L'évolution de l'galité des genres à travers l'index européen
20 mars 2018

Question écrite n°340

Échéance au 15 mars 2018

Posée par

Monsieur Evrard

Objet : Evolution de l’égalité des genres à travers l’index européen

L'index européen de l'égalité de genre (Gender Equality Index) a édité son rapport 2017 (sur base des chiffres de 2015) pour les 28 états membres.

Dans bien des domaines, l'égalité de genre progresse : c'est le cas dans le domaine de l'emploi, des ressources financières ou encore de la santé. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Cependant, le facteur temps semble lui régresser. L’index précise en effet que les femmes continuent à consacrer plus de temps que les hommes aux tâches domestiques. Pire, l'égalité à ce niveau a tendance à régresser, et ce particulièrement en Belgique. Ce constat est confirmé par les chiffres de l’IWEPS.

L'Institut pour l'Egalité des Chances abonde également dans le même sens, sans pour autant trouver d'explications à ce phénomène. Selon lui, le risque est toutefois réel de voir cet échec de la révolution ménagère se répercuter sur l'évolution des autres critères d'égalité car il maintient les femmes dans des emplois plus précaires, moins bien payés.

Madame la Ministre,

Avez-vous pris connaissance des résultats de cet index européen ?

Rejoignez-vous l’avis de l’Institut pour l’égalité des Chances quant au risque potentiel de voir ce facteur temps influencer négativement l’évolution de l’égalité des genres dans les autres domaines ?

Quel est selon vous l’importance de cet impact ?

Quels sont les facteurs qui expliquent que la Belgique est particulièrement concernée par cette régression ?

Comment la Fédération Wallonie Bruxelles pourrait-elle appréhender cette problématique ?

Des actions conjointes reliant les différents niveaux de pouvoir sont-elles envisagées/geables ?

Réponse de la Ministre Simonis

Monsieur le Député,

L’Index européen de l’égalité de Genre 2017, réalisé par l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE) sur base des chiffres de 2015 montre une légère amélioration sur les 10 dernières années.

La Belgique obtient un score global de 70,5%, dépassant très légèrement la moyenne européenne, chiffrée à 66,2%. Malgré cette mince progression, la Belgique recule tout de même dans le classement global passant de la 5ème à la 7ème place par rapport au classement de 2015 réalisé sur base des chiffres de 2012. Le principal motif en cause étant le peu d’investissement des hommes dans les tâches domestiques.

C’est en effet le facteur « temps », passant de 74,3 pour les chiffres de 2005 à 65,3 pour les chiffres de 2015 qui fait reculer la Belgique dans ce classement, alors que les autres indicateurs pris en comptent stagnent voire progressent légèrement.

En 2018, en Belgique, force est donc de constater que l’égalité femmes-hommes n’est pas encore une réalité, dans la sphère privée certainement - la différence de temps consacrée aux tâches domestiques est un exemple -, mais dans d’autres domaines également. Je le constate au quotidien dans mon travail, en tant que Ministre des Droits des femmes et je rejoins de ce fait entièrement l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes quant à l’influence négative que peut avoir ce facteur « temps » sur les autres domaines.

Dans une perspective d’articulation vie privée – vie professionnelle, la première répercussion de ce facteur se fait inévitablement sur la carrière des femmes. La majorité des temps partiels, des congés parentaux ou de certains congés thématiques comme le congé permettant de s’occuper d’un proche malade étant pris par des femmes.

Ces différences de carrière ont bien évidemment un impact sur leur salaire, avec souvent des emplois précaires et par la suite des pensions inférieures à celles de leurs confrères.

Si certaines mesures structurelles peuvent être prises pour pallier à ces inégalités comme par exemple la création de structures d’accueil pour la petite enfance, il reste primordial de travailler sur le changement des mentalités pour faire progresser les rapports de genre.

Pour y parvenir, il est primordial que toutes les actrices et tous les acteurs de la société y travaillent ! Les femmes comme les hommes, les mondes associatifs et éducatifs comme le politique et ce, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, où le gouvernement est compétent en matière de prévention et sensibilisation, plusieurs politiques sont menées pour plus d’égalité. Ces dernières ciblent pour partie les jeunes, tant au sein des écoles que dans les mouvements de jeunesse. A titre d’exemples, on peut citer les projets suivant actuellement en cours d’élaboration :

  • Le projet « mixité dans le secteur de la jeunesse ». Ce projet doit permettre de sensibiliser les animateur-rices, coordinateur-rices aux questions de mixité filles-garçons et de créer des outils à destination de l’ensemble des professionnels de la jeunesse pour encourager des activités plus mixtes. Les résultats sont attendus pour cette année ;
  • L’opération « Girls day boys day » qui vise à sensibiliser les jeunes sur leurs choix de carrières et professions et à déconstruire notamment les stéréotypes hommes-femmes sur certains métiers et certaines filières qui va bientôt démarrer son édition 2018 ;
  • Le module « égalité filles-garçons » qui sera dévoilé en mai et qui permettra entre autres aux enseignants et futurs enseignants d’intégrer la dimension de genre dans leurs cours.

A côté de ces mesures, d’autres actions de sensibilisation sont également menées pour impulser un changement de mentalité. La dernière en date est la campagne encourageant les hommes à s’engager en faveur de l’égalité hommes-femmes en devenant de véritables « Supporters de l’égalité hommes-femmes » que j’ai initiée en marge du 8 mars.

Cette campagne, dont la majorité des actions figurent sur le site www.supportersdelegalite.be, vise non seulement à conscientiser les hommes aux inégalités persistantes entre hommes et femmes mais leur propose également quelques changements concrets à adopter pour devenir des « supporters de l’égalité au quotidien », comme par exemple :

  • Prendre son congé de paternité, qui n’est actuellement pas obligatoire ;
  • Participer de façon plus équitable aux tâches ménagères ;
  • Prendre et partager son congé parental ;
  • Encourager une éducation sans stéréotypes sexistes pour les enfants, en laissant par exemple ces derniers découvrir les loisirs et les sports qu’ils affectionnent ;
  • Ou encore agir face à des situations de sexisme ou de harcèlement.

Au-delà des mesures politiques indispensables à la concrétisation de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, il est en effet indispensable de mobiliser chacun dans son quotidien.




Source : http://parlement.wallonie.be