La gestion Pro Silva en matière forestière
03 octobre 2018

QUESTION D'ACTUALITÉ DE M. EVRARD À M. COLLIN, MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DE LA NATURE, DE LA FORÊT, DE LA RURALITÉ, DU TOURISME, DU PATRIMOINE ET DÉLÉGUÉ À LA GRANDE RÉGION, SUR

« LA GESTION PRO SILVA EN MATIÈRE FORESTIÈRE»

M. Evrard (MR).

- Monsieur le Ministre, il y a quelques jours, le DNF organisait une visite de terrain pour justement faire le point sur les méthodes de gestion Pro Silva.

Je salue évidemment cette initiative et je m'en réjouis, d'autant plus que j'y décèle une évolution des mentalités puisque, même si cette technique de production était considérée comme la panacée par rapport au réchauffement climatique – c'était d'ailleurs une volonté inscrite noir sur blanc à la fois dans le Code forestier, mais aussi à travers différentes circulaires qui ont été éditées, notamment en 2013 –, on voit que cette mentalité évolue puisque le DNF ose aujourd'hui parler d'échec et fait un constat objectif des avantages et des inconvénients de la méthode. Il n'hésite pas à analyser la technique sous l'angle des problèmes que l'on peut éventuellement rencontrer.

C'est d'ailleurs à travers une résolution, que nous avions adoptée à une très large majorité, que les débats nous avaient montré qu'il fallait être extrêmement prudent en la matière. Vous aviez d'ailleurs accepté de commander une étude. Même si cette étude a le mérite d'exister, force était de constater qu'elle était relativement pauvre en matière d'éléments prospectifs.

Au regard des choses qui évoluent positivement, me semble-t-il, de quelle manière souhaitez-vous actualiser les données et faire le point de manière régulière pour faire les bons choix pour les générations futures ?

J'aurais également voulu savoir si vous aviez une idée aujourd'hui, quand le DNF nous dit que le mécanisme, le processus, est réversible, que l'on peut revenir à des méthodes de production plus classiques, où tous les arbres poussent en même temps a contrario d'une forêt mélangée, je suis dubitatif par rapport à cette analyse. De quelle manière entrevoyez-vous les choses à ce niveau ?

Je vous remercie pour votre réponse.

M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région.

- Monsieur le Député, un des grands enjeux pour la forêt wallonne, comme pour la forêt partout dans le monde, c'est le changement climatique. Pro Silva, pour moi, cela n'a jamais été un dogme. C'est une méthode parmi d'autres de sylviculture.

C'est vrai que des expériences ont été menées, elles continuent à l'être d'ailleurs, avec des résultats différents en fonction des conditions pédoclimatiques et également des essences qui ont été choisies. Je pense qu'il faut continuer à poursuivre les expériences. L'Université de Gembloux a produit une étude qui doit évoluer puisque l'on sait que, concernant la forêt, c'est sur de nombreuses années que l'on peut voir le résultat des décisions que l'on prend aujourd'hui.

Je voulais insister sur le fait que, ce qui est essentiel, c'est vraiment l'adaptation. Un outil qui doit vraiment être utilisé par chaque propriétaire qu'il soit public ou privé, c'est le fichier écologique des essences.

À partir de cet outil qui est accessible à chacune et à chacun, totalement gratuitement, que l'on doit savoir quel type de sylviculture on va préconiser, quels que soient les éléments de la multifonctionnalité que l'on veut mettre en avant.

Nous allons poursuivre une série d'expériences Pro Silva. Nous pouvons considérer que, dans toute une série d'endroits, cela n'est pas adéquat. Vous savez que depuis le début de la législature j'ai toujours affirmé que je ne voulais pas généraliser cela. Je n'ai pas de dogme.

J'entends quand même de nombreux spécialistes partout dans le monde prôner le fait que, maintenant, on ne doit plus se contenter d'une seule essence au niveau de la plantation ou de la régénération naturelle et que, justement, le changement climatique nous impose une série de mélanges et de choix divers sur certaines parcelles.

Tout dépend de ce que l'on cherche, on a un territoire qui est plus exigu ; c'est aussi la raison qui justifie – comme vous le demandez souvent – que dans certains endroits, on puisse aussi prendre en considération l'aspect économique des choses.

M. Evrard (MR).

- Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse. Je connais votre avis, mais je le répète, il n'en reste pas moins que dans les textes, aujourd'hui, dans le Code forestier et dans les circulaires, la volonté était jusqu'il y a peu de vraiment prôner à tout va, y compris de convaincre le secteur privé, de produire de cette manière-là.

C'est vrai que dans le monde, il y a des expériences plus heureuses, mais on n'est pas au Canada, en Allemagne ou en France. À l'échelle de la Belgique par rapport au monde, la forêt wallonne, c'est notre jardin.

On sait que l'on doit faire face parfois à des phénomènes naturels comme les scolytes, par exemple, qui hypothèquent grandement les rendements. Nous devons être très vigilants dans les choix que nous avons à poser actuellement pour le futur. J'espère que, dans les semaines, les mois qui viennent, notamment du côté du DNF, mais aussi des responsables politiques, nous puissions vraiment évaluer ces méthodes.

Quand on pose un choix en matière forestière, c'est un choix dont on peut observer les résultats 30, 40, 50 et parfois beaucoup plus en ce qui concerne les feuillus.

De là, la nécessité d'être extrêmement vigilants.

P.W.- C.R.I. N° 3 (2018-2019) – Mercredi 3 octobre 2018




Source : http://parlement.wallonie.be