La transformation numérique des entreprises
06 novembre 2018

Question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l’Industrie, de la Recherche, de l’Innovation, du Numérique, de l’Emploi et de la Formation, sur « la transformation numérique des entreprises »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, mon collègue a rappelé l'ensemble des chiffres qui sont assez inquiétants puisque depuis l'année dernière, on constate une très faible évolution - quasi un statu quo - dans la manière dont les PME, les petites entreprises, celles qui comptent moins de 10 employés, dans l'utilisation du numérique. Ainsi, 94  % de ces entreprises n'utilisent pas suffisamment le numérique. On sait que c'est le défi de demain. Elles ont tout intérêt, pour rester compétitives, à s'inscrire dans cette dynamique du numérique.

On ne peut pas dire que rien n'a été fait en la matière puisque toute une série de mesures a été mise en place, notamment pour faire évoluer cette transformation vers le numérique. Je pense aux « chèques entreprises » qui ont été dédiés à la transformation numérique. On peut évidemment les décliner à travers des conseils, un audit ou éventuellement du coaching, forme d'accompagnement au niveau des entreprises. Vous avez aussi développé un volet « formation du personnel » pour compléter l’offre en la matière.

Lors d’une question précédente, Monsieur le Ministre, vous nous avez indiqué que 193 dossiers avaient été traités pour la cybersécurité et la transformation digitale. Pouvez-vous nous donner une proportion des entreprises qui ont plus évolué vers la cybersécurité - ce qui peut paraître a priori plus facile et qui peut donner le sentiment d'avoir un retour très immédiat par rapport à l'investissement des entreprises en la matière - ? Avez-vous une idée du type d'entreprises qui font appel au dispositif existant ?

Quels sont, selon vous, les freins à une meilleure utilisation, par les plus petites entreprises, de ces dispositifs vers l'évolution numérique ? Je voulais avoir, Monsieur le Ministre, votre avis sur la question. Estimez-vous qu'il y a suffisamment de publicité faite en la matière ?

Souhaitez-vous renforcer ou mettre en place de nouveaux leviers ou de nouvelles actions, de manière à renforcer notamment l’efficacité du chèque entreprise digitalisation et permettre ainsi aux entreprises de ne pas rester en marge de cette évolution ?

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l’Industrie, de la Recherche, de l’Innovation, du Numérique, de l’Emploi et de la Formation. - Ce baromètre peut évidemment interpeller, mais je voudrais aussi être rassurant puisque nous sommes dans la moyenne européenne ; nous ne sommes pas les seuls.

Rappelons qu'en Wallonie, on a une stratégie digitale avec des axes prioritaires, des mesures, des actions concrètes que nous menons au quotidien. Cette stratégie est-elle venue peut-être plus tard que certaines autres régions ou certains pays ? Probablement. Le train est là, et il faut aujourd'hui faire en sorte que la transformation numérique s'accélère, que ce soit pour les citoyens, mais bien entendu aussi, pour les entreprises wallonnes et j'ajouterai, pour les administrations wallonnes.

Ce que démontre le baromètre, c'est que nos entreprises ont globalement pris le train du numérique, mais que les plus petites d'entre elles n'en font pas encore un élément stratégique différenciant. Si les efforts consentis les derniers mois portent leurs fruits, j'entends amplifier la dynamique pour aider nos entreprises, non plus à subir le numérique, mais bien à le cultiver et à l'utiliser comme vecteur de croissance.

Si l'on revient sur les chiffres, les 41 % des TPE possédant un site web sont aussi à relativiser. Pourquoi ? Le site web classique n'est plus un élément différenciant pour les petites structures qui préfèrent souvent consacrer leurs efforts à la création et l'animation de pages sur les réseaux sociaux, car cela leur garantit une interaction bien plus grande avec leur clientèle. Il suffit parfois de voir aussi le nombre de sites qui existent, mais qui ne sont pas mis à jour ; c'est bien souvent contre-productif pour les entreprises. Je ne dis pas qu'il ne vaut mieux ne pas avoir un site, mais un site qui n'est pas actualisé, indépendamment de l'attractivité du site, n'est pas nécessairement une bonne chose.

Cette interprétation est corrélée par l'augmentation de 7  % de présence des entreprises sur ces canaux amenant le taux de présence à 47 %. Comme je l'ai dit, si ce chiffre peut paraître inquiétant, il est pourtant dans la moyenne européenne, et la facilité d'accès n'est pas l'élément déterminant pour franchir le pas. Les entreprises ont conscience qu'elles doivent y apporter une solution structurelle et ne pas se contenter d'une simple carte de visite qui aurait un effet contre-productif sur leur présence en ligne.

Je rappelle aussi qu'il y a pas mal de startup qui sont à disposition des entreprises, des petites et moyennes structures qui n'ont pas nécessairement la disponibilité, le savoir-faire pour réussir cette transformation numérique. Beaucoup de startup, de petites entreprises, sont vraiment à la pointe pour aider l'accompagnement des PME dans la transformation numérique.

Concernant les chèques entreprises, nous dénombrons un total de 331 dossiers pour l'ensemble des chèques numériques. J'entends par là des dossiers en cours ou des dossiers achevés.

Plus spécifiquement sur les chèques en transformation numérique, hors cybersécurité et coworking, le pilier « conseil » totalise 141 dossiers répartis comme suit : 24 pour les PME de type « starter », moins de cinq ans, avec un taux d'intervention de la Région wallonne de 75 % ; 69 pour les TPE, moins de 10 employés, avec un taux d'intervention toujours de 75 % pour la Région wallonne ; 48 % pour les PME classiques, avec un taux d'intervention de 50 %.

Quant au pilier « coaching », il s'agit de 55 dossiers dont la ventilation est la suivante : 10 pour les starters, 19 pour les TPE, 26 pour les PME.

Le rôle des relais des fédérations professionnelles est bien identifié dans le cadre de la stratégie Digital Wallonia et les contacts entre elles et l'Agence du numérique, qui en assure la coordination, sont permanents. Certaines de ces fédérations font d'ailleurs très activement, auprès de leurs membres, la promotion régulière des actions et mesures de Digital Wallonia spécifiques à leur secteur. Je vais en citer quelques-unes, notamment pour les chèques entreprises, l'industrie manufacturière, tous les secteurs industriels, via le programme « Made Different Digital Wallonia », le secteur de la construction à travers la Chambre de la construction, mais aussi les chambres locales de la construction, le commerce de détail, les métiers du chiffre à travers des associations professionnelles de comptables notamment, le secteur du transport et de la logistique, le tourisme, l'agriculture et aussi le service aux personnes.

Concrètement, en collaboration avec ces fédérations, 27 séances de présentation des chèques à la transformation numérique ont été assurées depuis mars 2017 auprès d'entreprises, auprès d'indépendants, auprès d'opérateurs de développements économiques.

J'ajoute que, à ma demande, en vue de simplifier l'accès à ce dispositif pour les entreprises, notamment pour les plus petites, qui sont toujours plus victimes des contraintes administratives et autres, un programme de simplification et de promotion du dispositif des chèques entreprise a été entamé par l'administration.

L'accompagnement de nos entrepreneurs et de nos entreprises dans la transformation numérique est un enjeu fondamental pour le développement économique de la Wallonie, nous en sommes tous convaincus. C'est pourquoi, en 2019, le travail de sensibilisation continuera, en partenariat avec les secteurs et les fédérations, alors que les actions spécifiques visant à accélérer la transformation de secteurs clés de l'économie wallonne verront le jour.

J'en citerai deux, mais importantes : l'action « Digital Commerce 2019 » qui vise la sensibilisation, mais aussi la formation aux usages des réseaux sociaux et des applications dédiées aux commerces de détail et les démonstrateurs Construction 4.0 et Industrie 4.0 qui permettront aux PME de ces deux secteurs d'appréhender plus facilement l'enjeu de la digitalisation dans des lieux équipés des toutes dernières technologies spécifiques à leur activité.

Je vous remercie.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre.

La réponse se veut rassurante parce que vous nous dites, finalement, que les entreprises sont dans la moyenne belge. Toutefois, pour faire une comparaison, qui vaut ce qu'elle vaut, j'en conviens, quand vous avez un lapin qui court devant vous, vous tirez une fois à droite, une fois à gauche, en moyenne, en théorie, vous avez tué le lapin, et pourtant il court toujours. Je crois donc que, derrière cette comparaison, il y a quand même une volonté et une possibilité pour nos entreprises belges de se distinguer et de tirer vraiment les entreprises vers le haut en matière de développement numérique. Là, je dois vous avouer que votre réponse est intéressante parce que l'on voit qu'il y a une évolution, il y a un programme de simplification qui est mis en œuvre à l'endroit des plus petites entreprises.

Ce qui était intéressant dans votre réponse, c'est que vous constatez – donc cela traduit aussi une forme de vigilance par rapport à la thématique – que les petites entreprises utilisent d'autres canaux, comme les réseaux sociaux. On peut donc peut-être, derrière cela, se poser la question de savoir si, notamment à l'égard de l'utilisation des chèques d'entreprises, si l'on ne peut pas adapter, dans les formations notamment, l'information qui est transférée vers les entreprises, de voir de quelles manières, par rapport à leurs besoins sur les réseaux sociaux, il n'y a pas là, en matière d'accompagnement et de consultance, des leviers à mettre en œuvre, leviers qui pourraient vraiment les aider concrètement.

Je vous remercie, Monsieur le Ministre.

Crac PW 6 novembre 2018




Source : http://parlement.wallonie.be