Campagne contre le harcèlement sexuel de rue lancée par la secrétaire d’État Zuhal Demir.
05 décembre 2017

Interpellation de M. Yves Evrard à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, intitulée «Campagne contre le harcèlement sexuel de rue lancée par la secrétaire d’État Zuhal Demir» (Article 76 du règlement)

  1. Yves Evrard (MR).

Je vais me focaliser sur un des éléments relevés par ma collègue au sujet de la campagne de communication lancée il y a quelques semaines par la secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Zuhal Demir.

Cette campagne, lancée à travers divers spots radio, vidéo, sur les réseaux sociaux et affiches dans les transports en commun, vise à encourager les victimes d’agressions ou d’intimidations sexuelles à dénoncer ces comportements.

En effet, force est de constater que lors d’agressions se produisant dans la rue, l’entourage immédiat d’une victime renonce souvent à intervenir, plus souvent par peur que par indifférence, renforçant ainsi la sensation d’isolement de la victime.

Cette impression d’indifférence de la part des spectateurs est aussi vécue comme une forme de traumatisme supplémentaire.

Madame la Ministre, la Fédération WallonieBruxelles a-t-elle été associée à cette campagne? Dans l’affirmative, comment s’est organisée cette collaboration?

Comment cette problématique de l’entourage des victimes d’agressions sexuelles est-elle appréhendée? Il me semble que cet élé- ment n’a jamais été mis en avant.

D’autres campagnes adoptant cet angle précis de l’entourage direct d’une victime ont-elles déjà été initiées?

Si oui, avec quels résultats?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

Conformément aux engagements pris lors de l’adoption du plan intrafrancophone 2015-2019 de lutte contre les violences sexistes et intrafamiliales, un rapport exhaustif sera soumis au gouvernement en décembre 2017, après deux ans de mise en œuvre.

Je peux déjà vous donner un aperçu des mesures phares réalisées ou en cours de réalisation en Fédération Wallonie-Bruxelles et plus particulièrement celles que vous avez énumérées.

Tout d’abord, les réunions du comité de pilotage du plan intrafrancophone, composé de repré- sentants des administrations et des cabinets ministériels concernés, ont toujours bien lieu chaque mois afin d’assurer la coordination des différentes actions du plan.

Un des objectifs centraux du plan consiste à renforcer la formation initiale et continue des professionnels.

Je me suis attelée à les rendre structurelles. Ainsi, j’ai ré- cemment mis sur pied, dans l’enseignement de promotion sociale, quatre modules de formation spécifiques sur les violences de genre.

Ces modules seront dispensés par six écoles pilotes de l’enseignement de promotion sociale et seront adressés tant aux professionnels de terrain qu’aux étudiants qui désirent renforcer leurs compétences théoriques et pratiques dans ces matières.

Les écoles viennent d’être désignées et le premier cours devrait être donné en janvier 2018. Par ailleurs, un groupe de travail a été mis sur pied, en collaboration avec le ministre Marcourt, afin d’examiner les possibilités de renforcer la formation initiale et continue des étudiants sur ces sujets.

Plusieurs réunions de travail avec des représentants des hautes écoles et des universités ont déjà eu lieu. La réflexion suit son cours.

Enfin, dans le cadre de la refonte du décret relatif à la formation initiale des enseignants, M. Marcourt a souhaité que la dimension du genre soit intégrée à la pédagogie de l’enseignant afin d’assurer un enseignement dépourvu de stéréotypes de ce type.

Bien entendu, le dossier qui sera soumis au gouvernement ne traite pas que de cet aspect. Un groupe de travail réunissant les services d’aide à la jeunesse et les associations de terrain spécialisées a été mis en place pour rédiger un protocole de collaboration sur l’accompagnement des victimes de mariage forcé. Plusieurs réunions ont déjà eu lieu, le dossier suit donc son cours.

Plusieurs campagnes de sensibilisation ont été menées en 2017 en ciblant les victimes de violences conjugales et celles de violences sexuelles.

En collaboration avec la Wallonie et la Commission communautaire française, nous avons établi un plan de rediffusion de la campagne de 2016 intitulée «Le journal de Marie» de manière à avoir une meilleure constance dans la visibilité du numéro vert pour ce type de violences.

Ainsi, la campagne a notamment été visible à diverses pé- riodes de l’année dans les transports en commun bruxellois et wallons. Et les relances à la télévision et à la radio ont été accrues, notamment en cette période symbolique.

Le 24 novembre dernier, à l’occasion du premier anniversaire du lancement de la ligne verte destinée aux victimes de violences sexuelles, nous avons, avec M. Madrane, relancé une campagne pour encourager les victimes à signaler les faits et à se faire accompagner dans les démarches psycho-médicosociales et juridiques en faisant appel à ce nouveau numéro vert, le 0800 90 100.

À titre d’information, un premier bilan montre une augmentation de ses appels de plus de 30 %. En outre, nous avons annoncé une extension prochaine des horaires du numéro vert.

La campagne lancée à l’initiative de la secré- taire d’État Demir s’inscrit également dans la dé- marche nécessaire de mieux faire connaître la loi fédérale tendant à lutter contre le sexisme et à encourager les femmes à signaler les faits dont elles sont couramment victimes.

Les campagnes qui seront menées en 2018 doivent encore faire l’objet de discussions au sein du groupe de pilotage dont j’ai parlé, donc du plan intrafrancophone.

Par ailleurs, je n’ai pas eu de contact particulier avec Mme Demir à ce sujet.

D’une manière générale, j’ai tenu à soutenir davantage les acteurs de terrain dans le domaine de la lutte contre les violences faites aux femmes: 300 000 euros sont consacrés à différentes actions menées dans le cadre d’Alter Égales et en 2018 le montant de l’allocation budgétaire spécifiquement dédié à la politique de soutien aux associations qui travaillent sur les questions de violences envers les femmes a été doublé.

Enfin, nous travaillons à un projet de décret que j’espère déposer dans le courant du premier trimestre 2018.

Je n’ai pas été exhaustive, mais le rapport sera à votre disposition après avoir été examiné par le gouvernement.

  1. Yves Evrard (MR).

L’intérêt de la dé- marche entamée par votre collègue fédérale est de proposer une approche totalement différente. Elle essaie de sensibiliser l’entourage témoin d’une agression et de l’amener à réagir, de telle sorte qu’il y ait une prise de conscience collective.

L’ensemble de votre action – c’est fort utile également – est basée sur l’individu et vise à mettre à sa disposition des outils, à l’inciter à porter plainte, à l’inviter à utiliser le numéro vert, etc. Il y a une quinzaine de jours, je vous ai interrogée sur l’application HandsAway développée en France.

Je pense que la solution passe par l’harmonisation de toutes ces démarches afin d’arriver à cette prise de conscience collective.

Je ne peux que vous suggérer, sur un sujet aussi consensuel, de réunir vos collègues pour évaluer ensemble les bonnes pratiques et collaborer entre vous. Mme la présidente.

CRIc No33-Ens prom5 (2017-2018) ( 9 )




Source : http://parlement.wallonie.be