Campagnes-chocs de sensibilisation.
06 juin 2017

1.6 Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée « Campagnes-chocs de sensibilisation ».

M. Yves Evrard (MR).

– Madame la Ministre, le Groupe d’action qui dénonce le manque de places pour personnes handicapées de grande dépendance (GAMP) revendique, pour les handicapés, la même place et les mêmes droits que n’importe quel citoyen.

C’est évidemment une position élémentaire et fondamentale. Cette association a choisi d’interpeller la société et les pouvoirs, notamment politiques, par des campagnes-chocs de sensibilisation, un ton direct et souvent provocateur.

Cette façon de communiquer a d’ailleurs souvent valu des reproches à cet organisme, soit pour le ton polémique employé, soit pour des images jugées trop crues. Ce choix délibéré de l’association vise à choquer, à démystifier et à marquer les esprits dans le but de provoquer une réflexion et de faire évoluer les mentalités.

On peut dire que l’objectif est atteint parce qu’on en parle ! De son côté, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Wallonie et la COCOF ont adopté la même logique, par exemple, dans le spot TV de sensibilisation à la violence psychologique dans le couple intitulée « Fred et Marie ».

Madame la Ministre, la provocation est-elle, à vos yeux, devenue obligatoire pour forcer la société à réfléchir et à s’interroger, voire pour forcer le monde politique à réagir ?

En effet, celui-ci est régulièrement interpellé, parfois sur un ton polémique. Jusqu’où peut-on aller dans la provocation ? Quel est l’impact de ce type de campagne et quelle est son efficacité ?

Comment la Fédération Wallonie-Bruxelles, parfois décriée pour la manière dont elle réalise ses campagnes de communication, travaille-t-elle ?

Le ministère assure-t-il la gestion totale de ces campagnes ou y a-t-il des appels à projets ? Y a-t-il un droit de regard ? De quelle manière la coordination s’organise-t-elle ? Depuis votre entrée en fonction, comment et sur la base de quelle méthode les campagnes de sensibilisation menées par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont-elles évaluées ?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– La sensibilisation et la prévention font partie intégrante de l’ADN de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Notre institution est fondamentalement attachée à l’émancipation des personnes, et ce à travers l’ensemble de ses compétences.

Afin de garantir cette émancipation, le vivre ensemble dans notre société, mais aussi d’informer la population des différents services mis en place par le gouvernement, des campagnes sont régulièrement menées. Concernant l’élaboration de ces campagnes, je tiens tout d’abord à préciser trois éléments qui peuvent sembler aller de soi, mais qui ont toute leur importance : tout d’abord, une campagne n’est pas l’autre, ensuite, un sujet traité n’est pas l’autre et, enfin, un public ciblé n’est pas l’autre.

En fonction des sujets et des publics visés, le choix de traitement et les supports envisagés sont évidemment distincts. Au regard de ces considérations, chaque campagne entamée au sein de mes départements est envisagée et construite différemment, avec toutefois un dénominateur commun : la consultation d’experts et d’acteurs de terrain.

La mise en œuvre des campagnes est toujours effectuée dans le respect des règles relatives aux marchés publics, avec mise en concurrence des prestataires. Des comités de pilotage sont généralement mis en place.

Ceux-ci suivent l’intégralité du processus et définissent les choix stratégiques. Quant à l’efficacité, comme vous le savez, il n’est pas toujours simple de mesurer l’impact des campagnes sur l’évolution des mentalités.

Nous veillons toutefois systématiquement à prévoir un maximum d’indicateurs d’évaluation pour chaque campagne menée. À titre d’exemple, nous mesurons statistiquement la fréquentation des sites internet créés et demandons des évaluations aux agences de communication lorsque nous avons recours à leurs services.

D’autres indicateurs, comme le nombre d’appels supplémentaires de la ligne d’écoute consacrée aux violences conjugales, nous livrent également des résultats souvent encourageants qui nous permettent d’affiner les campagnes, notamment quant à leur diffusion dans le temps. Il n’y a donc pas une seule méthode, une seule tonalité, mais bien différentes possibilités en ce qui concerne les campagnes de sensibilisation.

Tout en respectant la réglementation et la législation relative aux marchés publics, la méthode qui m’importe est celle qui colle le plus à la réalité de terrain et donc celle qui répond le mieux aux attentes et aux besoins de la population.

M. Yves Evrard (MR).

– À travers cette question, je voulais attirer votre attention sur la tendance actuelle qui consiste, pour sensibiliser, à créer le buzz, à aller toujours plus loin et à utiliser des images toujours plus fortes.

Le risque est qu’à force d’utiliser de telles techniques, on en arrive à banaliser le phénomène.

Vous avez un rôle à jouer dans ce domaine. J’entends bien que vous êtes attentive aux campagnes qui concernent votre département, mais il me paraît utile que vous ayez une forme de droit de regard sur les campagnes de vos collègues, car des dérapages se produisent parfois.

Je pense notamment à une récente campagne publicitaire sexiste.

À cet égard, votre rôle d’arbitre pourrait permettre d’éviter certaines erreurs de communication qui produisent l’effet contraire de celui recherché.

CRIc No 108-Ens prom16 (2016-2017) ( 9 )




Source : http://parlement.wallonie.be