La gestion de la peste porcine avec les pays frontaliers
03 octobre 2018

QUESTION D'ACTUALITÉ DE M. EVRARD À M. COLLIN, MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DE LA NATURE, DE LA FORÊT, DE LA RURALITÉ, DU TOURISME, DU PATRIMOINE ET DÉLÉGUÉ À LA GRANDE RÉGION, SUR

« LA GESTION DE LA PESTE PORCINE AVEC LES PAYS FRONTALIERS»

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, vous avez déjà été longuement interrogé lundi en commission sur la problématique de la peste porcine. Vous savez que c'est une crise à propos de laquelle vous êtes sur le grill depuis quelques semaines. Cela ne va pas se régler du jour au lendemain et chaque jour appelle son lot d'informations.

En l'occurrence, on apprend, par la voix du président de la filière porc française, qu'il y a une réelle volonté de clôturer le territoire qui concerne la frontière entre nos deux pays, entre Florenville et Athus. C'est dire combien les Français sont inquiets, c'est un secteur qui pèse lourd également en France.

Je voulais savoir si vous aviez pris des contacts avec votre homologue français, ce qu'il en était exactement de cette proposition.

Jugez-vous la mesure intelligente étant donné qu'une première évaluation devra se faire dans quelques jours par rapport à toutes les mesures qui ont été prises ?

Vous aviez annoncé votre volonté de clôturer un périmètre restreint : non pas les 63

000 hectares, mais un périmètre restreint. Est-ce utile de faire deux clôtures, dont l'une à la frontière, même si l'on sait que, physiquement, les sangliers peuvent très facilement passer d'un pays à l'autre ?

De manière plus large, avez-vous aussi des contacts avec vos homologues luxembourgeois ?

Puisque je parle de nos pays voisins, avez-vous des informations à nous communiquer par rapport aux exportations, notamment de la filière porc, en regard de cette crise que nous vivons de plein fouet ?

M. Stoffels (PS). - Monsieur le Ministre, une partie des questions a déjà été développée par notre collègue, à savoir que les éleveurs de porcs du côté français sont aussi inquiets, comme les éleveurs de porcs chez nous en Belgique. Ces éleveurs de porcs demandent, en effet, à ériger une clôture entre la frontière française et le périmètre isolé au niveau de la Belgique pour éviter que les sangliers éventuellement atteints de la peste porcine africaine puissent pénétrer le territoire français.

Sur cela, le ministre français de l'Agriculture a rencontré non seulement les éleveurs, mais aussi les chasseurs pour échanger avec eux.

Les questions que je vous adresse sont donc assez similaires à celles que vous a adressées mon collègue.

Avez-vous eu des contacts officiels avec les autorités françaises sur cette question-là notamment ?

Avez-vous un avis particulier par rapport à la question de mettre sur pied une telle clôture entre la Belgique et la France ?

Le deuxième thème que je souhaite également développer est que l'on sait que pas mal de pays ont mis un embargo sur nos exportations de viande porcine. On peut cependant parfois s'étonner des réactions des uns et des autres. Cela un fait un certain nombre d'années que la Belgique continue à importer de la viande porcine et des produits à base de viande porcine de pays où la peste porcine africaine sévit depuis un certain temps.

Quelle est donc votre réaction par rapport à la question de voir nos exportations mises sous embargo, tandis que les importations vers le territoire de la

Belgique, au départ de régions où la peste porcine existe également, continuent à avoir lieu ?

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région.

- Messieurs les députés, on a longuement débattu lundi en commission, donc je vais me limiter aux questions précises qui m’ont été posées cet après-midi.

Il y a eu, d’emblée, des contacts avec les autorités françaises et grand-ducales.

Le 18 septembre, je tenais à Arlon avec le gouverneur une réunion avec les autorités sanitaires, forestières, agricoles et politiques, préfectorales aussi, des quatre départements voisins : Meuse, Ardennes, Moselle et Meurthe-et-Moselle, de même qu’avec les mêmes autorités du Grand-Duché de Luxembourg.

Demain, il y a une réunion au niveau national avec l’AFSCA, et l’administration et les autorités des deux pays voisins. Vendredi, mon administration et mon cabinet seront présents en France à une réunion spécifique consacrée à la gestion de la faune sauvage. Il y a en permanence des échanges d’informations et, de surcroît, entre les chefs vétérinaires des différents pays.

Par rapport à cette idée de clôture, elle a été émise par le président des éleveurs français, qui est un Breton, c’est quelque chose dont on peut imaginer que cela tombe sous le sens quand on est quelque part en Bretagne.

En réalité, si l'on connaît le territoire et si, de manière proche, on suit les choses et l’évolution au quotidien, on se dit que cela n’a pas de sens.

Pourquoi ? On a défini 63 000 hectares – c’est l’Europe qui l’a décidé – dans lesquels on cherche – c’est notre priorité pour éradiquer le virus – à confiner une zone, la plus étroite possible, qui sera constituée d’un polygone de tous les endroits où l’on aura retrouvé des sangliers infectés.

Pour l’instant, on est à 29 sangliers déclarés positifs.

Ils se trouvent tous dans la zone des 63 000 hectares, mais bien plus encore, ils se trouvent dans une zone beaucoup plus restreinte qui est, pour l’instant, de 3138 hectares. On ne va pas commencer à clôturer, a fortiori, sur des bouts de frontières qui ne sont absolument pas concernées, même par la zone des 63 000 hectares ; cela n’a absolument aucun sens.

Je rappelle que la priorité, pour l’instant, est de confiner le virus. Pour ce faire, il faut éviter la dispersion du virus et la dispersion des sangliers. Ce qui explique – même si c’est parfois difficile à comprendre – que l’on ne tue pas, pour l’instant, les sangliers. On doit d’abord geler la zone puis on va éradiquer la totalité des sangliers dans la zone, après avoir isolé la zone, notamment en la clôturant certainement pour une grande partie.

Nos amis français sont au courant de toutes ces démarches menées, de l’évolution, au jour le jour, de l’ensemble de réalisations du plan stratégique adopté.

Ce dernier, nous ne l’avons pas imaginé dans un coin de bureau ; il a été établi avec nos scientifiques de l’administration, de l’AFSCA, avec les vétérinaires et scientifiques des universités qui nous épaulent et avec, surtout, le concours d’experts européens.

J’aurai d’ailleurs l’occasion de revoir des experts les 11 et 12 octobre, de manière à faire le point. Je souhaite le plus vite possible que l’on définisse cette zone, qu’on libère le reste de la forêt, et que l’on rassure nos amis éleveurs en Belgique ou ailleurs.

De surcroît, la décision qui a été prise par M. Ducarme – dont vous savez qu’elle a été prise dans des conditions difficiles et extrêmement douloureuses pour le secteur –, était de nature à protéger l’ensemble des élevages porcins, en Belgique, mais aussi en Europe.

Pour le moment, pas d’effets négatifs au niveau de nos exportations au niveau intraeuropéen ; nous sommes toujours au niveau d’un élevage porcin qui est totalement indemne de peste porcine africaine, même s’il y a quelques difficultés commerciales. J’ai demandé à l’AFSCA de répertorier également l’ensemble des volumes d’importation qui serait encore d’actualité à partir des pays de l’Est.

Je sais que j’ai débordé un peu, mais vous vous rendez compte qu’il s’agit d’une problématique lourde qui est d’un enjeu crucial pour notre Wallonie.

Monsieur le Président, merci de votre compréhension.

M. Evrard (MR).

- Je remercie le ministre pour sa réponse et la manière dont on prend le problème à bras-le-corps. Je le rejoins. Quand on connaît la région, on se rend compte que le territoire de la frontière est très escarpé et difficile d’accès ; c’est un premier élément.

Il est clair que si la France décidait d’installer une clôture, c’est une décision qui lui appartient en pleine autonomie. Ce serait évidemment un signal symbolique, mais qui serait de peu d'effets dans la lutte contre cette crise porcine.

Par ailleurs, Monsieur le Ministre, vous pouvez toujours essayer de les convaincre de cofinancer la clôture qui sera installée pour le périmètre plus restreint.

On ne sait jamais. Plus sérieusement, je vous invite à coordonner un maximum les actions, de manière à les rendre extrêmement efficaces. On sait que c'est l'élément fondamental pour maîtriser cette crise.

Vous n'avez pas répondu, mais vous avez peut-être d'autres éléments par rapport à la situation de nos voisins grand-ducaux. Y a-t-il des inquiétudes ? Eux aussi évoquent-ils toute une série de mesures à prendre en la matière ?

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région.

- Deux ou trois éléments très rapidement que je n'ai pas eu le temps de dire tout à l'heure.

Le Grand-Duché de Luxembourg a pris peu de mesures par rapport à la gestion de la faune sauvage, parce que la chasse démarre seulement le 15 octobre. Il y a peu de territoire de chasse dans cette partie du Grand-Duché, mais il y est très attentif.

Du côté de la France, des mesures ont été prises et elles sont relativement similaires à notre interdiction de chasse, mais, par contre, pas d'interdiction de circulation en forêt sur une zone de 15 kilomètres. Il n'y a, et vous avez bien fait de le souligner, aucune raison d'imaginer qu'un jour la France, quel que soit l'endroit, ne puisse pas être victime de la même «importation» du virus.

Concernant la vérité sur l'origine de celui-ci, c'est une de nos obsessions. Il y a une instruction judiciaire en cours. Nous avons déposé plainte contre X. Vous savez qu'une juge d'instruction a été désignée. Bien entendu, nous sommes très intéressés à savoir si c'est le fait d'un animal qui aurait été légalement importé, puisque chez nous c'est illégal, ce qui n'est pas le cas ailleurs, dans tous les territoires. En France, il y a encore des parcs qui, eux, sont légaux et même des importations qui sont légales. Ou bien, alors, l'intervention de l'homme avec, notamment, des denrées alimentaires ou même un véhicule qui viendrait d'une zone infectée et qui n'aurait pas subi de désinfection.

Par rapport à ces hypothèses, nous sommes très intéressés de connaître la vérité même si, je le répète, pour l'instant, notre urgence à nous, services publics, AFSCA et SPW, c'est vraiment l'éradication du virus.

C'est la priorité économique et aussi pour l'ensemble des utilisateurs de la forêt.

P.W.- C.R.I. N° 3 (2018-2019) – Mercredi 3 octobre 2018




Source : http://parlement.wallonie.be