Égalité des sexes dans les médias.
06 juin 2017

1.5 Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée « Égalité des sexes dans les médias ».

M. Yves Evrard (MR).

– Bien que la situation évolue, la parité hommes-femmes reste toujours difficile à atteindre dans bien des domaines.

C’est également vrai dans le secteur des médias. L’exemple de la RTBF est parlant : en 2015, son personnel comportait 37 % de femmes, son comité de direction et son conseil d’administration en comptaient respectivement 22 % et 38 %.

D’autres entreprises de média, comme la VRT, ont choisi une autre voie : elles imposent un quota d’hommes et de femmes dans leur contrat de gestion. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel s’est montré favorable à cette initiative.

La RTBF ne veut pas y recourir. Elle préfère miser sur la formation de son personnel du service des ressources humaines à la diversité inclusive et à l’égalité. Est-ce suffisant ?

Le bilan actuel nous montre que sans incitants, l’équilibre est rarement atteint. Madame la Ministre, quelle est votre position sur l’imposition d’un quota pour favoriser une parité hommes-femmes ?

Est-ce, selon vous, un moyen indispensable pour faire évoluer les chiffres d’inclusion des femmes ou au contraire est-il préférable de miser sur d’autres leviers pour changer les mentalités ? Quels seraient alors ces leviers ?

Comme vous l’avez indiqué lorsque nous avons parlé de la plateforme « Expertalia » : les femmes sont généralement sous-représentées dans les médias audiovisuels et dans la presse écrite, particulièrement en Fédération Wallonie Bruxelles, et les chiffres peinent à évoluer.

Votre intention était, conjointement avec le ministre Marcourt, de faire évoluer cette plateforme en étendant ses missions. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Vos échanges ont-ils permis des avancées concrètes en termes d’actions et de budget ?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Les différents baromètres « média » commandés par le gouvernement ces dernières années montrent que, de manière générale, les femmes sont sous-représentées dans les médias audiovisuels et dans la presse écrite en Fédération Wallonie-Bruxelles.

C’est pourquoi, avec M. Marcourt, nous avons décidé de renouveler et de revaloriser la convention avec l’Association des journalistes professionnels. Outre le financement de la base de données « Expertalia » et son suivi, nous soutiendrons également la réalisation d’une étude sur le journalisme au féminin.

Son but est de poser un diagnostic sur les obstacles rencontrés par les femmes journalistes dans leur carrière et de formuler des recommandations concrètes en la matière.

Pour ce qui est de la présence des femmes sur les ondes, la RTBF radio possède cinq chaînes radio qui comptent plusieurs dizaines d’animatrices, comme animatrice principale ou chroniqueuse de différentes émissions.

Sur les ondes de « La Première » et de « Vivacité », si l’on tient compte de l’ensemble des temps d’émission, à savoir de 6h00 à 20h00 en semaine et les weekends, des décrochages de «Vivacité » et des journaux parlés, les chiffres sont les suivants.

En avril 2017, sur « La Première », pas moins de trois animatrices principales d’émissions en semaine et sept le week-end sont été à l’antenne. À ceci, il faut ajouter tous les journaux parlés de « La Première », qui sont émissions à part entière et qui sont tous présentés par quatre femmes, sans exception.

Quatorze voix féminines figurent donc dans la grille hebdomadaire de « La Première », sans compter les nombreuses chroniqueuses présentes sur les ondes, notamment dans des émissions telles que « Entrez sans frapper » ou « C’est presque sérieux ».

Il faut également constater que ces chiffres sont globalement constants d’année en année, variant entre treize animatrices en 2010 et 2014 et quinze, en 2011 et 2013. Seule 2012, qui comptait dix-huit voix féminines, a fait exception.

Sur « Vivacité », le constat est le suivant : en 2017, il y a treize animatrices et journalistes principales, contre onze en 2012. Pour le reste, je n’ai pas connaissance d’études scientifiques ayant fait état de préférences des auditeurs pour des voix masculines ou féminines.

En réalité, je pense que chaque voix humaine est unique et qu’il y a autant de voix que d’individus. La dichotomie entre les voix masculines et féminines est, à mon avis, une construction intellectuelle.

En fait, chaque voix est le résultat d’une alchimie entre l’éducation, l’intonation, le débit, le phrasé, le rythme, la hauteur, le placement, l’intensité et la présence. Enfin, sans être une partisane dogmatique des quotas, j’estime que cette stratégie a démontré son efficacité, tant dans le secteur privé que dans le secteur public, notamment en politique.

Dans le domaine de la presse, je tiens néanmoins à insister sur le fait que si la représentation des familles est certes nécessaire, le fond et la nature des messages véhiculés par les médias sont tout aussi importants. Je vous renvoie à cet égard aux dernières recommandations publiées par Alter Égales à ce sujet qui allaient bien au-delà de la question des quotas.

M. Yves Evrard (MR).

– Madame la Ministre, on n’est jamais aussi bien servi que par soimême !

J’entends bien votre position sur les quotas. Vous travaillez avec le ministre Marcourt. Mais le champ d’action et la structure sont clairement identifiés ; si la parité artificielle ne fonctionne pas toujours et si, en politique, il est extrêmement difficile de trouver des femmes motivées et désireuses de s’investir, les disparités actuelles sont injustifiées.

Vous pouvez réellement influer sur cet équilibre sans attendre le blanc-seing de M. Marcourt.

CRIc No 108-Ens prom16 (2016-2017) ( 8 )




Source : http://parlement.wallonie.be