La formation des jeunes travailleurs en entreprise
06 février 2018

Question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, sur « la formation des jeunes travailleurs au sein des entreprises »

M. le Président. - L'ordre du jour appelle la question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, sur « la formation des jeunes travailleurs au sein des entreprises ».

La parole est à M. Evrard pour poser sa question.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, l'industrie technologique wallonne prévoit la création dans un futur proche d'un nombre important d'emplois. Elle annonce 4 à 5 000 emplois vacants pour cette année, mais pour lesquels il sera compliqué de trouver les bons profils dans les domaines tels que mécaniciens, électromécaniciens, électroniciens. Je n’invente rien, c’est évidemment un constat que tout le monde partage.

À côté des formations classiques, tant dans l’enseignement de plein exercice que dans l’enseignement de promotion sociale, on le sait, la formation en alternance et la formation en entreprise doivent être renforcées.

De plus en plus d’entreprises sont amenées à former en interne leur personnel. Cela demande du temps et de la disponibilité. Vous conviendrez avec moi, Monsieur le Ministre, que ce sont deux ressources particulièrement rares en entreprises. Cela représente également un coût pour elles. Une formation en interne est pourtant la garantie de coller au mieux à la réalité des besoins de l’entreprise et ainsi lui permettre de grandir au fil du temps.

Pouvez-vous nous faire le point sur les dispositifs ou les incitants qui permettent aux entreprises d’opérer ce genre de formations en interne ?

Le personnel plus âgé ou en fin de carrière dispose souvent d’une grande expérience et de connaissances de l’entreprise. N’est-il pas envisageable de renforcer les formes de parrainage ou de tutorat au sein des entreprises ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de la Recherche, de l'Innovation, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation. - Actuellement, quelques dispositifs sont à la disposition des employeurs qui souhaitent former leur personnel en interne : le crédit-adaptation fonctionne pas mal, le volet tutorat du crédit-adaptation et le chèque-formation.

Si l'employeur estime que la personne qu'il souhaiterait engager n'est pas suffisamment formée et qu'une formation complémentaire reste nécessaire, il peut également mobiliser : le PFI ou la formation de chef d'entreprise de l'IFAPME.

Je suis bien conscient que même si ces outils et ces aides existent, il reste difficile à l'entreprise d'en maitriser l'usage, et les formalités administratives sont parfois très lourdes et les délais d'activation très longs. De quoi en décourager plus d'un. C’est clair que l’on a beaucoup d’entrepreneurs, de petites PME qui ne sont pas habituées. Ce sont des tracasseries, ce sont des dossiers qui sont lourds. Au niveau des délais, que ce soit des aides ici en question, mais j’en ai déjà parlé, notamment par rapport à l’aide SESAM, par rapport à l’aide AIRBAG, on est dans des délais qui sont tout à fait inacceptables pour l’entreprise. J’ai lancé des procédures pour résorber ces retards. Cela va aujourd’hui dans le bon sens. On est en train de résorber ces retards.

Conscient de ces limites et des difficultés de plus en plus préoccupantes en matière de recrutement pour les entreprises, je souhaite porter des mesures qui sont en cours d’élaboration aujourd’hui et qui portent sur quatre axes : l’axe de la simplification des dispositifs de financement, l’axe sur la flexibilité des aides pour atteindre une réponse rapide à des besoins en évolution rapide, l’axe du conseil pour guider les entreprises, c’est un enjeu aussi numérique, mais c’est d’avoir un guichet virtuel unique pour guider les entreprises et un axe sur la mobilisation des travailleurs sur les métiers critiques entre autres, via un incitant financier. Si vous voulez, je peux réexpliquer ce que j’ai dit à Mme Baltus-Möres. Il faut encourager les métiers en pénurie à travers des formations dans des métiers en pénurie, un incitant financier au bout de la formation réussie avec à la clé un entretien d’embauche. Il y a un engagement aussi des entreprises à offrir des entretiens d’embauche à celles et ceux qui réussiraient la formation d’un métier en pénurie. Il n’y a pas de secret, je suis, pour le moment, en discussion avec le Fédéral parce que je souhaiterais que cette prime soit exonérée fiscalement, sinon, vous comprenez que cela a des conséquences sur le budget si l’on veut donner un incitant suffisant pour motiver, pour orienter. Si l’on n’a pas d'exonération fiscale, cela veut dire que l’on doit augmenter la prime avec des conséquences sur le plan budgétaire.

Nous travaillons vraiment à ce dispositif. Soyez bien conscients que l’on ne ménage pas nos peines pour travailler sur ces dossiers.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Soyez rassuré, je n’en doute pas une seule seconde. On sait, notamment, que par rapport à la pénurie de certains profils, cela risque, à terme, suite à la reprise économique, de ralentir l’activité économique. Il nous reste peu de temps, je crois que vous en êtes conscient, pour justement mettre en œuvre des mesures telles que vous l’avez évoqué à travers les quatre axes.

Je me permettrais, si vous le souhaitez, rajouter un cinquième axe, qui est vraiment de réfléchir, et notamment dans vos discussions avec le Fédéral, de voir de quelle manière peut-on faire en sorte qu’une personne qui est plus âgée dans l’entreprise, qui a énormément d’expérience dans l’entreprise puisse, à travers différents dispositifs d’aide ou de réduction de charges, consacrer une partie de son temps à former des jeunes d’une vingtaine d’années qui découvrent l’entreprise. Je crois qu’il y là, et notamment dans la dynamique que l’on a évoquée notamment en termes de pension, de pénibilité de certains travaux, il y a peut-être là moyen de réfléchir à une manière d’alléger et de rendre utiles les personnes qui sont en fin de carrière pour que l’entreprise puisse pérenniser ses activités. C'est une piste que je vous soumets, c'est une piste qui mérite, me semble-t-il, réflexion et dont on pourra reparler prochainement si vous le souhaitez.

Crac PW 02/06/2018




Source : http://parlement.wallonie.be