Le retour des grandes enseignes dans les centres-villes.
23 janvier 2018

Question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, sur « le retour des grandes enseignes vers les centres-villes »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, on le sait, depuis de nombreuses années, les centres-villes se désertifient au niveau de l'offre commerciale, et ce, au profit des grands centres commerciaux qui sont souvent installés en périphérie.

Heureusement, serais-je tenté de dire, une tendance est en train de se confirmer depuis quelque temps où l'on voit notamment que quelques grandes enseignes proposent de réintégrer les centres des grandes villes en y implantant des surfaces commerciales plus réduites que généralement ce que l'on appelle les gros « big box stores » que l'on trouve en périphérie.

Ces enseignes misent sur une offre plus urbaine de produits spécifiques destinés au public ciblé des centres-villes ainsi que sur l’opportunité actuelle d’un point de vente en ligne et/ou de retrait de commandes. Ce créneau particulier est développé en réponse à l’évolution de l’e-commerce et des habitudes de consommation des clients.

On sait aussi qu'au niveau de la Région wallonne, de multiples initiatives, de multiples tentatives existent pour essayer de défendre les commerces de proximité. Vous avez d'ailleurs rappelé votre volonté de revoir le mécanisme d'indemnisation en cas de travaux publics. On sait aussi qu'il existe d'autres outils comme les mesures en faveur des pop-up stores ou encore le plan Creashop qui vise à soutenir celles et ceux qui veulent investir dans les centres-villes.

Confirmez-vous cette tendance des grandes enseignes à vouloir se réapproprier les centres-villes ?

Quel est votre avis ? Comment appréhendez-vous cette initiative de certains grands groupes ? Y voyez-vous une forme de concurrence au cœur même des centres-villes par rapport aux plus petits artisans ?

Je vous remercie pour votre réponse.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation. - Monsieur le Député, les analyses statistiques et cartographiques de la Direction des Implantation Commerciales à la DGO6 démontrent la mise en place d'une régulation des implantations commerciales sur le territoire wallon depuis l'entrée en vigueur du décret du 5 février relatif aux implantations commerciales.

Néanmoins, à l'heure actuelle, il est trop tôt pour constater sur base de statistiques un retour des grandes enseignes en centres-villes. Par contre, nous pouvons relayer les propos des auteurs de projets constatant qu'il leur est de plus en plus compliqué d'obtenir un permis en périphérie pour des projets parfois peu réfléchis et ne tenant pas compte de la protection de l'environnement urbain, du consommateur, de la mobilité durable, du maintien du commerce et du commerce de proximité dans les centres-villes. Cette constatation pourrait les encourager à développer des projets tenant compte de l'importance des centres-villes.

Il y a là une responsabilité qui n'est pas uniquement la responsabilité de la Région wallonne, mais aussi la responsabilité des communes et des bourgmestres. Quand je dis qu'il s'agit d'une tendance plutôt positive, je vais donner un exemple qui va à contre-courant : dans l'arrondissement de Liège, à Soumagne, le collège communal a encore autorisé un méga centre commercial en périphérie. Cela ne va pas régler le problème du commerce de proximité, le problème de mobilité sur une route nationale. Il y a encore des collèges communaux qui ne mesurent pas cette importance dans la décision de refuser de grands complexes commerciaux en périphérie.

Autre élément de réponse, un retour de grandes enseignes en forme de superette est certainement bénéfique pour la revitalisation des centres-villes car ce type de magasins est complémentaire des commerces de proximité qui regroupent les commerces de détail situés dans le voisinage des lieux de résidence des consommateurs et dans lesquels ces derniers se rendent fréquemment, voire quotidiennement. On sent aussi que c'est une demande d'un public parfois plus âgé, plus précarisé, ne disposant pas de moyens de locomotion. C'est donc un élément important.

Je tiens également à vous informer que nous analysons avec le ministre compétent pour l'aménagement du territoire, mon collègue M. le Ministre Di Antonio, le décret du 5 février 2015 qui est arrivé dans une phase finale. Nous réalisons un examen approfondi des constats de forces et de faiblesses afin d'améliorer les objectifs du décret.

Enfin, vous l'avez dit, nous mettons en place des dispositifs qui peuvent soutenir le commerce de proximité et encourager aussi l'apparition de nouveaux commerces en centres-villes : commerces éphémères, plan Créashop, indemnisation pour travaux.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, je vous remercie pour cette réponse. Effectivement que, si cette tendance se confirme, il appartient aux pouvoirs publics tant wallons que locaux de saisir la balle au bond. Je pense que vous pourriez solliciter – je ne sais pas si cela doit se faire au niveau du CESW ou à un autre niveau – la possibilité d'étudier cette tendance de manière à identifier les facteurs favorables ou qui permettent à ces grandes enseignes de réintégrer les centres-villes.

J'imagine que la taille des immeubles ou des endroits doit être malgré tout suffisante pour proposer une offre attractive. La question des parkings et du stationnement est évidemment importante et je pense qu'il faut approfondir cette question pour faire en sorte que l'on puisse retrouver une certaine forme d'attractivité dans les grands centres urbains qui, à mon sens, sera complémentaire à tout le travail développé par nos artisans et par les commerces de plus petite taille.




Source : http://parlement.wallonie.be