Phénomène méconnu les femmes sans-abri .
25 avril 2017

Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée « Phénomène méconnu : les femmes sans-abri ».

M. Yves Evrard (MR).

– Le 8 mars, la journée de sensibilisation aux droits de la femme a été l’occasion de mettre l’accent sur les avancées dans ce domaine, mais aussi de pointer les nombreuses inégalités qui persistent encore à de nombreux niveaux, comme celui de l’emploi, de l’entrepreneuriat et de l’accès au logement. La lecture d’un article très intéressant du « Vif » m’amène à vous questionner sur le sort des femmes précarisées, devenant de ce fait sans abri.

Les statistiques indiquent que le milieu de la rue est essentiellement masculin : 78 % des personnes vivant dans la rue sont des hommes contre 22 % de femmes. Les observateurs estiment toutefois que ce chiffre est sous-évalué.

Vu les inégalités du terrain, ces femmes doivent choisir soit d’intégrer, par sécurité, des structures d’hébergement provisoire, quitte à y subir les contraintes d’une vie en communauté, soit de nier leur qualité de femme pour se fondre dans la masse et se protéger des violences et des agressions éventuelles.

Ces femmes développent alors une véritable stratégie de protection, voire de transformation physique, qui à terme n’est pas sans risque pour leur santé psychique.

Madame la Ministre, partagez-vous l’analyse développée par les auteurs de l’article ? Avez-vous déjà été interpellée sur la situation particulière que vivent ces femmes dans la rue ? Ce phénomène a-t-il été suffisamment étudié ? Quelle pourrait être l’action de la Fédération Wallonie-Bruxelles et, plus particulièrement, celle de votre ministère à ce niveau bien précis ?

En 2011, la Fédération Wallonie-Bruxelles avait soutenu une étude « Une vie dans la marge. Femme et sans-abri ». En effet, les familles monoparentales et les femmes seules sont les plus touchées par la paupérisation grandissante dans les grands centres urbains.

Depuis quelques années, le nombre de femmes sans-abri a considérablement augmenté. Des recommandations ont-elles été énoncées au vu de cette situation ? Des mesures concrètes ont-elles été mises en place ? De nouvelles collaborations ont-elles vu le jour ?

D’une manière plus globale, les personnes amenées à rencontrer ce public particulier sont-elles suffisamment formées pour entendre et, surtout, pour répondre à toutes les questions, craintes ou difficultés rencontrées par les femmes amenées à vivre dans la rue ?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Le phénomène des femmes en errance est une expression extrême de la précarité dont souffrent de nombreuses femmes dans notre pays.

La pauvreté féminine n’est pas un phénomène nouveau : en 2010, le service d’insertion socioprofessionnelle de la Fédération des centres publics d’action sociale (CPAS) de Wallonie a réalisé une étude sous la direction du chercheur Ricardo Cherenti. Cette étude visait à dresser le profil type de l’homme le plus pauvre de Wallonie.

Sa conclusion est interpellante : en effet, l’homme le plus pauvre de Wallonie est une femme. Cette femme est chômeuse, âgée de 34 ans, et mère de famille seule avec ses deux enfants.

En 2015, dans le cadre de la plateforme « Alter Égales », les commissions se sont penchées sur la question du droit à l’égalité au travail. Les travaux menés ont permis de dresser des constats et de présenter des recommandations aux différents niveaux de pouvoir en Belgique.

Ils ont aussi dé- montré que les facteurs qui produisent un risque de paupérisation des femmes sont les suivants : le travail à temps partiel ; les droits dérivés, comme le quotient conjugal en fiscalité ; les interruptions de carrière, qui ont une incidence sur les développements des carrières et sur les pensions ; la persistance de l’écart salarial ; les freins à l’accès aux emplois à responsabilité et mieux rémunérés.

Dans ce cadre, des recommandations ont été faites aux ministres fédéraux, régionaux et communautaires. Il s’agit, entre autres, d’assurer l’autonomie financière individuelle par l’ouverture des droits sociaux individualisés qui assurent une protection sociale suffisante. Il s’agit aussi de permettre un équilibre entre les temps professionnels, personnel, familial et social, sans devoir sacrifier son indépendance.

Force est de constater que les mesures prises par le gouvernement fédéral sont à l’opposé de ces recommandations – mais peut-être avez-vous un autre avis, Monsieur le Député ?

Concernant les sans-abris, des études ont démontré que, lorsque celles-ci sont des femmes, elles adoptent des stratégies de survie identitaire en prenant une posture masculine. Ce besoin de se rendre invisible démontre les dangers supplémentaires auxquels les femmes sont exposées lorsqu’elles vivent dans la rue.

Comme le souligne la psychologue française Karine Boinot, qui a consacré une thèse au sujet : «Leur manière d’occuper l’espace traduit bien les rapports sociaux de sexe existants. Elles se font discrètes lorsque cela est possible.

Moins visible, leur situation apparaît donc moins spectaculaire. Cette invisibilité donne souvent l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de femmes en errance. (…) Or, elles représentent selon plusieurs études 25 % des personnes sans abri ».

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas compétente pour venir directement en aide aux personnes sans-abri, mais elle dispose de leviers pour agir sur certains phénomènes dont elles sont victimes. C’est le cas, par exemple, des violences sexuelles, dont les femmes sans-abri peuvent être victimes. À cet égard, je ne détaillerai ni les mesures prévues par le plan intrafrancophone de lutte contre les violences ni les projets dans ce domaine.

J’ai déjà eu l’occasion de les présenter récemment devant cette commission. En conclusion, je vous cite un communiqué de presse que plusieurs associations et coupoles de femmes ont présenté récemment : « Les femmes représentent la moitié de la population, soit une personne sur deux, mais elles représentent aussi la moitié dérisoire sur laquelle pèse une bonne partie des mesures d’austérité.

Car si nous avons pu croire un moment que les femmes étaient juste les victimes collatérales d’une politique d’économies généralisées, force est de constater qu’elles sont bel et bien des cibles de choix ».

M. Yves Evrard (MR).

– Madame la Ministre, je partage votre constat et je suis également d’accord avec vous sur les grandes orientations à prendre. Mais vous vous contentez d’exposer des généralités.

Je suis en revanche intéressé par les actions concrètes qui peuvent être prises, sur le terrain, pour aider ce public précarisé qui fait figure de cible. Je pense, et vous l’aurez remarqué dans la plupart de mes interventions, que c’est une erreur de désigner le gouvernement fédéral et les mesures d’austérité pour se disculper de toute action ou de toute initiative.

Le débat mérite d’être lancé. Il faudrait, au niveau fédéral, recentrer les réels besoins sur les personnes qui en nécessitent le plus. Il est établi que des abus existent dans les systèmes mis en place depuis des années. À un certain moment, il faut prendre une série de responsabilités.

J’aurais souhaité qu’il y ait plus de concret même si je sais, nous l’avons souvent répété, que, dans le cas qui nous occupe, le rôle de la Fédération Wallonie-Bruxelles est limité.

CRIc No 90-Ens prom13 (2016-2017)




Source : http://parlement.wallonie.be