La biométhanisation
28 mars 2018

QUESTION D'ACTUALITÉ DE M. EVRARD À M. CRUCKE, MINISTRE DU BUDGET, DES FINANCES, DE L'ÉNERGIE, DU CLIMAT ET DES AÉROPORTS SUR « LA BIOMÉTHANISATION »

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, vous avez sans doute vu comme moi qu'un collectif d'agriculteurs souhaite mettre en place une coopérative avec pour objectif de centraliser la récolte, notamment au niveau de la biomasse et pouvoir ainsi la valoriser à travers notamment des unités de biométhanisation.

C'est une question que j'aurais pu poser à votre collègue, ministre de l'Économie sur le plan de la pertinence d'un tel projet, à M. Di Antonio sur le bilan CO2 d'une telle opération ou encore au ministre de l'Agriculture sur cette volonté des agriculteurs de diversifier leurs activités.

C'est à vous que je pose la question parce que je ne doute pas que vous aurez à cœur de me répondre et ce, d'autant plus que je vous ai notamment remplacé dans le cadre du Comité mixte d'échanges avec le Québec, dont nous revenons avec le président ainsi que quelques parlementaires. Nous avons pu visiter un cluster, Ecotech, qui regroupe des entreprises qui travaillent sur les énergies propres. Je n'ai pas manqué de leur poser la question de la biométhanisation. Le directeur m'a répondu très clairement que si, sur le plan théorique, cela fonctionnait bien, dans les faits, au Québec, aujourd'hui, on peut considérer que c'est une forme d'échec. Quand on regarde ce qui se passe en Allemagne, depuis les années 2000, il y a eu une explosion, notamment des petites unités de biométhanisation. Depuis que le Gouvernement a supprimé les aides en 2015, là aussi, c'est un échec total.

Vous vous êtes déjà exprimé par rapport aux mégaprojets. On ne va pas revenir sur la saga

Greenwatt.

Je voulais savoir, Monsieur le Ministre, par rapport à ce genre d'initiative, quel était selon vous, un modèle intéressant, un modèle défendable, pour autant qu'il le soit. Finalement, doit-on encourager, soutenir ce genre d'initiative ? Est-ce un réel service que l’on rend aux acteurs en la matière ?

M. Crucke, Ministre du Budget, des Finances, de l'Énergie, du Climat et des Aéroports. - Monsieur le Député, merci pour cette question, vraiment d’actualité.

Si je comprends bien, vous avez eu quelques informations au Québec et, de là, vous faites un pont international en parlant de l’Allemagne.

La méthanisation, à savoir le traitement anaérobique de matière organique, n'est, en effet, pas propre à la Wallonie. Toutefois, par rapport aux exemples que vous citez, il y a peut-être un élément sur lequel on doit plus lourdement insister en termes d’intérêt : c’est celui de la proximité et de la valorisation de ce que l’on appelle encore des déchets, des productions agricoles qui sont ensuite des déchets. Je vais y revenir.

Pour faire bref, je pense que ce modèle de proximité est un modèle qui a du sens, même si, aujourd'hui – j'en ai visité quelques-uns –, systématiquement, ils ne sont rentables sur un plan économique que s'il y a ce que l’on appelle les certificats verts, c’est-à-dire que si le consommateur lui-même paie la production, la transformation en biogaz. Je pense donc qu'il faudrait évoluer vers un système pollueur-payeur plutôt que les certificats verts.

Pour cela, il y a deux difficultés qui se posent, liées à ce que l'on appelle les intrants. D'abord, ces intrants ne sont pas reconnus en matière de minéralisation de l'azote, ce qui permet à l'industrie chimique d'avoir une influence pour compenser ou composer avec les intrants.

Ensuite, on a une difficulté en matière de déchets.

On les qualifie de déchets, donc c'est nettement moins valorisant à la vente.

Ce que je propose de faire, en collaboration avec M. Di Antonio, en collaboration avec le ministre de l’Agriculture et le ministre de l’Économie que vous avez cité tout à l’heure aussi, c'est d'avoir un groupe de travail à qui je donnerai deux mois, où toutes les parties intéressées, même les financiers, pourraient être mises autour de la table, pour déterminer quelles sont à la fois les problèmes et les solutions que l’on y apporte. Je crois qu'en deux mois il doit pouvoir nous apporter une solution. J’espère pouvoir mettre ce groupe de travail en place dès le début du mois d’avril, au plus tard au début du mois de mai.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour cette réponse.

Effectivement, je pense qu’il nous appartient d’ouvrir les yeux et de voir ce qu’il se passe ailleurs dans le monde. C'est évidemment l'objectif premier de ces missions. C'est aussi important de voir ce qui se passe chez nos voisins et d’en tirer les conclusions, de bien analyser les situations, de manière à pouvoir éviter chez nous les erreurs que d'autres ont éventuellement commises.

Je comprends bien qu’il y a une obligation européenne à l'horizon 2020. Vous avez annoncé un mix énergétique, notamment dans la programmation 2020-2030. Cela ne doit pas, en tout cas, nous aveugler par rapport aux choix technologiques que l’on doit opérer.

Notamment, je rejoins votre idée de mettre en place un groupe de travail, de manière à évoluer, de façon très sereine, sur l'ensemble des aspects pour déterminer si c’est vers tel type de production d'énergie verte qu'il faut s'orienter éventuellement.

Je vous remercie pour votre réponse. On sera évidemment attentifs à apporter notre soutien à ce groupe de travail.

P.W.- C.R.I. N° 13bis

(2017-2018) – Mercredi 28 mars 2018




Source : http://parlement.wallonie.be