Le rachat de l'entreprise Ogeda.
02 mai 2017

QUESTION ORALE DE M. EVRARD A M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE L'INNOVATION ET DU NUMÉRIQUE, SUR « LE RACHAT DE L’ENTREPRISE WALLONNE OGEDA »

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, on le sait, la Wallonie renferme sur son territoire un vivier de sociétés porteuses d’innovations dans le domaine de la technologie. La première étape est toujours la question de l'amorçage et notamment la suite qui consiste à développer des projets industriels qui nécessitent souvent des capitaux importants que les entreprises trouvent soit via des levées de fonds, soit via une entrée en Bourse.

C'est ainsi que Biotech Wallonie Ogeda, basée à Gosselies, vient de se distinguer en mettant au point un nouveau médicament : le Fezolinetant. Pour permettre le développement de cette innovation, la PME a besoin de partenaires – c'est assez logique – afin de finaliser les derniers essais cliniques, la production et la commercialisation du produit.

On vient d'apprendre, notamment il y a quelques jours, que l'entreprise vient d'être rachetée par un groupe japonais, en l'occurrence Astellas Pharma, pour une somme qui fait rêver puisque le montant avoisine les 800 millions d’euros.

C'est en tout cas un témoignage de la qualité des biotechs wallonnes et de leur attractivité notamment en ce qui concerne les sociétés étrangères. Cette opération permet naturellement de dégager un certain profit, notamment pour la SRIW même si, aspect plutôt négatif ou inquiétant de la chose, l'activité sur le site ne serait pas garantie par la société japonaise au-delà d’une année.

Monsieur le Ministre, quelle est votre analyse de ce scénario ? Combien la SRIW a-t-elle reçu pour le rachat de ses parts ? Quelle est finalement votre stratégie pour permettre aux entreprises de se développer à leur niveau de maturité, tout en évitant qu'elles ne quittent la Wallonie au moment de l'industrialisation même si l'on sait que dans certains cas, c'est inévitable, voire même souhaitable ?

Et dans le dossier que je viens de citer, quelles sont finalement les garanties que vous avez pu négocier, notamment dans la revente des participations wallonnes ?

- La parole est à M. le Ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

- Monsieur le Député, il faut d'abord souligner la performance et la reconnaissance de la qualité de la recherche dans notre Région. Euroscreen – Ogeda maintenant – a été fondée en 1994, c'est-à-dire il y a près de 23 ans.

Cette longue maturation est le résultat de toute une équipe emmenée par M. Jean-Combe Albert, le CEO français qui a repris les rênes d'Euroscreen en 2006.

C'est aussi le résultat de tout un environnement favorable et d'une participation significative dans deux projets du pôle de compétitivité BioWin en 2007 et d'une participation ininterrompue au pôle BioWin depuis le lancement du plan Marshall.

L'événement déclencheur de cette opération de rachat de la molécule réduisant les effets de la ménopause et la publication des résultats favorables d'un essai clinique en phase 2A. Une phase 2A sert à déterminer la posologie optimale du produit en termes d'efficacité et de tolérance sur une population limitée et homogène de patient – 80 dans le cas d'Ogeda.

Ces résultats présentaient suffisamment d'efficacité pour intéresser directement un acteur mondial du médicament. Ce n'est, en effet, qu'après une phase 2A et 2B généralement, qu'une phase 3 est réalisée sur une population de plusieurs milliers de patients pour comparer l'efficacité du médicament candidat avec un produit existant ou un placebo.

Les essais de la phase 3 nécessitent des moyens extrêmement importants et qui dépassaient probablement largement, dans une indication de traitement mondial, les moyens disponibles d'Ogeda et de ses partenaires. En effet, Astellas, qui vient de réaliser l'opération de rachat, est à la vingtième place dans le classement des entreprises pharmaceutiques.

Pour fixer les idées, Astellas réalise un chiffre d'affaires en 2015 de 10 937 000 000 de dollars et investit la même année, 1 900 000 000 de dollars dans des activités de recherches. Pour se donner un ordre de grandeur, GSK est classé huitième et réalise un chiffre d'affaires de 27 milliards de dollars.

UCB est classé trente-quatrième avec un chiffre d'affaires 3,7 milliards de dollars. Une seule molécule a donc séduit un acteur du top 20 des pharmas. On peut encore dire qu'Ogeda entretenait des relations commerciales avec les plus grandes entreprises pharmaceutiques au monde, comme Pfizer, Novartis, Johnson & Johnson ou encore Solvay.

C'est à partir de 2012 que la SRIW est intervenue au capital d'Ogeda avec plusieurs autres partenaires financiers. La participation de la SRIW dans Ogeda est de l'ordre de 15 %, ce qui sur les 500 premiers millions d'euros payés directement représente 75 millions d'euros et 37,5 millions d'euros sur le solde des 300 millions lorsque les milestones prévus dans le contrat de vente auront été atteints.

Je ne connais pas les clauses particulières à ce contrat confidentiel, par ailleurs toujours lié à certaines conditions, comme l'indiquait le communiqué de presse annonçant l'opération. Sans certitude, la période de 12 mois serait à considérer comme un minimum. Toute prévision pour le futur ne serait à ce jour que spéculation. Voici quelques éléments de réflexion.

En ce qui concerne la quarantaine de personnes employées par Ogeda, il faut notamment considérer les hautes qualifications qu'elles ont accumulé et qui, quelle que soit l'issue de cette transaction, sont largement valorisables dans un secteur en pleine expansion depuis le lancement du plan Marshall et du pôle de compétitivité BioWin.

Cette équipe bénéficie, grâce à ce deal, d'une réputation d'excellence qui dépasse largement nos frontières. À ce titre, un article de presse paru la semaine dernière mentionnait qu'un chercheur sur cinq dans le secteur pharma en Belgique était d'origine étrangère. L'auteur expliquait le phénomène par la présence d'acteurs internationaux importants, mais aussi en raison de la qualité de l'enseignement et de la recherche, ainsi qu'un écosystème favorable au développement de projets.

En ce qui concerne les plus-values réalisées, il y a peu de doute que les revenus générés par les actionnaires d'Ogeda pourront faciliter les financements futurs de sociétés biotech, d'une part, parce que certains actionnaires vont progressivement réinvestir tout ou une partie de leurs plus-values et d'autre part, parce que la démonstration magistrale a été faite, qu'un investissement dans les biotechs chez nous peut s'avérer significativement rentable.

Le développement endogène par Ogeda seule aurait été quasi impossible. De plus, l'avance prise par Ogeda se serait réduite par la concurrence de sociétés plus matures qui développent elles aussi des produits dans le même domaine. Ce qui maintenant est un excellent résultat aurait pu rester à l'état de résultat sans jamais se transformer en un médicament sur le marché. D'autres PME pourraient-elles suivre la même voie ?

Cela dépend de plusieurs éléments dont principalement le type de traitement qui fait l'objet de recherches et, le cas échéant, de résultats favorables. La surface d'un réseau commercial à mettre en place pour distribuer une molécule est gigantesque. On parlait, en 2012, d'un coût de plus de 1,5 milliard de dollars. Ogeda avait-elle accès à des ressources financières qui lui permettaient de réaliser l'opération jusqu'au bout ?

Nous pouvons convenir qu'en l'état et vu les caractéristiques de l'entreprise, la réponse doit être négative. Est-ce une fatalité ? Je pense que, là aussi, on peut répondre de manière négative. Cette réussite et les moyens qui en découlent doivent nous permettre d'affirmer le rôle structurant du plan Marshall qui a pour objectif de soutenir des entreprises de la recherche à la production et de soutenir nos entreprises dans des discussions avec les multinationales pour établir des contrats de partenariats.

Cette formidable réussite ne doit cependant pas masquer les efforts continus et les autres résultats des autres entreprises petites et grandes. C'est, en effet, l'an dernier qu'UCB a annoncé la commercialisation du Briviact, un antiépileptique de nouvelle génération entièrement développé au départ de Braine-L'Alleud.

Il y a d'autres réussites : IBA qui est maintenant l'idéomètre mondial de la protonthérapie et qui s'est développée dans une niche technologique particulière et n'a pas eu besoin d'avoir recours à d'autres multinationales pour développer son activité. IBA a dû faire preuve de la qualité de son traitement.

Ici aussi, c'est sur la base de projets de recherche financés dans le cadre des pôles de compétitivité qu'IBA a mis au point le Protheus One qui fait son succès commercial aujourd'hui. On peut parler des entreprises de la thérapie cellulaire : Prométéra, Baun thérapeutique, Siliact, Novadip dont les mises au point sont bien évidemment liées à l'excellence de la recherche, mais également à des méthodes et du savoir-faire dans la production de solutions thérapeutiques.

Ce serait oublier Itheos, Oncodénéa, Imsise : autant de réussites des pôles de compétitivité dans des domaines précurseurs liés à l'immunothérapie du cancer. Autant de PME capables de réussir dans des niches liées à d'autres canaux de distribution que la pharmacie classique. Nos outils financiers sont très attentifs au soutien qu'ils peuvent apporter au développement de ces entreprises que ce soit dans le financement de la recherche, l'aide à la mise en bourse.

Ils assurent une participation active dans les conseils d'administration auxquels ils sont représentés et les intérêts de la Région sont toujours leur préoccupation principale.

Il va de soi que les règles de financement de la recherche doivent respecter les règles européennes et nous devons être encore plus attentifs au renforcement et à la mise en place de capacités de production comme cela est le cas pour Mitra notamment. Je tiens à dire aussi que le rachat peut être une source de développement.

Pour ne prendre qu'un seul exemple, Eurogintec, qui a été racheté par Caneca, a aujourd'hui des projets de développement qui me semblent assez prometteurs.

- La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse exhaustive. On ne peut que se réjouir de cette success-story wallonne. Vous l'avez dit, il y a beaucoup d'entreprises qui s'inscrivent dans cette lignée.

Cela ne doit pas non plus économiser le fait de bien analyser le secteur, de voir pourquoi d'autres entreprises ne parviennent pas à être aussi performantes même si l'on sait qu'il y a le caractère toujours très aléatoire de la recherche.

J'espère, vous me l'avez confirmé et sous-entendu, que les 75 millions resteront dans le domaine pour permettre d'aider d'autres entreprises. Quant au maintien de l'activité sur le site, j'imagine aussi et j'espère que vos services seront attentifs pour la maintenir tant que faire se peut.

Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que l'expertise des personnes qui constituent la société est un élément important et je ne m'inquiète pas de leur avenir.

P.W.- C.R.I.C. N° 163 (2016-2017) - Mardi 2 mai 2017 14




Source : http://parlement.wallonie.be