, là où c’est souvent cette éducation se fait malheureusement davantage en compagnie des pairs et de la pornographie.

Notons que le rapport de 2015 de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) relève que « trop souvent, les thèmes sont abordés trop tard, par exemple après l’expérience de la puberté, de la menstruation ou des premiers rapports sexuels ».

L’UNESCO promeut à travers cette étude mondiale réalisée dans 48 pays une éducation sexuelle « complète ». Alors que « les jeunes revendiquent de plus en plus le droit à une éducation sexuelle», il est clairement établi que celle-ci a un « impact positif sur la santé sexuelle et reproductive (…) notamment en contribuant à réduire les infections sexuellement transmissibles, le VIH et les grossesses non désirées ».

Les réactions négatives déclenchées par le guide flamand émanent clairement de milieux conservateurs, hostiles à une éducation sexuelle complète comprenant une information sur la pilule contraceptive, l’accès à l’IVG, ou encore la normalisation des différentes orientations sexuelles.

L’impact de cette polémique jusque dans la presse francophone démontre la force de frappe médiatique des lobbys les plus conservateurs en FWB qui ont tout intérêt à créer un sentiment de méfiance envers les activités EVRAS, quelles qu’elles soient.

Des réactions dénonçant ces articles et les amalgames qu’ils génèrent n’ont d’ailleurs pas tardé à éclore.

Mme Amandine Michez, interviewée par l’auteur de l’article dont nous parlons, a estimé que ses propos avaient été détournés et transformés. Elle a d’ailleurs émis un correctif suite à la parution de cet article.

Quant à la manière dont la Fédération Wallonie Bruxelles envisage l’EVRAS, j’ai lancé l’initiative de créer un label « EVRAS jeunesse » pour les associations et Centres de planning familial qui répondent à des critères en termes de compétences et de contenu afin de s’assurer de la qualité des prestataires d’animations et de formations EVRAS.

Vous trouverez en annexe la circulaire qui fixe ces critères et qui vous permettra d’identifier clairement les objectifs et thématiques assignées à l’EVRAS.

Au niveau de l’enseignement, je plaide pour qu’un référentiel commun soit développé et qu’une démarche similaire soit développée avec la création d’un label contraignant. Les discussions à cet égard se poursuivent entre les différents cabinets concernés.

Échéance au 1er novembre 2017

Question écrite n°311




Source : http://parlement.wallonie.be