Campagne contre les insultes sexistes via les sociétés de transport
17 avril 2018

Question de M. Yves Evrard à Mm e Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Campagne contre les insultes sexistes via les sociétés de transport»

M. Yves Evrard (MR).

– Une nouvelle campagne contre les insultes sexistes vient d’être lancée dans 25 gares SNCB, 550 emplacements de la STIB et 220 emplacements des TEC. Il s’agit d’une initiative de l’ASBL Touche pas à ma pote.

Cette campagne a bénéficié du soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles à hauteur de 20000 euros.

Vous l’avez sans doute remarqué, Madame la Ministre, la campagne actuelle utilise à nouveau des affiches particulièrement agressives, l’intention étant de traduire ce que les femmes subissent régulièrement.

J’ai été réellement interpellé par ces affiches et par ce type de communication, et cela d’autant plus que j’avais encore en mémoire certains de vos propos relatifs à d’autres campagnes: «En fonction des sujets et des publics visés, le choix de traitement et les supports envisagés sont évidemment distincts. Au regard de ces considérations, chaque campagne entamée au sein de mes départements est envisagée et construite différemment, avec toutefois un dénominateur commun: la consultation d’experts et d’acteurs de terrain». Ces propos étaient très sages.

Dans le cadre de cette campagne, dans quelle mesure avez-vous été associée à cette démarche?

Avez-vous eu un droit de regard sur cette communication? Estimez-vous ce côté provocateur nécessaire? Avez-vous le sentiment que cette campagne fait mouche auprès des catégories de personnes visées? Je suis conscient qu’il faut marquer les esprits et «faire le buzz».

Toutefois, à force de rechercher systématiquement cet objectif dans toutes les campagnes, ne risque-t-on pas de banaliser une forme d’agressivité et finalement d’obtenir l’effet inverse de celui escompté?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Le harcèlement dans l’espace public est un phénomène important. Plusieurs enquêtes internationales ont mis en évidence son ampleur et sa gravité. Selon une étude récente menée par Vie féminine, 98 % des jeunes femmes déclarent avoir été l’objet de sexisme dans l’espace public. Cependant, malgré ce nombre considérable, seuls 3 % de ces femmes portent plainte.

La campagne «Sale chienne», menée par l’ASBL Touche pas à ma pote, s’inscrit dans le cadre du Plan intrafrancophone de lutte contre les violences sexistes et intrafamiliales et entend lutter contre la banalisation du harcèlement des femmes dans l’espace public, tout en donnant une visibilité à la loi contre le sexisme. En effet, vous aurez remarqué qu’au-delà du visuel, il est également fait référence à la loi contre le sexisme. Elle répond aussi aux recommandations de 2017 formulées par Alter Égales, qui a consacré son année au droit à l’intégrité physique et psychique.

Concernant la communication utilisée, les trois affiches que vous qualifiez d’agressives reprennent simplement trois insultes dont les femmes sont régulièrement victimes dans l’espace public, à savoir «sale chienne», «gros thon» et «petite cochonne». Ces insultes sont le reflet de la violence verbale qui peut être subie par les femmes dans l’espace public.

Pour répondre encore plus précisément à votre question, mon cabinet a effectivement eu un droit de regard sur les messages proposés par l’ASBL qui porte la campagne. Je tiens en effet à préciser que celle-ci n’est pas une initiative de mon cabinet, mais que nous apportons un soutien à l’ASBL Touche pas à ma pote. Le ton de la campagne entend refléter ce que la plupart des femmes vivent au quotidien. Il s’agit d’une violence qui est tout sauf banale et qu’il est nécessaire de dénoncer et d’éradiquer. Il s’agit bien d’un choix de communication et j’imagine que l’ASBL aura à cœur, comme à son habitude, d’évaluer cette campagne et d’effectuer une analyse d’impact.

M. Yves Evrard (MR)

– Nous sommes d’accord sur le constat, Madame la Ministre.

Quant aux moyens, un choix a été posé. À titre individuel, je peux comprendre l’objectif vis-à-vis d’un public adulte, capable de comprendre le second degré et d’être interpellé par l’ambiguïté de cette campagne illustrée par une affiche agressive.

Je me demande toutefois si ce choix est judicieux pour les lieux publics. Il n’est pas question de magazines ni de supports destinés à un public adulte, mais de la rue. Je m’interroge sur l’effet de cette campagne sur des enfants qui lisent les mots «sale chienne» sans forcément comprendre le second degré ou qui ne savent pas que de telles violences sont encore beaucoup trop fréquentes de nos jours. Je voulais attirer votre attention sur cet aspect.

CRIc No85-Ens prom12 (2017-2018)




Source : http://parlement.wallonie.be