Les inquiétudes du secteur de la construction.
30 mai 2017

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE L'INNOVATION ET DU NUMÉRIQUE, SUR « LES INQUIÉTUDES DU SECTEUR DE LA CONSTRUCTION ».

- L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « les inquiétudes du secteur de la construction ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, là aussi, ce sont des inquiétudes qui sont ciblées, puisque l’on a vu que le secteur de la construction évoluait de manière favorable en 2016 : plus 8,6 % au niveau belge.

Par contre, et c’est là que l’inquiétude est ciblée, on constate qu’en Wallonie, les chiffres parlent d’un recul de 20 % en un an du nombre de permis de bâtir pour les logements neufs.

Une nouvelle fois, la confédération de la construction marque toute son inquiétude.

Elle évoque, à nouveau, les facteurs qui seraient responsables de cette situation, notamment le coût du foncier, les difficultés d’obtention de prêts auprès des banques, les difficultés administratives – espérons que le nouveau CoDT va permettre de répondre à ces problèmes administratifs – mais aussi, notamment, les modifications par la Région wallonne du bonus logement.

Monsieur le Ministre, face à ces chiffres, la confédération de la construction vous a-t-elle fait part de ces inquiétudes ?

Avez-vous, à nouveau, entamé des discussions avec ce secteur, vous et éventuellement vos collègues en charge de matières notamment fiscales pour aborder conjointement la problématique ?

Quelles sont les pistes dégagées pour que la Wallonie améliore son bilan, notamment par rapport à la Flandre ?

- La parole est à M. le ministre Marcourt.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

- Monsieur le Député, je vais évidemment répondre à la question, même si elle est transversale et elle concerne plusieurs autres ministres : M. Di Antonio pour ce qui concerne l’aménagement du territoire, M. Dermagne pour ce qui concerne le logement.

Je sors d’un conseil communal hier soir où nous avions deux très gros projets immobiliers de plusieurs centaines d’appartements et de maisons sur des sites de la Ville, ce qui prouve qu’il y a une dynamique, mais ne nions pas que le secteur de la construction souffre à plusieurs titres. Vous avez évoqué l’augmentation du foncier.

Il est évident que lorsque l’on regarde l’augmentation du prix des immeubles de ces 30 dernières années, la différence entre le coût d'acquisition d’un immeuble et l’évolution des salaires, il y a un décrochage aux dépens de salaires, puisque que ce soit le foncier, ou les immeubles bâtis, ils ont vu la croissance beaucoup plus forte que l’augmentation des revenus de nos concitoyens.

Il y a évidemment là la capture par les propriétaires, soit de terrains, soit d’immeubles, de l’avantage donné à nos concitoyens sur les faibles taux d’intérêt. On voit bien que cela participe à un problème économique relativement important sur lequel, il faut travailler pour permettre le développement de constructions.

Vous avez abordé la question du bonus logement. La réduction d’impôts historique a effectivement été remplacée par un nouveau dispositif. Je crois qu’il faut néanmoins rappeler que les objectifs sont : - soutenir davantage les familles, dont les familles monoparentales ; - aider davantage les bas et moyens revenus.

En effet, l'aide peut aller du simple ou double entre les plus faibles et les plus hauts revenus ; - individualiser les droits, l'avantage est octroyé à l'individu et non plus pour l'unité logement ; - mettre fin aux effets d'aubaine.

L'idée est véritablement de booster la possibilité de l'accès à la propriété pour tous. Je crois donc qu’il est possible qu’il y ait eu un effet de ciseau entre les deux régimes, mais je crois que ce nouveau régime répondra particulièrement à nos concitoyens.

Vous avez aussi abordé la difficulté d'obtenir un crédit. Vous savez que le Gouvernement fédéral entend encore restreindre ces éléments. Nous savons aussi que le fait d’investir repose et sur des critères objectifs, tels que la capacité, et des critères subjectifs qui est le climat. Nous devons tous travailler à ce climat.

Personnellement, nous devons aussi, je crois, augmenter l’offre de logements locatifs. Là, il y a peut- être une réflexion à avoir. Si nous prenons la Belgique où la propriété individuelle est mise fortement en évidence, en Allemagne, nous constatons que la location bénéficie de soutien également et est un facteur de mobilité, bien évidemment, contrairement à la propriété.

Je crois que c’est une réflexion sur les éléments, sur la difficulté d’obtenir des financements. Il faut se rendre compte que les règles de Solvency 2 pour les banques, augmentent, et c’est très paradoxal, rendent plus difficile pour les banques de faire du financement à long terme qu’avant et donc nécessitent des fonds propres renforcés pour réaliser ces éléments.

Je crois qu’un dialogue a déjà été entamé par mes collègues avec le secteur de la construction. Personnellement, je reprendrai contact parce qu’au-delà du dumping social dont ils sont victimes, et je me réjouis que la Commission européenne ait rangé au placard la carte d’identité électronique dans le cadre du paquet service.

Nous savons aussi que le secteur de la construction souffre de la concurrence déloyale venue de pays extérieurs au nôtre.

- La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

- Là aussi, effectivement, il y a des paramètres sur lesquels on n’a quasi aucun pouvoir d’influence. Il est très difficile à l’échelle nationale de changer la donne sur le foncier. C’est pareil au niveau des banques, vous en avez rappelé les règles.

Quand on observe le delta qui est pratiquement de 28,6 %, si c’est moins 20 % en Wallonie et plus 8,6 % au niveau belge. Je crois qu'il y a quand même là un écart colossal. J'entends encore le discours sur l'état de la Wallonie du ministre-président où on faisait des comparaisons.

Ce delta est réellement inquiétant. Cela veut dire qu'il y a sans doute des paramètres qui sont mieux maîtrisés, ou en tout cas des initiatives qui sont plus salutaires au niveau de la Flandre.

Je crois qu'on doit s'en inspirer et identifier évidemment, dans un contexte qui est délicat, les leviers sur lesquels on peut réellement agir.

Je pense notamment aux agences immobilières sociales ou d'autres types qui permettraient de relancer la construction de logements, dans le cadre du logement locatif. Je peux vous rejoindre également à ce niveau.

P.W.- C.R.A.C. N° 193 (2016-2017) - Mardi 30 mai 2017 10




Source : http://parlement.wallonie.be