L'implantation de grandes entreprises en Wallonie
10 janvier 2018

QUESTION D'ACTUALITÉ DE M. EVRARD À M. JEHOLET, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'INDUSTRIE, DE LA RECHERCHE, DE L'INNOVATION, DU NUMÉRIQUE, DE L'EMPLOI ET DE LA FORMATION, SUR « L’IMPLANTATION DE GRANDES ENTREPRISES EN WALLONIE »

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR).

Monsieur le Ministre, souvenezvous, en septembre dernier, j'avais l'occasion de vous interroger sur le Grand Duché de Luxembourg qui n'avait pas la capacité au niveau des terrains d’accueillir une grande entreprise, notamment un géant de l'informatique américain.

J'avais attiré d'ailleurs votre attention sur les nombreuses possibilités qui existaient en Province de Luxembourg, particulièrement dans une commune qui m'est chère, je pense au zoning d'Ardennes Logistics qui contient 75 hectares totalement équipés, bimodaux et qui attendent des investisseurs depuis 20 ans.

Vous vous étiez voulu rassurant. Vous m'aviez expliqué que l'AWEx était attentive à toutes les opportunités et communiquait évidemment tous les atouts wallons à l'ensemble des investisseurs. Vous conviendrez avec moi que, au regard des différentes déclarations que l'on a pu lire dans la presse, notamment le manque de terrain de superficie de 10 à 15 hectares, on est réellement en droit de s'interroger.

C'est vraiment interpellant. Effectivement, si la situation est relativement particulière ou peut-être plus tendue en région liégeoise, vous conviendrez avec moi que la Wallonie ne se résume pas à la principauté, même si je sais qu'elle vous est chère.

Je voulais faire le point avec vous sur cette question. J'aurais voulu aussi avoir votre avis sur la manière dont les informations, par rapport à des candidats investisseurs potentiels, sont transmises entre les différentes antennes de l'AWEx.

En résumé, je voulais savoir si, pour vous, la Wallonie est sold out à l'égard des investisseurs ou s'il reste aujourd'hui des possibilités pour permettre à notre territoire de se développer au mieux.

Je vous remercie.

La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation.

Je suis tout à fait en phase avec ce que M. Di Antonio vient de dire par rapport à la disposition des terrains. Il est vrai qu'on ne gère plus les zonings d'activités économiques comme on gérait, il y a 20 ou 30 ans.

Il a donné un exemple, ce sont les normes d'emploi à l'hectare, entre 15 et 25 emplois à l'hectare. On peut donc aussi se poser des questions par rapport à un investisseur demandant 100 hectares pour créer 100 emplois.

Deuxièmement, il y a toute une série de normes aussi, notamment des normes environnementales mais aussi avec nos intercommunales de développement économique qui ont des projets, des projets d'assainissement mais aussi de revitalisation de sites urbains abandonnés.

C'est le cas notamment à Liège ou, c'est vrai, il y a peut-être une raréfaction de terrains mais de beaux projets aussi de revitalisation de sites urbains. Deuxième élément, par rapport à l'AWEx, l'incident est clos ; j'ai été très clair, hier, ce n'est pas acceptable d'une Agence de l'investissement de s'exprimer de cette façon-là.

Cela a été très clair. La directive a été donnée, c'est un mauvais signal, c'est contre-productif par rapport à l'économie wallonne, par rapport à l'attrait et l'attractivité des investisseurs potentiels en Wallonie.

L'incident est clos mais, en tout cas, je peux vous dire que j'ai souhaité marquer le coup et de rappeler aussi les agents de l'Agence à une certaine réserve par rapport à la communication extérieure. On est là, avant tout, pour attirer les investisseurs et pas pour les repousser.

Autre élément aussi par rapport aux investisseurs. Le 14 décembre dernier, une note au Gouvernement est passée avec quatre investisseurs pour un montant de près de 550 millions d'euros d'investissements en Wallonie, avec des primes à l'investissement de 35 millions d'euros et 925 emplois créés en Wallonie.

Voilà évidemment la preuve que la Wallonie est intéressante et que les investisseurs sont là. Enfin, par rapport à l'investisseur, le terrain souhaité n'est pas le seul critère.

Il y a toute une série d'autres critères évidemment qui interviennent par rapport aux infrastructures dont on dispose : les aéroports régionaux, le port autonome et bien d'autres structures et infrastructures en Région wallonne mais aussi des avantages par rapport à l'investissement, le climat social mais aussi de l'attractivité fiscale du pays et notre Région.

C'est toute une série aussi d'éléments et d'indicateurs importants pour les investisseurs potentiels. Donc, oui, la Wallonie est attractive pour les investisseurs étrangers potentiels mais aussi pour que l'on crée, pour que l'on continue à créer de l'activité et des emplois en Wallonie.

La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR).

Je remercie les deux ministres pour leurs réponses. J'entends bien qu'il s'agit d'un cas relativement particulier puisqu'on parle d'une superficie de 100 hectares et ce n'est pas courant.

Ce qui est plus inquiétant, en tout cas dans les propos que l'on a pu lire à travers différents articles de presse, c'est que l'AWEx semble généraliser sa position et relate des cas plus classiques ou des entreprises recherchent des surfaces de 10 à 15 hectares.

Monsieur le Ministre, j'entends bien que vous nous dites que l'incident est clos. Je compte sur vous pour qu'en interne, vous puissiez éclairer au mieux les positions qui ont fait qu'en matière de communication, comme vous l'avez d'ailleurs très justement souligné en commission hier, c'est désastreux.

Je voudrais aussi attirer votre attention sur la volonté que chaque antenne de l'AWEx ne plaide pas pour sa région ou son territoire proche.

Vous savez comme moi qu'à l'échelle de la planète, la Wallonie est un confetti et que les synergies doivent être totales entre les différentes antennes de manière à optimaliser notre capacité d'accueil à l'endroit des investisseurs potentiels.

La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation.

D'abord, ne nous trompons pas, c'est clair que tout investisseur qui souhaite des superficies au-delà de 20, 25 ou 30 hectares n'aura pas nécessairement en Wallonie l'emplacement idéal.

Ce n'est pas ce que je dis, soyons clairs. Par contre, rappelons que nous avons en Wallonie des hectares mobilisables rapidement et en nombre par rapport à la Flandre, par exemple, ou il n'y en a plus. Il faut être clair par rapport à cela.

N'y a-t-il pas une raréfaction des terrains par rapport à il y a 20 ou 25 ans ? Si, il y a une raréfaction des terrains. Et on doit justement optimaliser ces terrains-là.

Quand j'entends : « Il faut transformer des terrains agricoles en zone d'activité économique », je ne partage évidemment pas cet atout-là. Comme je l'ai dit, la revitalisation des sites urbains, l'assainissement des sites est aussi un volet important.

Deuxième volet, Monsieur Stoffels, je ne veux pas empêcher des représentants, des responsables d'agence wallonne de s'exprimer. C'est simplement désastreux en termes d'image. L'administratrice générale, avec qui je me suis entretenu longuement hier, partage tout à fait mon analyse.

Elle n'était pas au courant. L'incident est clos, parce que c'est une maladresse de celles et ceux au sein de l'agence qui se sont exprimés par rapport à ce sujet-là. C'est reconnu aujourd'hui. Je n'en fais pas toute une histoire, l'incident est clos.

Mais je ne souhaite pas que ce type de message soit répété, parce qu'il est répété vis-à-vis de la presse, ils peuvent atteindre les investisseurs potentiels en Wallonie.

Je ferai tout pour ne pas empêcher, bloquer ou diminuer l'attrait de la Wallonie pour des investisseurs.

19 – 22 . P.W.- C.R.A. N° 8 (2017-2018) - Mercredi 10 janvier 2018 .




Source : http://parlement.wallonie.be