Le déficit de culture entrepreneuriale en wallonie
06 février 2018

Question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, sur « le déficit de culture entrepreneuriale en Wallonie »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, c’est en fait une question qui aurait pu être jointe aux questions de ce début de séance parce que j’ai entendu dans vos réponses déjà des éléments qui correspondent à la question que je voulais vous poser.

Ma question a trait à une étude qui a été menée par la société de consultance Ernst & Young et qui montre, une nouvelle fois, malheureusement, que l’esprit d’entreprendre fait encore parfois défaut en Wallonie. Certains de nos entrepreneurs manquent encore d’ambition. Ce constat est partagé en grande partie par le patronat wallon et a forcément des répercussions sur la création d’emplois.

Dans cette étude, 16 % des chefs d’entreprises considèrent que la responsabilité en incombe à l’actionnariat, jugé trop timide, tandis que 12 % imputent la responsabilité au management. D'autres éléments comme le coût du travail, la fiscalité et la pénurie de talents expliquent également cette situation.

Enfin, l’étude remet également en cause l’aspect culturel wallon, qui ne favorise pas l’entrepreneuriat, l’innovation ou la croissance. C’est là, à mes yeux, un élément important sur lequel il faut travailler. Cette étude semble aussi confirmer le besoin d’une réforme et d’une meilleure clarté dans les aides à l’emploi notamment.

Monsieur le Ministre, comment analysez-vous les résultats de cette enquête ? Que pouvons-nous mettre en place pour tenter de stimuler l’actionnariat dont ont besoin nos entreprises ? Finalement, c’est une question qui est liée à la question précédente que je vous ai posée. Monsieur le Ministre, comment pouvons-nous aider à une nouvelle vision managériale en Wallonie ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation. - Monsieur le Député, en effet, j’ai abordé l’une ou l’autre question, notamment par rapport à l’extension du mécanisme fast track. Je ne vais pas y revenir. Mais, Monsieur Evrard, vous avez raison.

Ernst & Young a diffusé une analyse intitulée « Quelles clés pour stimuler la croissance des pépites wallonnes ? », cette étude faisant principalement ressortir une réticence wallonne à la croissance du point de vue des entrepreneurs existants. Je l’ai expliqué tout à l’heure, il est vrai que nos entreprises, nos PME sont, pour différentes raisons, parfois trop petites, ont peur de croître, ont peur de grandir, se tournent trop peu vers l’extérieur, avec des exportations possibles. C’est un constat qui n’est pas neuf.

Si cette étude a le mérite d'exister, elle aborde toutefois la question de l'esprit d'entreprendre wallon à travers la question de la croissance. Cependant, la même étude indique que « les statistiques indiquent que la dynamique de création d'entreprises est bien en place et que les nouvelles entreprises contribuent à la création d'un emploi sur quatre en Wallonie ». On est là pour la création.

À la lecture de cela, on pourrait rapidement conclure que les nombreuses actions menées par le passé pour soutenir la création de nouvelles activités ont porté leurs fruits, mais je dirais : à quel prix ? En effet, la politique de saupoudrage a amené à créer des incubateurs à tout-va et à rendre le paysage illisible. Aujourd'hui, je travaille à une harmonisation de tous ces écosystèmes afin de rendre cette dynamique de création d'entreprises encore plus efficace. Quand on est dans la création, je pense qu’il est important aussi de pouvoir – et c’était l’objet des premières questions de cette commission – accompagner des entreprises pour croître davantage.

Ce besoin d'une meilleure efficacité est nécessaire, car l'étude d’Ernst & Young ne manque pas de souligner que le taux de survie et de croissance des entreprises est plus faible en Wallonie qu'ailleurs. Dès lors, je vous rassurerai en vous informant que je travaille actuellement à la concrétisation d'un outil de croissance à destination de nos PME afin de leur donner les clés de la croissance et de la pérennité.

J’ajouterai que l’esprit d’entreprendre, c’est aussi à l’école. C’est aussi à l’école que l’on peut le stimuler et j’espère que dans le cadre du Pacte d’excellence, on aura à cœur de mettre en avant davantage cet esprit d’entreprendre.

Par ailleurs, je constate que les jeunes entreprennent plus aujourd’hui. Les jeunes sont créatifs, ils osent, ils prennent des risques, ils ont un rapport par rapport au monde du travail, par rapport à la flexibilité au travail, par rapport à l’entrepreneuriat qui est très différent et très positif. C’est donc un signal positif. Je crois en la jeunesse. Bien souvent, quand je fais des exposés sur l’esprit d’entreprendre, je souligne toujours que je vois qu’il y a beaucoup de jeunes, beaucoup de manifestations. Quand je vois le développement du numérique, l’esprit créatif des jeunes, ils osent vraiment, ils prennent des risques, et donc il faut souligner aussi cela. C’est un constat très positif qu’il faut poser. Il faut les encourager et les soutenir dans leurs projets.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Je me permets de corroborer vos propos par rapport à une étude, un rapport que l’on a élaboré au niveau du Sénat et dont j’ai eu le plaisir d’être rapporteur. C’est un rapport qui se déclinait au travers de 16 recommandations. On a eu notamment l’occasion d’entendre les différents opérateurs économiques, que ce soit l’UNIZO, l’UCM, le Voka ou encore les administrations, par rapport à la manière dont on devait aider les entreprises.

C’est un rapport intéressant, que l’on pourrait parcourir, Monsieur le Président, lors de cette séance, mais, au-delà des recommandations, ce qu’il était intéressant de constater, c’est que les problèmes qui sont rencontrés en Flandre sont exactement identiques à ceux que rencontrent nos entreprises wallonnes, notamment en matière de simplification administrative, en matière de dynamique économique.

Que cela signifie-t-il ? Quand on observe les taux d’activité ou les taux d’emploi, ils sont significativement différents, et l’on sait combien la différence est importante entre le nord et le sud du pays. Derrière ces chiffres, il y a réellement le problème culturel wallon, cette volonté d’entreprendre, à mon avis, qui fait la différence sur le plan administratif, c’était rassurant de constater que, en Flandre ou en Wallonie, la relation avec les opérateurs économiques et les administrations posait, de manière générale, les mêmes problèmes. Je crois qu’il est important de le rappeler.

La culture wallonne doit évoluer vers l’esprit d’entreprendre. J’entends, Monsieur le Ministre, que vous êtes extrêmement attentif à cette question.

Crac PW 06/02/2018




Source : http://parlement.wallonie.be