Liberté d’importuner.
17 janvier 2018

Question de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Liberté d’importuner».

M . Yves Evrard (MR).

M . Madame la Ministre, cela ne vous a pas échappé, la récente affaire Weinstein a déclenché une vague de réactions dans la population à la suite des scandales de harcèlement sexuel.

Cette affaire a aussi eu des conséquences en Fédération WallonieBruxelles puisque différentes initiatives se sont mises en place. Les internautes et les réseaux sociaux se sont également fortement mobilisés.

Il y a quelques jours, un collectif de célébrités, dont l’actrice Catherine Deneuve, a publié une tribune dans «Le Monde» pour défendre la «liberté d’importuner».

Cette tribune rappelle ainsi que la séduction, voire la drague un peu lourde, ne constituent pas des délits et qu’il faut se montrer raisonnable puisque la séduction fait partie des «saveurs de la vie».

Madame la Ministre, je sais que vous défendez sans limites la cause féminine. Je voulais entendre votre avis sur cette question.

En effet, la frontière est actuellement très ténue entre la sé- duction «classique» voire le harcèlement «non violent» et les faits révélés par l’affaire Weinstein.

Qu’en pensez-vous?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

Il faut sortir par le haut de ce débat en évitant, dans la mesure du possible, les approches clivantes qui joueront finalement au détriment des femmes.

À cet égard, je revendique clairement le droit des hommes et des femmes d’avoir une vie sentimentale et de pratiquer une sexualité la plus libre et la plus épanouie possible.

Cependant, je suis aussi extrêmement attachée à ce droit fondamental pour chacun et chacune de disposer librement de son propre corps. Le consentement constitue donc la pierre angulaire de ce débat.

Lorsqu’une femme est agressée sexuellement, lorsqu’elle est violée, il n’est évidemment pas question de consentement. Elle est victime d’un crime – j’emploie ce mot sciemment.

Dans le même esprit, je n’ai jamais entendu de femmes exprimer le moindre plaisir à subir les assauts d’un «frotteur» dans les transports en commun ou à se faire injurier ou harceler dans l’espace public.

À côté de ces cas assez évidents, il y a l’espace pour la drague et la séduction, à l’initiative des hommes ou des femmes d’ailleurs. Toutefois, de mon point de vue, drague et séduction deviennent du harcèlement dès que s’exprime un rapport de force, dès qu’il y a un refus, quelle que soit sa forme.

Dans les mois à venir, je continuerai à soutenir diverses initiatives allant dans le sens de cette approche, avec une attention toute particulière pour les jeunes que je voudrais sensibiliser au fait qu’on ne peut, de mon point de vue, éprouver de plaisir que dans le cadre d’une relation respectueuse et librement consentie.

M . Yves Evrard (MR).

Le déferlement médiatique autour de ces affaires et le rôle important joué par les réseaux sociaux, qui amplifient le phénomène et renforcent les extrêmes, montrent qu’il est utile de rappeler certaines règles.

Toutes les formes de violence doivent être systématiquement condamnées. Il ne faut cependant pas non plus – c’était l’un des éléments que l’on retrouvait dans la tribune qui a été publiée – faire le jeu de certaines philosophies sectaires, voire de certaines convictions religieuses, qui entravent la liberté sexuelle.

Je crois qu’il faut trouver le juste équilibre. Je vous rejoins quant à la nécessité de sensibiliser particulièrement les jeunes qui sont parfois en perte complète de repères face aux outils du web.

( 33 ) CRI No8 (2017-2018)




Source : http://parlement.wallonie.be