Le service citoyen
05 octobre 2018

Question n ̊385, de M. Evrard du 5 octobre 2018 : Projet du gouvernement wallon relatif au service citoyen

Récemment, j’ai eu l’occasion de vous interroger sur le service citoyen et sa mise en œuvre ainsi que sur la manière dont vous pourriez vous impliquer.

Vous avez alors confirmé la volonté de réaliser un état des lieux exploratoire mais en insistant sur le fait que ce travail nécessiterait un certain délai.

Il se fait que dans les différents gouvernements, les choses n’attendent pas : c’est ainsi que le GW vient de décider de passer la vitesse supérieure en proposant un programme sur 3 ans : 1500 jeunes auront accès à un service citoyen de 28 h semaine et rémunéré à hauteur de 300e par mois. Un budget annuel de 600.000e a été prévu à cet effet.

La plate-forme pour un service citoyen soutient le projet et sera d’ailleurs un partenaire à sa mise en place.

Madame la Ministre,

En termes de cohésion sociale, de citoyenneté engagée, de solidarité, le projet rencontre des objectifs qui font également partie de vos préoccupations.

Quelle est votre analyse par rapport à cette initiative régionale ?

Comment la FWB peut-elle s’inscrire dans la démarche ?

Avez-vous pris des initiatives dans ce sens ?

Réponse :

La convention-cadre pour le lancement d’un service citoyen en Wallonie prévoit, en son article 4, qu’un représentant de la Fédération Wallonie-Bruxelles siège au sein du comité d’accompagnement nouvellement créé. Dès lors, un collaborateur de mon cabinet y a été désigné afin de suivre les travaux et les engagements de la Plateforme pour un Service citoyen.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, si le lancement d’une étude exploratoire constitue un élément absolument nécessaire, c’est effectivement parce que le concept de Service citoyen lui-même, tout comme son opérationnalisation, ne fait pas l’unanimité.

En effet, avant de penser puis de ficeler un dispositif à ancrer dans une politique, il est requis de bien en définir les contours et les objectifs. Il serait infiniment contre-productif de précipiter l’institutionnalisation d’un Service citoyen en créant des ersatz de prévention, d’insertion et d’accompagnement psycho -socio-professionnel.

Il s’agit également d’éviter de stigmatiser « les jeunes » comme présentant un déficit de socialisation ou de civisme. Pareil étiquetage ne constituerait qu’une preuve du manque de confiance éprouvé par la société envers la jeunesse et inversement.

Ainsi, le Service citoyen doit répondre aux attentes du jeune, qu’elles se traduisent par le développement d’un esprit critique, de l’image de soi ou d’une valorisation de ses expériences de volontariat. Aussi, ce dernier est un don de soi avant tout, et si l’expérience vécue permet de développer des compétences valorisables sur le marché de l’emploi, ce n’est qu’un effet secondaire, bien qu’infiniment souhaitable. En aucun cas le Service citoyen ne devrait avoir une visée exclusivement professionnalisante et prendre la forme d’une mise à l’emploi déguisée ou d’une activité strictement occupationnelle.

Dès lors, le Service citoyen n’est pas la réponse aux problèmes d’insertion socio-professionnelle des jeunes, à la violence, à la radicalisation, au chômage, à la précarité ou à l’exclusion. Il a pour unique vocation d’encadrer et d’orienter le jeune volontaire dans sa recherche d’objectifs de vie ou dans l’accomplissement d’une mission d’intérêt général, pour lui et pour les autres. Le Service citoyen doit prendre la forme d’un droit, pour la jeunesse, à reconnaitre sa participation citoyenne en renforçant sa capacité à être un véritable acteur d’aide, politique et solidaire.

Concrètement, un parcours citoyen existe déjà au travers des expériences bénévoles accessibles aux jeunes grâce au secteur associatif notamment via les centres de jeunes et les organisations de jeunesse. Ainsi, la création du Service Citoyen doit amener une réelle plus-value, un cadre clair et garantir un statut ainsi qu’une série de droits (allocations familiales, stage d’insertion, indemnités de chômage. . .). Plus fondamentalement, l’articulation de ce dispositif avec d’autres interventions publiques doit être réfléchie en profondeur pour éviter les concurrences et autres effets pervers entre mécanismes.

Pour conclure, l’ensemble de ces préoccupations sont/seront soulevées lors des réunions du Comité d’accompagnement réunissant les représentants des Ministres de la Région wallonne, la plateforme et les administrations concernées.


No2 (2018-2019) ( 50 )




Source : http://parlement.wallonie.be