L'étude commandée dans le cadre de la gestion forestière
26 février 2018

de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région, sur « l’étude réalisée dans le cadre de la gestion forestière »

M. le Président. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région, sur « l’étude réalisée dans le cadre de la gestion forestière ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, vous vous souviendrez que nous avons, au sein même de cette assemblée, décidé et voté à l’unanimité une proposition de résolution en 2016 qui visait notamment à réaliser différents projets. Parmi ceux-ci, figurait notamment l’analyse de l’impact économique de la sylviculture « Pro Silva ». Vous avez confié cette étude à l'ULg-Gembloux AgroBioTech et l'UCL.

C’est vrai que par rapport au vote de cette proposition de résolution, on a quelque peu tardé pour mettre en œuvre cette étude puisque l’engagement visait à la réaliser dans les six mois. Peu importe. Vous avez très gentiment pu me transmettre les résultats de cette étude ou, en tout cas, une note de synthèse. Je dois bien avouer, Monsieur le Ministre, que ces résultats et la lecture de ce compte rendu me laissent assez dubitatif, voire perplexe notamment sur les éléments qui y sont développés.

L’étude se limite à un inventaire de la situation existante. Il n’y avait pas besoin de travailler beaucoup pour faire le point sur la question. C’est une étude qui pose plus de questions qu’elle n’en résout, même si je ne remets pas, évidemment, en cause la qualité et les compétences des auteurs qui ont été chargés de l’effectuer.

Ce qui est également frappant de cette étude, c’est que les auteurs sont incapables d’évaluer l’impact de la mise en œuvre de cette sylviculture « Pro Silva » alors que – nous en avions eu un bref aperçu lors des auditions – des cabinets ou des bureaux privés parviennent, eux, à faire un travail de fond, chiffré qui, certes, comportent toute une série de zones d’ombres – j’en conviens bien –, mais en tout cas qui ont le mérite d’essayer d’approcher au mieux la réalité de cette gestion « Pro Silva ».

On ne retrouve pas non plus d’arguments positifs dans le document. On retrouve même des éléments qui sont interpellants, voire inquiétants puisque en ce qui concerne les forêts communales, on peut lire que tout va notamment dépendre du pouvoir de persuasion du DNF à inciter les communes à s’orienter vers ce type de gestion, alors que – je le répète – on est tout à fait incapable de dire ou on va avec ce mode de gestion. De manière un peu caricaturale, on peut dire que l'on ne sait pas trop où l'on va ; on va peut-être dans le mur, si l'on écoute en tout cas la vision notamment du secteur privé et de la filière mais on y va quand même et puis, on voit ce qui se passe.

Vous savez comme moi, Monsieur le Ministre, que lorsque l'on met en place un tel dispositif, notamment de forêt mélangée, il est totalement, voire quasiment impossible de faire marche arrière si ce n'est au risque de perdre tout son capital bois ; ce n'est évidemment pas ce que souhaitent les gestionnaires forestiers.

Monsieur le Ministre, je voulais donc faire le point avec vous sur cette étude.

Quel est votre avis par rapport au travail effectué ?

Vous conforte-t-il dans votre volonté de poursuivre l'application de la circulaire 27.18 qui invite et qui oblige à mettre en place des dispositifs de type Pro Silva ?

Enfin, souhaitez-vous faire part de cette étude aux représentants communaux qui sont évidemment concernés dans le premier chef par rapport à cette étude et notamment aux différents responsables des organismes en charge de la gestion forestière ?

J'entends bien également, dans le travail qui a été effectué, qu'il y a une volonté d'aller encore plus loin mais cela prendra des années. Tant que l'on n'a pas des résultats probants un tant soit peu réalistes, il est imprudent de se lancer les yeux fermés dans cette direction sans en mesurer parfaitement les conséquences.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Collin.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région. - Monsieur le Député, les résultats de l'étude confiée à l'Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech et à l'Université catholique de Louvain sur l'impact économique de Pro Silva ne me paraissent pas a priori remettre en cause la philosophie de la circulaire 27.18 relative aux mesures sylvicoles.

Vous l'avez signalé, j'ai veillé à vous faire parvenir le texte de l'étude, je suis vraiment à disposition pour répercuter toute question, toute demande d'approfondissement, voire même toute objection par rapport aux conclusions de cette étude parce que j'estime qu'il faut assurer à ce type d'analyse le plus possible un caractère relativement contradictoire.

Par rapport aux pouvoirs locaux, bien entendu que c'est dans la mission de l'administration, les responsables locaux de la gestion sylvicole doivent informer les mandataires des meilleurs choix et des options les plus judicieuses et devront notamment aussi informer de l'application locale des conclusions de cette étude.

Quoi qu'il en soit, en vous redisant ma disponibilité pour tout approfondissement, mon administration a de ma part comme consigne d'être le plus possible fidèle à l'article premier du Code forestier qui prévoit la promotion d'une futaie mélangée et d'âges multiples.

Des changements globaux doivent nous inciter à choisir la solution la plus résiliente et la plus adaptée au niveau de l'incertitude du contexte dans lequel se situera la forêt pour la suite du siècle en cours.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse. J'entends dans votre réponse évidemment toute la nuance et la prudence qui vous caractérisent mais il n'en reste pas moins que, quelque part – et c'est bien là le problème – on est bien d'accord sur le fait que cette méthode présente un intérêt dans des situations bien particulières. Ce qui me dérange, depuis que j'ai eu l'occasion de vous interpeller sur cette matière, c'est finalement quelque part le dogmatisme qui se dégage de l'avis de certains qui sont non seulement incapables d'amener des éléments probants, chiffrés, sur l'évolution future au regard d'avis privés ; vous vous souvenez que l'on a entendu notamment quelques représentants du secteur privé qui ont fait des analyses ; j'en ai une ici qui est parfaitement chiffrée. C'est cela qui est dérangeant dans le mécanisme.

Quand on dit qu'il va falloir, même si l'on ne sait pas où l'on va, convaincre absolument que c'est dans cette direction-là qu'il faut aller, c'est là que cela me pose problème. Cela démontre en tout cas, à travers les différents travaux que nous avons menés, qu'il est urgent de se pencher sur cette question et d'évaluer en tout cas, de manière très précise, les surfaces aujourd'hui affectées à ce type de production.

Je suis convaincu que la plupart des bourgmestres ou les collèges communaux l'ignorent totalement. Or, les conséquences pour l'avenir peuvent être importantes et, malheureusement, dans la mauvaise direction, si l'on en croit d'autres avis.

J'entends donc votre ouverture, Monsieur le Ministre, mais il nous appartient d'être extrêmement vigilants et nous pencher plus en avant sur cette question et sur la manière dont on souhaite communiquer tant aux propriétaires publics que privés la manière la plus opportune de produire demain au niveau de nos surfaces boisées.

RAC PW 26/02/2018




Source : http://parlement.wallonie.be