La faillite de l'entreprise i-movix
06 février 2018

Question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, sur « la faillite de la société IMovix »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, je voulais revenir sur la faillite de la société IMovix, qui est spécialisée dans les ralentis extrêmes. C'est une société qui avait pourtant développé un concept très porteur. Je me souviens notamment qu'elle avait fait le buzz aux Jeux olympiques de Pékin il y a une dizaine d'années, puisqu'elle avait décroché le marché des ralentis. Ces dernières années, elle avait tenté de renforcer sa diversification et ses qualités technologiques en vue de développer ses activités, notamment à l'exportation.

Malheureusement, faute de trouver des investisseurs pour poursuivre l'aventure, cette société, pourtant porteuse en matière de de technicité et d'innovation, a fermé boutique.

En 2014 déjà, des investisseurs publics, notamment l’Invest Mons-Borinage-Centre et WALLIMAGE/SOWALIM, n’avaient pas souhaité réinjecter des fonds dans l’entreprise. Quelles étaient à l’époque les raisons de ce désintérêt de l’investisseur public, puisque l'on peut considérer que c'était une société qui représentait une forme de haute technologie wallonne ?

À travers cet exemple, on peut s'interroger sur la frilosité des invests wallons. De manière plus générale, comment faire pour stimuler l’actionnariat en Wallonie ? Les investisseurs étrangers sont-ils également suffisamment sollicités ?

J'aurais voulu connaître votre avis sur l'attitude de l'AWEx, notamment face à des dossiers de ce type. Est-elle plutôt dans l’attente d’être sollicitée ou a-t-elle une attitude proactive, en allant au-devant de ces entreprises, notamment qui doivent, pour survivre, s'orienter vers l'exportation ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation. - Monsieur le Député, l'invest IMBC et WALLIMAGE a soutenu l'entreprise à ses débuts avec une intervention en capital en 2006 et un prêt en 2009. Ceux-ci sont sortis du capital en 2013, à la demande des fondateurs.

La faillite de cette société innovante est regrettable. C'était une belle histoire, elle était à la pointe de la technologie et, malheureusement, des concurrents se sont imposés sur le marché. Le marché dans lequel cette société évoluait s'est contracté et de gros acteurs ont développé des solutions performantes et, forcément, concurrentes. Il semblerait qu'IMovix ait perdu l'avance technologique qu'elle avait prise, et ce, malgré les efforts importants et continus au niveau de la recherche et du développement, avec le soutien de la Région wallonne.

Il serait complètement erroné de penser que le soutien public a fait défaut dans ce dossier.

I-Movix a bénéficié du soutien des acteurs publics suivants :

  • IMBC ;
  • WALLIMAGE ;
  • SOWALFIN ;
  • NOVALLIA ;
  • SOFINEX ;
  • Fonds de participation fédéral ;
  • DGO6 ;
  • SOGEPA.

Maintenant, il est clair que, dans tout dossier d'entreprise, le dossier est analysé. Que ce soit la SOGEPA qui vient en soutien et en aide aux entreprises en difficulté, que ce soit les invests, cela reste en grande partie de l'argent public, donc le dossier doit être analysé scrupuleusement sur le plan financier, sur le plan de la stratégie, sur le plan de la gouvernance, sur le plan des perspectives de sauvetage ou non. Malheureusement, tous les dossiers ne sont pas acceptés et il y a de bonnes raisons à cela.

En 2017, les difficultés persistaient et plusieurs invests publics ont été contactés, dont certains ont remis un accord, accord toutefois conditionné à une intervention d'un coinvestisseur privé, idéalement avec une expérience dans le secteur du broadcast, ce que l'entreprise n'a pas réussi à trouver. C'est vrai que c'est souvent une condition d'intervention : il faut un coinvestissement privé, que ce soit par rapport à un nouveau dossier ou que ce soit par rapport à un dossier tel que celui-là.

Vous me parliez de l'AWEx. Elle n'a pas été sollicitée pour la recherche d'investisseurs privés. Elle a un rôle de stimulation des exportations, mais elle a le rôle aussi d’accueil des investisseurs étrangers. Ce sont plutôt de grands investisseurs étrangers, de nouveaux projets.

Par contre, dans un dossier comme celui-là, les invests ou la SOGEPA, outre le montage financier du dossier, peuvent aussi, dans leurs contacts et dans leur réseau, solliciter des investisseurs privés.

C'est une belle histoire au début, une concurrence s'est installée. C'est une histoire qui, malheureusement, ne finit pas bien, mais où je pense vraiment que les outils et le soutien public ont été là. C'est de l'argent public, il doit être investi avec des potentialités de développement ou de redéveloppement.

La Région wallonne n'est pas là pour investir dans nécessairement tous les dossiers, qu'elle juge pour de bonnes raisons et qui vont être difficiles pour la suite.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre. Je partage tout à fait votre analyse et je vous remercie pour les réponses.

En effet, on peut comprendre que notamment lorsqu'un invest public met de l'argent, il y a toute une série de conditions, notamment celle de trouver des co-investisseurs privés qui ont la responsabilité et la charge de faire pérenniser l'entreprise.

Simplement, je crois que l'on doit, à travers cette société et cet exemple – vous l'avez dit, l'histoire est malheureuse – tirer des leçons. Il y avait manifestement une ardeur d'avance, qui m'est chère, en tant que Luxembourgeois, en matière technologique. La responsabilité n'incombe pas aux pouvoirs publics, sans doute, dans la manière de gérer les choses ou de conserver cette avance, mais, en tout cas, cela doit nous inciter à la réflexion pour faire en sorte que, demain, lorsque l'on aura de plus petites structures wallonnes, que l'on essaie de réfléchir à comment essayer de pérenniser dans le temps cette longueur d'avance avant de se faire rattraper, comme vous l'avez dit, par des concurrents.

Je vous remercie pour votre réponse.




Source : http://parlement.wallonie.be